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Ces étranges ménestrels anti blasitudes que voilà

Un billet d’humeur parce que POURQUOI PAS.

Donc hier a été annoncé avec beaucoup d’enthousiasme et un certain sens de la communication la MAB, c’est à dire les Ménéstrels Anti-Blasitudes, sur le blog de Julien Chièze. Julien Chièze c’est ce journaliste qui officiait dans le Joystick / Playstation Magazine de la fin des années 90 sous le pseudonyme de Gollum et qui depuis cinq ans gère le site Gameblog, devenu doucement mais sûrement un des principaux sites de jeu vidéo du paysage français. On a tous nos opinions sur Gameblog, moi je vais être franc le site m’a gravement déçu au bout d’un an en prenant une direction racoleuse qui ne me convenait absolument pas tandis que leurs podcasts (qui ont fait pas mal de mes nuits) baissaient doucement et sûrement de qualité en passant de quelque chose de franc et chaleureux à ses débuts à quelque chose d’assez mécanique et parfois beaucoup trop forcé pour être agréable. Mais bon, c’est pas comme si l’Internet ne permettait pas d’avoir des millions de sources différentes pour s’informer alors j’ai fait le choix courageux et osé d’en avoir pas grand chose à foutre.

Mais là wow, les Ménéstrels Anti-Blasitudes, je peux pas laisser passer ça.

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Pour ceux qui ont pas lu l’article on parle donc d’une communauté fondée par JulienC, donc, et dont le but serait donc de faire front au négativisme ambiant de la communauté gamer française. Cela passe donc par la promotion de jeux « peu médiatisés », par l’opposition de l’opinion qui voudrait que tout soit mieux avant ou bien par la promotion dans son entourage de ces jeux « peu médiatisés mais exceptionnels » et faire en sorte que vos proches connaissent du jeu vidéo autre chose que Call of Duty ou FIFA.

En soit, il n’y a vraiment rien à reprocher à l’idéologie derrière cette initiative. Les gamers sont, effectivement, des sacrés conservateurs toujours prompts à la critique rapide et facile. C’est d’ailleurs la principale raison qui fait que j’ai aujourd’hui complètement déserté tous les forums dédié au média. J’avais pété un cable là dessus en 2009 d’ailleurs. C’est à dire que beaucoup trop de gamers sont, clairement, des putains de feignasses ultra exigeantes qui cherchent en permanence à avoir raison. Feignasses parce qu’elles réfléchissent peu, ne mettent jamais les choses dans un contexte et sont toujours heureuses de sortir de petites expressions souvent préfaites, si possible le plus vite possible histoire d’avoir la fierté d’être le premier à l’avoir dit. Ultra exigeantes parce qu’elles bloquent facilement à la moindre vexation, sont toujours insatisfaites de voir que des choses n’ont pas été faites comme elles auraient voulus que ça soit fait et sont toujours convaincues que leurs idées sont les meilleurs et/ou n’ont pas été pensées par le développeur avant eux. Enfin qui cherchent en permanence à avoir raison parce que Internet c’est ça, c’est la possibilité d’essayer de se donner un rôle d’analyste ou de journaliste sans avoir les compétences et de se booster l’égo en montrant à tout le monde qu’on a un don en essayant le mieux possible de prédire ce qu’il va se passer, car le plaisir du « je vous l’avais dit » est, effectivement, sans limites.

Maintenant ce que je viens de décrire, je vais vous l’avouer, n’est évidemment pas applicable qu’aux gamers mais à tous les fans possibles et inimaginables qui deviennent forcément, à un moment ou à un autre, inquisiteurs de leur propre passion. On a les mêmes cas sociaux dans le cas de l’animation japonaise, du cinéma fantastique, du catch… C’est un passage qui me paraît quasiment inévitable dès qu’on a le corps tout entier englué dans une passion.

