Mangarama de la baisse saisonnière de température

Mangarama de la baisse saisonnière de température

Le réchauffement climatique est plus grave que prévu, les insectes disparaissent, nos hommes politiques sont tarés ET corrompus, on ne sait plus si l’internaute a qui on parle existe vraiment ou est un personnage joué par un russe politiquement motivé mais rassurez-vous on a toujours le droit de s’évader et de se plonger dans des oeuvres de fiction. Et c’est donc l’occasion de faire revenir les mangaramas sur Néant Vert, sachant que le dernier date d’il y’a environ un an et demi, ce qui est à la fois peu (à l’échelle de ce blog) mais aussi beaucoup (à l’échelle des améliorations qu’a connu l’écurie Sauber dans ce même laps de temps.)

Je rappelle que les mangaramas c’est le concept le plus con et le plus simple puisque j’y parle de mes lectures du moment en matière de manga, que ce soit via ce qui sort en France ou différentes parutions encore exclusives au Japon. C’est souvent l’occasion de courts textes et de courtes présentations, avec l’optique avant tout de faire découvrir des titres qui vous sont peut-être passés sous le radar. Quoique, je dis ça, mais y’a deux ans j’avais évoqué Naruto dans un Mangarama, donc ok, vous découvrirez pas un truc à chaque fois.

Mais bon, commençons bien, commençons avec style, commençons avec de la danse.

 

En Scène !

Ca fait deux ans que le manga est publié en France, et après huit tomes je pense que je peux commencer à en parler ici. Bon, à la base j’avais commencé la lecture pour une raison à la fois bonne et mauvaise: c’est écrit et dessiné par Cuvie, une autrice que j’adore… pour son hentai… et ses trucs un peu fucked up à la Nightmare Maker, un manga érotique qui tourne mal. Et pour que j’aime de l’érotisme qui tourne mal, c’est qu’il faut bien le faire.

Bon sauf que ici, dans En Scène, oubliez le hentai, oubliez l’érotisme, oubliez le fucked up parce que c’est une oeuvre centrée sur la vie d’une gamine qui change quand elle tombe amoureuse de la danse classique, qu’elle se décide d’en faire sa vie… et qu’elle en fait sa vie. Et on va donc la suivre, pas à pas, tout au long de son adolescence, vers la voie qu’elle est déterminée à suivre, entre entraînements intenses, concours à enjeux, études à gérer en parallèle et vie à l’étranger à envisager car, il faut l’avouer, le Japon est pas un pays « fort » en terme de danse classique, et ça le manga va pas le cacher.

En Scène c’est donc parti d’être le projet d’une vie pour Cuvie qui, via cette oeuvre, semble vouloir faire découvrir au public le plus large possible sa passion pour les ballets et pour la danse classique. Bien sûr, la série n’est pas aveugle: Cuvie ne cache pas la difficulté de l’apprentissage de cet art, l’aspect injuste qui peut s’y trouver (si jamais tu grandis trop vite ou pas assez vite, c’est mort, tu peux abandonner), les douleurs physiques à affronter, l’intensité des entraînements, les rivalités exacerbées entre danseurs toujours confrontés à des compétitions impitoyables… mais ces aspects négatifs, ils sont contrebalancés par la beauté de la pratique et par la mise en avant des grandes œuvres de l’histoire du ballet, de Casse-Noisettes (évidemment) jusqu’à Coppelia. Et à chaque fois Cuvie prends bien soin de présenter dans les grandes largeurs les œuvres évoquées, qui sont aussi importantes pour l’histoire de l’art que pour l’histoire personnelle de l’héroïne qui va évoluer au rythme des grands classiques. 

Car l’échelle de En Scène elle n’est pas sur une année scolaire, elle n’est pas sur un tournoi, c’est une échelle ambitieuse qui, comme une série comme Major, semble ambitionner de nous faire suivre son héroïne et ses amies-rivales sur une adolescence entière voire, même, on l’espère, une carrière professionnelle. Le tout dans une ambiance… positive ? L’héroïne est toujours prête à affronter les obstacles, est determinée comme les blés, s’investit à fond dans chaque rôle, pareil pour ses rivales, ses concurrentes… On nous montre que oui, les concours peuvent être déterminants et sont source de stress et de pression mais que la joie de se produire et la beauté de l’art font que ça vaut le coup. On part jamais dans une « face sombre du sport », il y’a des douleurs mais elles ne sont jamais dramatiques. 

