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Des enfants loups et une claque dans la trogne

Eh, je reviens de la séance des Enfants Loups: Ame & Yuki qui passait au cinéma Concorde à Nantes. Un chouette cinéma que je viens de découvrir ou y’a des fauteuils en cuir profonds et moelleux en guise de siège. Ces sièges ne sont pas le sujet de ce billet mais ciel qu’ils sont cools. Même si ils font plein de boucan quand tu essaies de changer de position. Enfin bref.

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De Momoru Hosoda je n’ai vu que le duo La Traversée du Temps / Summer Wars. J’avais eu la chance de voir le second au cinéma et si je l’avais bien apprécié, force est de constater qu’il ne m’a laissé un souvenir guère impérissable. Un bon divertissement mais pas un ouvrage extrêmement intéressant en sorte. Quant à la Traversée du Temps, je l’ai maté quelques mois après Summer Wars en DVD et j’en garde déjà plus de bons souvenirs. C’était un très beau film, là aussi assez passionnant et bien bossé. Malgré tout, je n’ai pas encore acquis en Hosoda une foi aveugle et une admiration sans borne, du coup ces Enfants Loups je ne les ai pas vu venir, ils ne m’intéressaient à priori pas et j’avoue que j’aurais pu passer totalement à coté de la sortie en salles si je n’avais pas eu plein d’échos positifs. Et je l’aurais profondément regretté. Pourquoi ? Parce que c’est un film vraiment merveilleux.

Pour ceux qui ignorent de quoi le film parle, disons que c’est l’histoire d’Hana, une jeune fille qui tombe amoureux d’un joyeux garçon sans nom qui a aussi la particularité trèèèès intéressante de pouvoir se transformer en loup. Ils vivent une histoire d’amour parfaite, font deux enfants et, oh, le père disparaît du film pour une raison relativement triste et la pauvre Hana se retrouve à devoir élever deux enfants qui ont hérités de la particularité de leur père et qui doivent donc vivre en marge de la société. Elle part alors s’installer en campagne et la vie continue. Les enfants grandissent et se retrouvent à être confrontés à leur « différence » et à devoir se décider comment ils doivent vivre leur vie.

Je ne rends pas justice aux vingt premières minutes du film qui arrivent à poser et raconter une romance comme l’a été relativement incapable cinq à dix ans de séries télévisées animées japonaises. J’extrapole un peu parce que y’a eu une poignée d’animes qui arrivaient à être excellents sur ce point là (je pense à Welcome to the NHK et à Honey & Clover, peut-être Tatami Galaxy) mais on va dire que la romance n’a JAMAIS été le point fort de la japanimation. Ciel, quand Ghibli a tenté le coup en début d’année avec la Colline aux Coquelicots, c’était joli tout plein mais pas spécialement très inspiré ou très bien écrit. Ici j’ai juste trouvé ça impeccablement bien traité et j’avais déjà, dès le début, les yeux qui frétillaient de bonheur. Tout simplement.

Oh, je sais, je pleure facilement devant tout ce qui est un peu émouvant. J’en ai déjà parlé. Mais ce film m’a mis dans un état ou je me suis retrouvé à avoir les yeux mouillés à de nombreuses reprises. Je ne parle pas de vraies larmes ou de vrais pleurs – j’ai tout de même pleuré normalement à la fin du film, ne vous inquiétez pas. Oh, et vers les vingt minutes, lors du bouleversement tragique et douloureux précité. Ah et aussi à la scène de la neige. La quasi intégralité de la scène de la neige. Aussi bien les passages chaleureux que les passages plus stressants / tristes. BREF. Le reste du film je l’ai passé dans un état normal mais certaines scènes m’ont pas mal inspirées, m’ont pas mal entrainées. Ciel, même certains « paysages. » Je crois que c’est surtout grâce à la musique du film, extrêmement efficace et assurément bien foutue. Elle rajoute à pas mal de décors fixes (mais superbement dessinés) un souffle que j’ai rarement vu ailleurs.

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Plus généralement, le film d’Hosoda y gagne beaucoup grâce à un truc tout simple: ses silences. Hosoda aime prendre son temps dans ce film et, oh putain comme on l’en remercie. En privilégiant à certaines reprises le silence ou la musique au lieu d’une hystérie de blabla, il parvient à transmettre des émotions ou des idées qu’on accepte avec grand plaisir. La scène « de la neige » est, pour moi, la plus équivoque sur ce plein là: c’est une scène superbe, qui consiste juste à voir les trois personnages hurler de bonheur en découvrant qu’il a neigé des kilotonnes. La scène sert quasiment de récompense pour eux puisque toutes les scènes avant les ont vus trimer dur, passer des moments parfois compliqués. Mais tout ça souligne admirablement le fait qu’ils ont tout de même réussis à… réussir. Et c’est tellement chouette. Avec juste de la musique et des belles images, on arrive à une scène d’une minute, peut-être deux, qui m’a profondément touché, marqué et ému.

