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Far Cry 3 Blood Dragon – Sauter au dessus du requin

Nouvel article jeu vidéo plutôt court sur un jeu totalement différent de Spec Ops, chroniqué la semaine dernière. En l’occurrence un jeu XBLA sorti en mai dernier pour une quinzaine d’euros et qui se présente publiquement comme un spin-off de l’excellent Far Cry 3 – qui lui n’était pas si différent de Spec Ops The Line dans ses propos.

Spin-off qui prouve que chez Ubi Montreal ils ont pétés les plombs puisque Far Cry 3 Blood Dragon est un hommage complet et assumé aux nanars et films d’action des années 80, en plus des FPS des années 90. Vous avez aimé le scénario très méta de Far Cry 3, intelligent, remettant en cause le lien entre le joueur et la violence ? Ah bah espérez pas retrouver ça dans Blood Dragon. Mais alors pas du tout.

La couverture s'inspire des jaquettes de pas mal de jeu Megadrive des années 90. Ca se voit un peu !
La couverture s’inspire des jaquettes de pas mal de jeu Megadrive des années 90. Ca se voit un peu !

Vous êtes donc « dans le futur » (en l’occurrence 2007, ce qui est le futur pour le jeu, enfin bref on y reviendra) et vous incarnez Rex Coulton, un soldat de l’armée américaine dans un monde détruit par la guerre nucléaire entre les Etats-Unis et la vermine communiste soviétique. Un monde pas terrible, d’autant que sur une île au large des côtes américaines, une mystérieuse arme biologique est mise au point par un ex-soldat américain aux intentions douteuses, le vil Sloan, ancien camarade d’armes de Rex ! Votre objectif ? Vous rendre sur cette île et découvrir ce qu’il s’y passe !

C’est alors qu’entre en scène des scientifiques fous, des dragons qui tirent des lasers, votre sidekick black qui se fait buter en cinq minutes de jeu et des armes qui tirent, elles aussi, des LASERS.

L’AMERIQUE !

 

Ne vous attendez pas à une grosse surprise : le jeu reprend la majorité des éléments de Far Cry 3, se contentant de donner aux éléments du jeu un nouveau design et de nouvelles textures. Les panthères deviennent des « cyber panthères fluorescentes », les soldats d’Omega Force ont exactement le même comportement que les pirates ou les soldats d’élite rencontrés sur Rooke Island, même la végétation et le design général de la carte a un profond air de déjà vu, simplement fixé dans un univers moins… coloré.  Ce re-design général n’est pas toujours très réussi, hélas – l’open world du jeu n’est pas plaisant à parcourir à cause de son aspect sombre qui fait qu’on sait jamais vraiment trop où on va et qu’on ne reconnaît que très mal les différents éléments de la carte. On peut reconnaître la volonté d’hommage mais c’est dommage que celle-ci débouche sur un univers visuel finalement assez pauvre.

Ouais, c'est visuellement... voilà.
Ouais, c’est visuellement… voilà.

D’autant plus dommage que tout le reste fonctionne impeccablement : le scénario est nanardesque au possible, mais l’assume jusqu’au bout. Non seulement le jeu parvient impeccablement à retranscrire cette ambiance de film post apo pérave des années 80 sorti directement en vidéo, mais en plus il y ajoute, comme dit plus haut, un hommage aux jeux de shoot science-fiction fantastique des années 90. Un passage à la fin du jeu, par exemple, m’a donné l’impression de rejouer à Turok 2 quinze ans après, ce qui n’est pas spécialement pour me déplaire. Enfin, les références à des classiques des années 80 comme Robocop, Predator, Terminator, Rocky ou bien Commando sont présentes, de manière plus ou moins subtiles ou explicites. Mais quelqu’un avec une culture ciné très spécialisée sur cette époque s’amusera à essayer de rechercher toutes les références du jeu, et elles sont nombreuses.

