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L’inspection du bon goût: Strike Witches

Trente ans. Trente ans depuis hier que je pratique ce métier et comme pour me montrer que le monde entier n’a rien à faire, il faisait un temps affreux, celui où on ne sort qu’après une mure hésitation et qui faisait du moral le plus énergétique et optimiste une sorte de blob mou et pathétique. Le vent semblait emporter les gens qui avaient eu le courage de s’aventurer dans les avenues de la ville, apportant avec lui, comme une sorte d’infime cadeau de mauvaise volonté, un déluge digne des plus beaux textes religieux à bases de gens qui se noient dans de l’eau de pluie. Pour couronner le tout, les intérieurs n’en étaient pas pour autant sereins et protecteurs, car ils étaient tous marqués par une ambiance lourde, une ambiance de psychose. Toutes les ondes vous incitaient à la panique, que ce soit télévision, radio où wifi, toutes étaient autour d’un seul thème: étions-nous proches de la fin du monde ? La ville allait-elle disparaître sous l’eau ? On faisait le compte de la petite poignée de disparus qui, même si ils n’étaient que trois, étaient suffisants pour alerter tout le monde de cette menace climatique. Alors soudainement on prenait au sérieux ce vent et cette pluie, parce que trois personnes avaient disparues, emportées par le vent alors qu’elles marchaient sur un viaduc. Tant pis si la grande majorité des personnes n’étaient pas sur un viaduc et donc en relative sécurité: il fallait rappeler qu’on était en sécurité nulle part.

Ce soir, ma nuit, je la passerais encore au poste. Non pas par choix de sécurité, comme certains de mes collègues convaincus que soudainement il allait être impossible de faire vingt kilomètres en voiture, ni par choix de confort. Non, c’était parce que j’allais avoir du travail encore cette nuit. Des rapports à écrire, certains à lire, des informations à obtenir, des témoins à contacter et surtout des suspects à interroger. Car tel était le travail d’un inspecteur du bon goût incorruptible et fidèle à l’esprit de son travail. Et je savais que ce soir allait être particulier, car j’approchais de la fin d’un gros dossier. Un gros coup même. Ce genre de dossier policier, celui que tout inspecteur craint, celui qui vous pourrit de l’intérieur, celui que vous n’arrivez pas à faire avancer même si vous y mettez le cœur et le courage, celui où tous les obstacles possibles semblent s’être donnés rendez-vous si c’était une soirée speed-dating, celui qui hante vos nuits et qui vous empêche de dormir, celui qui vous rend fou.

Ah, on savait qu’Amo était une insulte quotidienne au bon goût, mais nous n’avions jusqu’à présent pas de preuves sérieuses, crédibles. Cela faisait deux ans qu’il nous glissait entre les mains, arrivant continuellement à réussir à échapper aux juristes du bon goût. On avait essayé de l’avoir sur son amour immodéré pour K-On! mais la sortie de K-On!! nous avait empêché alors de l’avoir, les grandes pontes du service ayant décidés que la saga n’était plus du mauvais goût. Pourtant nous savions. Nous savions ses goûts ignobles en matière de hentai, où son amour du futanari et du maillot de bain scolaire ne pouvaient être décents – mais voilà que la cour du bon goût nous pond un amendement qui stipule que les plaisirs masturbatoires relèvent du privé tant qu’ils ne font pas l’objet d’un article de blog complet. Et, comme pour nous rire à la tête, le seul article hentai qu’il fera de toute cette période sera sur du vanilla romantique. Il voulait jouer avec nous, nous en étions convaincus. Et le voilà qui passe une année de blog à ne parler que de grandes œuvres, où que des choses inattaquables, le tout à chaque fois sur un ton pseudo-sérieux, celui du blogueur qui veut se la jouer grand critique. Vas-y qu’il te fait des articles sur du Ghibli, sur Ocarina of Time, sur Haibane Renmei, sur des choses qui sont sorties à une époque où ils n’étaient pas nés. Son blog s’est soudainement mis à sentir fort. Sentir fort le mec qui essayait de s’inventer un bon goût. Comme une ultime provocation vers notre système, notre raison d’être.

Je n’ai pas lâché la pression. Je n’ai pas lâché le dossier. Et comme une providence, il y’a eu cet article sur Koe de Oshigoto tout d’abord. Mais là où on l’a vraiment eu, c’est quand on a eu la preuve qu’il avait vu la première saison de Strike Witches.

En entier.

Maintenant il était là, devant moi, le visage déconfis caché derrière son chapeau décoloré. Un professionnel comme moi ne devrait pas le dire mais je me sentais triomphant, victorieux. Mais je savais aussi que c’était un sentiment à double tranchant. Il ne fallait pas que j’en oublie mon travail et il ne fallait pas que j’en sous-estime mon adversaire. Il avait réussi à se camoufler auprès de la loi du bon goût pendant deux ans, ce n’était pas quelqu’un que j’allais devoir prendre à la légère. Il fallait que je prenne l’offensive. Je lui jeta alors un épais dossier. Celui-ci atterrit dans un bruit abominable sur la table, pour témoigner avant tout de son poids.

« Alors comme ça, on prend des captures d’écrans des nichons des héroïnes de Strike Witches ? »

C’était ce que le dossier contenait. Des captures d’écrans de la série. On avait retrouvé sur son disque dur une quantité ahurissante de captures d’écrans pour quasiment toutes les séries qu’il avait regardé, comme si il spammait le raccourci de screenshot dans son player, comme si il se prenait pour Sir Jaerdoster. Pour Strike Witches, ça n’avait pas loupé, il y’en avait une bonne centaine, et certaines montraient les seins des héroïnes de cette oeuvre. Des héroïnes qui ne doivent même pas être mineures. Et puis pourquoi dire ça avec un ton incertain: qui ne sont même pas mineures.

« Vous savez, inspecteur, j’avais les versions decensored sous la main… Alors… »

Strike06.jpg

Strike Witches raconte l’histoire d’une Europe attaquée en 1940 par des forces obscures et inhumaines nommées les Neuroi. Pour leur faire face, tous les pays du monde allient leurs efforts et se reposent sur une dizaine de femmes aux pouvoirs magiques et surhumains, les Witches. Qui ne portent pas de pantalons.

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