Et étrangement le passage que j’ai le moins aimé du film est celui ou, justement, ça papote le plus. Je parle peut-être des cinq/dix minutes centrés sur les premiers pas à l’école des personnages enfants. Là, tout m’a semblé moins intéressant, plus terre à terre. Oh, bien sûr, il fallait bien qu’a un moment ou à un autre on nous raconte comment ces deux enfants allaient enfin interagir avec le reste de l’humanité et, pour être franc, ce passage n’est pas mauvais du tout, il est même très bon ! C’est très subjectif de ma part mais disons que je ne m’attendais peut-être pas justement à voir le film soudainement partir, après trois quarts d’heure de vie sauvage et du bonheur de la vie simple et campagnarde, vers la direction qui consiste à voir les personnages reprendre « contact » avec le monde réel. Mais dans tous les cas, ce petit sentiment « de déception » que j’ai connu s’est dissipé très vite car le sujet est traité de manière intelligente et enthousiasmante. Plus généralement, toute l’ellipse est bien gérée.

Mais ce qui m’épate avec Hosoda c’est qu’en trois films il arrive à créer des univers à chaque fois dénué d’un certain… cynisme. Tout y est très naïf, très optimiste, philanthrope. Les gentils fermiers (dont l’habituel bourru faux salaud vrai grand coeur) sont ici l’exemple parfait. Exemple con: j’étais certain qu’a un moment ou à un autre, les fermiers allaient en avoir ras le cul des sangliers qui ravageraient leurs récoltes et allaient se lancer dans une grande chasse dans les montagnes et que les enfants loups allaient se trouver entre les deux feux, à essayer de protéger les deux. Pour moi tout semblait aller dans cette direction. J’étais CERTAIN que Hosoda allait partir dans le débat de l’homme contre la nature. Alors que putain, c’est l’inverse qu’il se passe, les sangliers sont jamais chassés et les fermiers… font juste avec. J’ai du mater trop de Disney quand j’étais môme, ou je suis encore trop marqué par Princesse Mononoke, je sais pas. Mais à la place non on a une grande ode au partage, à la confiance mutuelle, à l’entraide. Et on évite la grande morale écologiste habituelle de l’homme-destructeur pour à la place se concentrer sur une ode à la nature, à la beauté des paysages et à l’importance des relations humaines confiantes et respectables. Chez Hosoda, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil mais comme tout le monde il est bien écrit, ça passe comme une lettre à la poste. C’est rafraîchissant et enthousiasmant de voir qu’il hésite encore un tel état d’esprit aujourd’hui. Les cyniques feront la gueule mais… haha… on s’en bat.

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Qu’importe: le plus important c’est que je vous encourage vivement à voir ce film. Je l’ai vu en VF et pour être franc je n’ai pas eu le moindre souci – le fait que Wantake s’en soit occupé est vraisemblablement la raison. Mais quelques VO tournent ici ou là et j’ai la chance d’en avoir à Nantes donc j’irais peut-etre cette semaine me refaire une seconde séance en VO. Dans tous les cas: n’ayez pas peur de le voir en VF, n’ayez pas peur de le voir tout court. Je SAIS qu’il n’est pas bien distribué et c’est presque une honte parce que là je sors d’une salle pleine aux 3/4 (mais deux fois plus de salles qui le passe ne veut pas dire deux fois plus de monde qui le voit, on le sait tous) qui a applaudi à la fin mais n’hésitez pas, pourquoi pas, à faire un peu de route ou de bus ou de train pour aller le voir. Je sais que là je fais le mec à moitié en transe, qui contient plus son enthousiasme mais putain, je me suis pas pris une telle claque depuis que j’ai maté Totoro en 2010. Plus généralement, en dix ans de matage de films divers et variés, j’ai pas souvenir d’une aussi grande passion pour un film à la sortie de la salle – au pif je citerais juste The Artist et… le Voyage de Chihiro. Mon avis changera peut-être au fur et à mesure du temps qui passe, peut-être que dans un an je me dirais finalement que ce n’était pas si grandiose que ça, peut-être que la deuxième vision tuera tout. Mais franchement ? J’en doute. Peu de défauts à reprocher à ce film – tiens, le seul vrai défaut que j’ai, là, maintenant c’est une scène de dix secondes un peu wtf et un peu zoophile, ceux qui ont vus savent de quoi je parle ! Vous savez cette scène qui dans le script devait être très belle et super émouvante et qui en vrai donne envie de crier wtfjapan et qui sera vraisemblablement la seule scène dont parlera ceux qui ont pas aimés le film et qui nous casseront les couilles. Ah, et l’autre défaut c’est que Hana change de coiffure au milieu du film et que sa nouvelle coiffure est naze par rapport à la précedente. Bref, du détail.

(Quoi la 3D ? Oui bon elle est pas toujours au top mais pour être franc elle m’a fait chier que dans une seule scène et c’était quand elle était utilisée pour animer des figurants à la sortie de l’université donc voilàvoilà.)

BREF. Excellent film et sans doute mon gros gros gros gros coup de coeur anime 2012.

(Du coup là je voulais écrire un billet sur le film K-On que j’avais trouvé excellent mais ça va être chaud d’écrire un billet là-dessus maintenant.)

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