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Jour : 13 novembre 2012

Cinq centimètres par seconde – Allons voir les cerisiers en fleur l’an prochain

Cinq centimètres par seconde – Allons voir les cerisiers en fleur l’an prochain

L’appréciation subjective d’une oeuvre est, au final, toujours une question de contexte. C’est un fait qui m’apparaît de plus en plus indiscutable. Si Persona 3 est un de mes RPG favoris, ce n’est pas simplement pour ses qualités objectives indéniables mais parce que j’y ai joué à une période ou j’étais réellement déprimé, frustré et inquiet vis à vis de très nombreuses choses. Le jeu avait alors réussi à me parler, à toucher certaines cordes et à m’envoyer les encouragements nécessaires pour me faire réaliser ce qui n’allait pas et me sortir de ce qui était alors un très mauvais pas. Étrange à première vue pour une histoire impliquant des étudiants combattant la nuit avec des esprits mythologiques parfois graphiquement douteux. Pourtant, c’est avec des petits détails, des petites histoires que le jeu avait réussi à me toucher et à m’aider à reprendre pied avec une « vie » que je commençais à voir de manière beaucoup trop détachée.

Ce que je vais dire est très personnel, et je m’en excuse, mais je traverse actuellement une période semblable à celle que je décrivais plus tôt. Mais à la différence de celle-ci qui avait été au final plutôt courte et facile à reprendre, je pense que je peux admettre que ça fait bientôt trois ans que je suis englué dans un sentiment très proche de la dépression, si cela n’en est clairement pas. Car cela fait trois ans que je peine à reprendre le fil d’une vie dont j’ignore quoi faire, et que j’occupe le plus que possible à éviter de penser et de me retrouver seul contre moi-même. Chaque nuit, je la décale à me coucher le plus tard possible pour rester le moins possible éveillé à chercher le sommeil et je l’occupe à dormir le plus possible parce que cela fait quelques heures de moins à être éveillé et à devoir s’occuper. La recherche du divertissement, la recherche d’une occupation constante d’activité que ça soit écrire, jouer, regarder des choses, lire reddit, participer à des débats de penis sur le net, sont devenus pour moi des priorités que je n’arrive pas à « déprioritisé. » Je n’ai plus de sentiments, d’envie pour quoi que ce soit d’autre. Et à chaque jour qui passe, j’ai l’impression que mes peurs les plus primaires prennent elles aussi une importance de plus en plus démesurée, à commencer par la peur de « gêner » mon entourage, mes proches. Cela fait que je m’isole de plus en plus socialement, que je me détache d’amis, de potes, de personnes que j’apprécie, par peur de les gêner, de les énerver, de les blesser, de les inquiéter. Et ça fonctionne ! Ce n’est pas le seul souci, loin de là, j’ai plein d’autres peurs mais je vais vous les épargner, le message est passé. La grosse joie dans ma tête, donc.

Bref, je réalise aujourd’hui de plus en plus de choses que je faisais naturellement il y’a encore six mois, et je saisis pourquoi je le faisais. Mais le problème, c’est que reconnaître avoir une déprime n’aide pas la déprime à s’en aller. Et là est tout le piège. Et depuis maintenant quelques semaines je lutte contre un mal que je sais identifié mais qui profite de la moindre baisse de garde pour me défoncer la rate façon fin de Rocky. Et dieu sait que je la baisse très souvent. Parfois même volontairement.

Donc voilà l’état d’esprit dans lequel je suis actuellement, et l’état d’esprit dans lequel j’ai lancé Cinq centimètres par seconde.

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Film d’une heure de Makoto Shinkai sorti en 2007. Il est en réalité composé de trois minis-films, qui racontent une histoire qui se suit. L’article qui suit va spoiler le film, désolé. Néanmoins, si vous n’avez pas vu ce film et que vous comptez le voir, ne fermez pas tout de suite l’onglet puisque je vais vous donner dès maintenant mon opinion rapide sur le film. Si vous voulez mon opinion objective, c’est très simple: c’est un excellent film. Peut-etre même, osons, un des meilleurs films d’animation japonaise que j’ai pu voir. Techniquement il est extrêmement soigné, une véritable beauté pour les yeux et pour les oreilles, avec des décors somptueux de part en part. C’est aussi et surtout une très belle histoire d’amour, très bien écrite, et qui sait se montrer extrêmement réaliste, quelque chose d’inattendu dans le milieu de la romance de l’animation japonaise. Enfin, le montage musical final est sans doute les trois minutes les plus émotionnelles que j’ai pu voir venant du Japon. Pour moi c’est très clair: c’est un authentique chef d’oeuvre que j’encourage vraiment à voir.

A partir de là, je vais décrire le film plus en longueur, balançant mes impressions, mes idées, mes théories, mes joies et mes frustrations. Ceux qui ont déjà vus le film y trouveront peut-être un avis semblable ou, au contraire, à contredire.

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