Bref, je suis totalement favorable à l’idée de donner un coup de pied à la ruche et aider des gens à prendre conscience du fait qu’ils vont peut-etre un peu trop loin et qu’il est nécessaire qu’ils se remettent en question dans la manière qu’ils ont d’appréhender leur média favori. Si on ne m’avait pas donné un coup de pied au cul il y’a cinq ou six ans, je serais peut-être encore rempli de haine pour des jeux auquel je n’ai pas joué et tous mes E3 je les passerais à chosir les jeux que je vais détester d’avance à la fin de l’année. Je vais pas me poser en modèle de vertu parce que ça serait abusé de ma part mais, merde, je considère quand même qu’il y’a encore beaucoup de gens qui pensent sacrément de la merde et qui se complaisent beaucoup trop dans un état d’esprit négatif, pessimiste et qui acceptent beaucoup trop des faits discutables. Le jeu vidéo n’est pas mort, Nintendo n’a pas sacrifié les gamers, le casual gaming ne ménera à la perte d’absolument rien, le jeu vidéo n’était pas mieux avant pas plus qu’il n’est mieux aujourd’hui et jouer sur PC ne fait pas de vous un super joueur issu d’une race supérieure. Ce genre de conneries qu’aujourd’hui on tend accepter avec fatalisme, bah putain wow quoi. C’est la même chose que voir les gens accepter sans se poser de questions que les politiciens sont tous des pourris, que notre société décline et va se faire bouffer par les chinois ou bien qu’ils ne peuvent rien faire pour influer sur leur entourage. C’est en acceptant ces faits sans réfléchir dessus, sans les poser dans un contexte, sans essayer même de les combattre un peu qu’on arrive à cette situation amorphe et détestable. Non, rien n’est jamais simple au point d’être pouvoir résumé en une phrase de moins de dix mots. Tout est toujours plus subtil et la généralisation ne mène jamais à rien. Quel que soit la solution. C’est en accepter ces faits sans broncher qu’on en devient des blobs et qu’on finit quelques décennies plus tard par mourir en ayant rien fait de sa vie. OUAIS CARREMENT.

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Braid, le jeu parfait que tout le monde veut vous voir jouer même si brffff non pas envie quoi.

Maintenant vous savez ce que je déteste encore plus que ces états d’esprits amorphes et fatalistes ? Les putains d’idéologues. Eux c’est l’inverse. Ils agissent beaucoup, ils pensent beaucoup… mais en suivant une idéologie bien précise et bien réglementée. C’est pour ça que, par exemple, je me méfie de tous propos venant d’un site clairement étiqueté par une idéologie. Le fameux débat insupportable du « calvaire charnel » autour du jeu Tomb Raider et de la place prise par le viol dans le scénario illustre bien ça: d’un coté nous avions le camp des féministes. Ce camp suit l’idéologie du féminisme, vit féminisme, pense féminisme, mange féminisme. Tout ce qu’il voit, fait, appréhende, c’est pour le passer à la moulinette du féminisme. Dès qu’une femme apparaît dans un média, elle sera jugée par les conditions du féminisme. En face on avait le camp des « gamers ». Ce camp vit dans une idéologie qui elle vit dans l’apologie du jeu vidéo. Il pense jeu vidéo, il mange jeu vidéo, il appréhende jeu vidéo. Il vit dans une défense totale et aveugle de ce support.
Ce débat était donc insupportable car on avait deux camps biaisés, qui voulaient tous deux défendre leur morceau de viande. D’où le débat tendu, violent, cruel venant de gens qui, parfois, ne réfléchissaient juste pas et déclamaient les banalités qu’on leur a toujours appris quand ils s’agissaient de défendre leur idéologie. Et pire, il y’avait ceux qui parfois réfléchissaient, mais ne parvenaient qu’a une conclusion qui n’allait que dans le sens de leur idéologie parce qu’en cinq à dix ans, ils n’ont jamais appris à remettre cette idéologie en question et ne se sont peut-être jamais rendez-compte que celle-ci avait bouffée leur vie et leurs réflexions au point qu’il était désormais impossible pour eux d’avoir un point de vue franc et objectif sur leurs propres convictions et le fait qu’ils y pensaient trop. C’est la même chose qui plombe la vie politique française aujourd’hui, par exemple. Là ça fait six mois que je suis au Parti de Gauche et je sature déjà d’entendre tous les autres partis en prendre plein la gueule parce que ce sont les autres partis.