On a donc une oeuvre légère mais pleine de pédagogie, très didactique, qui est aussi bienvenu pour un public de jeunes lecteurs et lectrices qu’un public d’adultes qui cherchent à découvrir d’une manière moins glauque que d’habitude le monde du ballet. Et si le pedigree « à fluides » de l’autrice vous effraie, rassurez-vous, comme je l’ai dit, il n’y a rien de tout ça dans ce récit. Si le style de Cuvie semble rester le même, elle nous montre qu’elle sait aller à l’essentiel et sait mettre en avant les visages de ses héroïnes, toujours très expressives, riches en émotions.

Lecture très agréable, donc, qui m’aura enfin permis d’aborder un milieu que je ne connaissais pas et commence à me donner envie de m’y intéresser vraiment. En plus, c’est pas trop loin du théâtre comme art, donc je me sens comme un petit poisson de l’eau.

Mais bon, allez, la positivité c’est sympa, maintenant allons dans la direction inverse.

 

Happy Sugar Life

L’animé a été diffusé cet été, si vous l’avez loupé c’est normal: c’était sur Amazon Prime. Bon laissez vous présenter ça du coup parce que, vous allez voir, ça va très vite chier dans le ventilo. D’un côté on a une lycéenne nommée Satou qui est traitée par tout le monde comme « la fille la plus facile du monde » et c’est vrai qu’il suffit d’être un garçon, de lui demander de sortir avec elle, elle dira oui, et te larguera forcément 2/3 jours après. Bref, si tu veux du bon temps, c’est simple. Sauf que surprise: un jour elle dit non. Et puis elle redit non. Elle aurait enfin trouvé l’âme soeur. Qui est-ce, vous demandez vous ? Oh, euh, une gamine. 

Cette gamine, nommée Shio, est toute gentille toute pleine d’énergie mais elle est défendue de sortir de l’appartement qu’occupe Satou et semble en plus être recherchée par son frère, qui placarde des affiches de recherche dans toute la ville. On pourrait donc penser à un kidnapping sauf que la relation entre Shio et Satou est heureuse, pleine de vie, presque enfantine: on les voit rapidement mimer un mariage comme si elles avaient encore cinq ans. Une relation étrange, que Satou est prête à tout pour protéger: l’occupant de l’appartement semble avoir disparu (ou, plutôt, être divisé en plusieurs petits morceaux, à la saoudienne), elle multiplie les petits boulots pour gagner de quoi vivre en totale indépendance, sa tante et tutrice ne donne plus signe de vie et elle se met à manipuler son prof-pervers pour pouvoir lui faire faire les sales tâches. Bref, elle se salit les mains pour garder intact son « royaume. »

Pour tout vous dire, j’avais commencé Happy Sugar Life avec l’anime et à la base j’envisageais ça comme un plaisir coupable un peu trashy, où les persos sont un peu cons, la violence et le sexe totalement gratuits et j’espérais du coup surtout voir des persos un peu barjos évoluer dans une intrigue et un univers un peu barjo. Sauf qu’au bout de trois épisodes, je suis passé sur le manga. Pas que l’anime soit nul – il est même plutôt bon -, juste que les rebondissements me tuaient et que je devais savoir la suite, au plus vite. 

Et vous savez c’est quoi le plus gros rebondissement ? Qu’au bout de deux ou trois tomes, Happy Sugar Life passe de « plaisir un peu regressif » à « oh merde, y’a des vraies idées et un vrai message dans ce bordel. »

Il faut évidemment accepter l’idée qu’on va avoir affaire à un cast où tous les personnages principaux sont félés. Quand j’utilise le mot « félé », il faut envisager le mot figurativement… et littéralement. Tous les adolescents du récit ont été brisés par la vie et pas par n’importe qui: par les adultes qui sont censés prendre soin d’eux. Satou est incapable d’aimer après avoir passé son enfance avec une tante nymphomane et masochiste, Kiraboshi a perdu toute humanité suite à un viol, Shio et son frère ont été victimes de violences et d’abandon par des adultes qui ont perdus pieds… Y’a pas un seul bon adulte dans le récit et, par conséquent, à l’exception d’un seul et unique personnage tous les adolescents ne sont pas bien meilleurs.

Mais le manga brille encore plus lors d’un très court arc – hélàs passé à l’as durant l’adaptation animée – qui va se concentrer sur la mère de Shio, et sur sa vie de très jeune mère assez peu confiante en elle et malmenée par son entourage, qui traite le sujet des violences domestiques et des mariages arrangés à la japonaise qui tournent mal-mais-comprenez-l’honneur-de-la-famille-est-en-jeu avec un ton brutal, simple, concis et effrayant. 