Mais c’est surtout l’humour du jeu qu’on retiendra. Alors oui je reprocherais un peu de répétition dans les blagues et une subtilité pas toujours criante. Faites la quête des télévisions, bouffez vous quinze ou seize fois le héros qui fait remarquer « j’espère qu’on va pas me faire chercher des plumes » et appréciez la capacité à Ubi Soft de vanner son propre produit (ici Assassin’s Creed II et ses plumes de merde, si vous n’aviez pas compris), tout en cédant un poil à la tentation de la masturbation. Mais mis à part ces quelques blagues auto référentielles à l’univers Ubi Soft, le reste du jeu envoie du paté niveau répliques intentionnellement merdiques et over the top. Le héros refuse de se doper parce qu’il l’a promis à une femme, en l’occurrence la STATUE DE LA LIBERTÉ et les VAINQUEURS NE SE DROGUENT PAS ! Ha, prends ça héros de Far Cry 3 ! Le héros s’amuse même à balancer une quantité ahurissante de one liners à chaque fois qu’il tue un ennemi, en fonction évidemment de la façon dont l’ennemi a été tué (« Ah il a perdu la tête », « Il est parti en claquant » etc etc), dans une exagération qui prouve que le jeu ne se prend jamais au sérieux.  Et je ne vous parle pas des écrans de chargement ou bien du didacticiel prévu au début. Le mieux est de laisser… la surprise. Même si le jeu qui te rappelle que « les grenades explosent », c’est drôle.

Habituellement j’avoue que voir un jeu vidéo se foutre de la tronche du jeu vidéo est quelque chose qui m’énerve assez vite. Je considère souvent ça comme un clin d’œil carrément pas subtil au joueur qui est censé rigoler mais, souvent, se taper quand même ce qui est moqué ou critiqué. Quand ça ne te sort pas du trip – j’aime pas, en tant que joueur, être rappellé que je joue à un jeu. Bref ça te tape l’épaule, ça te sort du trip et ça espère profiter de ton sourire pour être apprécié, c’est un peu démagogique quoi. Mais là vu que tout le jeu est là pour se foutre de la tronche de tout, ça passe beaucoup mieux. Zéro subtilité, mais eh, recevoir une quête annexe vous demandant de tuer des tortues mutants parce qu’elles  « projettent une révolte avec des rats »  et voir le héros balancer un « hein quoi ? » en réponse c’est séduisant.

DRAGONS ! CYBER KRAKENS !
DRAGONS ! HOMME KRAKENS !

Si je fais vraiment l’emphase sur l’humour et l’écriture du jeu, c’est parce qu’il faut pas le nier : le gameplay du jeu est médiocre. Ce n’était pas la qualité principale de Far Cry 3 mais au moins dans ce jeu là nous avions la possibilité de faire du craft, de pouvoir se diriger dans une table des compétences ou bien de pouvoir disposer d’une grande quantité d’armes.

Ici le nombre d’armes est limité à sept, vous gagnez automatiquement des compétences en grimpant de niveaux, il n’y a plus de craft, la quête principale se termine en trois heures, il faut trois heures de plus pour faire les quêtes annexes et les succès si vous en avez quelque chose à faire et, surtout, bah y’a que ça à faire de tout le jeu. Tirer sur des ennemis qui se ressemblent tous, avancer dans des couloirs, parfois affronter des dragons qui font office de mini boss, capturer des garnisons qui se capturent toujours de la même façon et rarement très inspirées d’un point de vue level-design, chercher des télés et des VHS pour débloquer des améliorations d’armes et, euh, voilà. C’est dans son déroulement un FPS bas du front sans trop de surprises. Le jeu est en plus très facile et vous finissez vite le jeu à marcher sur les ennemis en sifflotant. On a pas vraiment de sensation de puissance, juste l’impression que les ennemis ne posent aucun défi, avec une IA pas toujours maligne qui aime se jeter sur les grenades, ou se laisser poignarder comme si c’était une de leurs passions secrètes.

Far Cry Blood Dragon est vraiment drôle. Far Cry Blood Dragon est un excellent hommage. Après il reste un jeu  stand alone à quinze euros et, surtout, un jeu au gameplay passable dont les seuls plaisirs viennent de ce qu’on voit et entend, et pas de ce à quoi on joue. C’est étrangement un jeu qui se prête sans doute mieux  à être regardé joué qu’a être vraiment joué. Ou à être joué entouré de potes et de commentaires déchaînés. Je ne le déconseille néanmoins pas, si vous cherchez à vous dérider, il fera son office. Partez juste du principe qu’entre deux dialogues hilarants, vous risquez de vous ennuyer un peu à faire des choses déjà faites trois cent fois ailleurs. Ce qui me permet de le conseiller avant tout à ceux qui jouent peu aux FPS, eux au moins risquant de s’amuser plus que les autres.

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