Et voilà donc que JulienC nous propose une nouvelle idéologie à suivre dans le milieu du jeu vidéo français. Et crée au passage un énième communautarisme qui n’amusera personne et qui risque de faire plus de mal à sa passion qu’il ne puit le soupçonner.

Oh, je ne nie pas qu’il y’a de bonnes intentions, mais de quoi l’enfer est-il pavé ? Car déjà de base, il n’est pas nécessaire de créer une communauté en faveur du « bon » jeu vidéo car de un le « bon » jeu vidéo n’a pas besoin de ça pour exister et de deux cela implique d’emblée que cette communauté va se poser en opposition à celle qui ne vivrait que par le « mauvais » jeu vidéo.

Et, soyons francs, je doute énormément de la capacité de Julien C de mettre en avant des excellents jeux « peu médiatisés. » Pas pour les raisons que vous soupçonnez, mais parce que je pressens qu’il sera focalisé sur ses trois/quatre coups de coeurs et qu’il en oubliera tout le reste: il nous parlera en boucle de Flower, d’Okami, de Journey, peut-etre de Shenmue puis après quoi ? Le pire, au final, c’est que cela risque plus de desservir ces jeux qu’autre chose. Parce que déjà d’une part les joueurs, et moi y compris, n’aiment PAS qu’on leur force la main et qu’on les gave comme une oie. Le risque ici, c’est que trop de promotions autour de jeux « peu médiatisés » déjà très connus par les gens qui ont un peu la tête dedans ne finira qu’encore plus par les dégouter et les rendre encore plus blasés. J’en ai un peu marre, justement, de ces jeux que certaines rédactions mettent sur un piédestral pour se donner la bonne conscience de ne pas soutenir que les gros jeux d’éditeurs qui se vendront à des milliards d’exemplaires. Je déteste cette étiquette de « jeu indépendant » parce que putain UN JEU est UN JEU. Qu’il soit indépendant, qu’il soit fait par un type ou par un studio de 500 personnes, qu’il soit torché en six mois ou en cinq ans, que des mecs soient licenciés à la fin ou pas, je m’en bat les couilles: UN JEU est UN JEU.

Exemple con: Fez est sans doute exceptionnel mais il est pas plus exceptionnel que tel jeu à 30M de budget parce qu’un mec a tout fait tout seul. Il sera exceptionnel par les émotions qu’il apportera, par les qualités techniques indiscutables qu’il montrera. J’en ai assez qu’on nous rappelle sans cesse qu’on doit « soutenir » telle catégorie de jeu plus que telle autre parce que notre rôle en tant que joueurs n’est PAS de soutenir quoi que ce soit, notre rôle c’est de JOUER, d’AIMER JOUER et de garder cette volonté d’OUVERTURE. Un jeu doit être acheté parce qu’on a ENVIE d’y jouer, pas pour autre chose. Cette envie elle peut être créée de multiples façons: le bouche à oreille, les critiques positives, un jeu de niche original, un univers qui nous parle, parfois une envie primaire d’un bon divertissement. Je n’ai pas acheté Bayonetta parce que je voulais soutenir Platinum Games ou que je voulais voir Sega continuer à éditer des jeux originaux: je l’ai acheté parce que l’univers avait l’air démentiel et que la démo m’avait convaincu que j’allais passer un bon moment. Je n’ai pas acheté Rock Band Blitz pour soutenir Harmonix ou bien sa politique de liaison très avancée avec un compte Facebook, je l’ai acheté parce que ce gameplay à deux boutons et cette comptabilité avec tous mes DLC me foutaient une érection monstrueuse. Je n’ai pas acheté Modern Warfare 2 parce que j’étais un mouton beauf avide de sang et de guerre mais parce que je voulais un FPS avec une mode multi qui me fasse tripper autant que celle du 1 m’avait fait tripper. FIN DE L’HISTOIRE.

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Pour moi les Menestrels Anti Blasitudes c’est l’apogée de cette idéologie néfaste pour le jeu vidéo, qui est celle de ceux qui veulent vous faire avaler leur vision du jeu vidéo « parfait » et « artistique » sans prendre une seule seconde le fait que ce jeu, bah vous avez pas forcément envie d’y jouer. Vous vous retrouvez alors à jouer à un jeu non pas pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il symbolise, avec peut-etre la peur de ne pas aimer. Peut-être même que vous n’y jouerez pas, ce qui est tout aussi débile. Peut-être que vous faites ça juste pour vous donner « bonne conscience », ce qui est stupide parce qu’il n’y a pas de honte à avoir de jouer à tel jeu pas artistique ou quoi que ce soit ? Putain, personne n’a a se justifier de quoi que ce soit dans ce bas monde. J’ai joué à Chrono Trigger, j’ai laché au bout de dix heures parce que je trouvais ça lent et chiant, est-ce que je devrais avoir honte de ne pas avoir aimé Chrono Trigger ? NON. J’ai joué suffisamment pour voir que c’était excellent mais que ça me parlait pas donc fuck off. Je déteste viscéralement la saga des Assassin’s Creed que je juge être une honte de gameplay et d’écriture, est-ce que je considère les fans de la saga comme des mecs qui bavent et qui puent ? NON. Dois-je avoir honte de considérer qu’Alpha Protocol est le jeu le mieux écrit de la génération HD ? NON.

Il faut en finir avec cette tendance qui consiste à sur intellectualiser notre rapport au jeu vidéo. On joue avant tout parce qu’on a envie de jouer, putain de merde. Soutenir l’industrie du jeu vidéo c’est putain de simple: il suffit d’être putain de naturel. Acheter à 70€ ce qu’on veut acheter à 70€ et pas ce qu’on se sent obligé d’acheter à ce prix là, que ce soit pour être dans la « mode » ou pour essayer de « soutenir. » On a tous le droit d’avoir nos propres manières de fonctionner putain de merde. Et ça me saoule qu’un des gérants d’un des plus gros sites français nous parle de « jeux peu médiatisés » alors que si certains jeux sont « peu médiatisés », il est le premier à en être responsable. Les « grands jeux » finissent toujours par ressortir à un moment ou à un autre. Il n’y a pas de pression à avoir ni de pression à se donner. Flower laissera plus de mémoires chez ceux qui y ont joués qu’un Army of Two ou un Darksiders II à la campagne publicitaire imposante et aux notes pseudo dithyrambiques, on est tous d’accord. Mais maintenant il faudrait dès à présent arrêter de voir le milieu du jeu vidéo comme un champ de bataille manichéen ou se battent en duel les mauvais et les bons jeux, les gentils et les méchants éditeurs, les joueurs excellents ou pathéthiques. Il sera temps de faire preuve d’un peu d’OUVERTURE D’ESPRIT au lieu de vouloir s’acharner à tous nous faire passer pour des débiles acharnés et paranoiaques convaincus que si le jeu vidéo va mal c’est la faute des autres.

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Devine quel FPS c’est !

Ca n’empêche pas de se plaindre, hein. Moi aussi j’en ai ras le cul des FPS militaristes se déroulant des graphismes marrons. Mais putain j’en ai rien à foutre parce que je suis pas obligé d’y jouer, je suis pas obligé de mater les trailers toutes les deux secondes, je suis pas obligé d’avoir un avis dessus et j’ai d’autres FPS qui se déroulent pas dans des graphismes marrons comme The Darkness II, comme Borderlands, comme Team Fortress 2… Ca se vend ? Bah tant mieux pour eux, moi je m’en bat les couilles. Mais putain se plaindre sur tout, tout le temps, non, juste non. C’est tout aussi con que chercher à tout prix les bons cotés de tout et n’importe quoi. L’important ça reste, encore une fois, d’être naturel. C’est tout quoi.

Voilà fallait que ça sorte, c’était long mais putain c’est juste surchiant ces combats de bites incessants. Maintenant je repars aller faire péter des putains de grues dans ce putain de Just Cause 2.

Post-scriptum: Yeah, j’ai réussi à pas faire le jeu de mot « Suce MAB » tout le long de l’article.

Ah merde.

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