De la subtilité, dans Happy Sugar Life, il n’y en a pas une once.  Et vous savez quoi ? Pour les sujets que le manga traite, le faire de manière aussi directe, aussi extrême, c’est cathartique, efficace. Le visuel est mignon, rond, les personnages adorables, les pages couleurs sont toutes jolies, permettant d’atténuer efficacement la violence des thèmes évoqués. J’ai été fasciné par le contenu du manga pendant prêt de huit tomes, et je finissais chaque chapitre avec l’envie de voir où ça allait aller, dans quels sujets ça allait m’emmener. Les personnages sont pourris de l’intérieur mais en nous expliquant et en nous faisant comprendre leurs faiblesses et l’origine de leurs brisures, on fini malgré tout à s’attacher à eux, à accepter leur destin tragique. Sur le papier, Happy Sugar Life n’aurait jamais du fonctionner, pourtant au final c’est une vraie réussite, qui se pose en digne héritier des oeuvres de Ryukishi07 – Higurashi et Umineko – dans le fait de mélanger violence adolescente, réflexion sur les violences domestiques et personnes exacerbés. 

Mais pfiou, après ça, il nous faut un peu de quoi se remettre sur pied. Vous voulez de l’amour tragique et de l’adorable ? Attendez, j’ai ça.

 

The Duke of Death and his Black Maid

Aussi nommé Shinigami Bocchan to Kuro Maid, ce manga de Inoue Koharu vous plonge dans l’histoire d’un jeune duc, héritier direct d’une grande famille, qui a connu un grave malheur dans son enfance: maudit par une sorcière, il se retrouve avec un pouvoir de « toucher de mort », c’est à dire que tout ce qui est vivant, lorsqu’il le touche, meurt. Fleur, animal… et aussi humain. Lâché par sa famille, il erre désormais seul dans un imposant manoir, accompagné de Alice, une maid qui a le même âge que lui et qui semble adorer passer son temps… à abuser de sa timidité et à ainsi le taquiner. Une belle relation va donc naître entre ces deux êtres, et l’on va suivre l’évolution de cette relation grâce à plein de petites scènes issues de leur vie quotidienne.

Là aussi, visuellement c’est a.d.o.r.a.b.l.e, vous pouvez le constater. Le héros on dirait une sorte de professeur Layton gothique qui dormirait jamais, alors que de son côté Alice porte le noir sans la moindre once d’inélégance. C’est de la comédie romantique gothique, je croyais pas que j’en verrais un jour mais allez, on y est. A la base un doujin devenu webmanga, Duke of Death gagne en qualité à chaque tome: au départ une compilation de petites scénettes amusantes, l’univers est de plus en plus fourni à chaque chapitre, gagnant de nouveaux personnages qui viennent rendre le manga plus dynamique, l’empêchent de s’enliser, sachant qu’on revient toujours très régulièrement sur la relation grandissante entre le duc et Alice, qui s’envoient toujours plein de piques hormonales mais ont une vraie relation dynamique basé sur un respect et une confiance totale l’un envers l’autre, avec des dialogues parfois savoureux.

Il y’a pour l’instant une cinquantaine de chapitres chacun qu’un chapitre, format numérique zarbi oblige, ne compte « que » dix pages, du coup on a vu de l’univers de cette série qu’une part infime mais la série a su nous montrer plusieurs fois qu’elle était capable d’être drôle, d’être émouvante, d’être tendre et d’avoir un univers bossé et maîtrisé. On sort de cette lecture de meilleure humeur qu’en y entrant, bref c’est une vraie recommandation sincère que je vous fais là.

Et si vous voulez une relation plus tactile, dans le sens « les personnages ont le droit de se toucher », place à..

 

Bloom Into You

Alias Yagate Kimi ni Naru, les plus observateurs auront notés que l’adaptation animée a démarrée cette saison, que j’ai déjà dit énormément de bien de l’opening et que y’a le check le plus cool de la japanimation depuis celui de Eugeo et Kirito y’a environ trois semaines:

Instant confession: si j’adore shipper des filles entre elles dans les animes et les mangas (« voici ma conférence de trois heures sur pourquoi Mio et Ritsu sont canoniquement en couple dans K-On »), le genre shojo ai, qui est spécialisé justement dans les relations amoureuses entre deux personnages féminins, est un genre qui me laisse totalement froid. C’est du gros préjugé ce que je vais dire mais j’ai longtemps eu le sentiment que quand j’en avais lu un, je les avais tous lus: dans ma tête Girlfriends et Citrus c’est la même limonade, idem pour Maria-sama et Strawberry Panic. Heureusement, j’ai eu récemment dans ma vie l’entrée de Asagao to Kase-san qui est venu injecter du feel good et de l’adorable dans ce monde qui me semblait alors composé que de lycéennes fadasses et d’écoles privées catholiques. 

Et puis, donc, y’a aussi eu Bloom Into You. J’étais assez hype sur l’annonce de l’anime et j’avais voulu lire le premier chapitre « pour voir », et au final je me suis bouffé les six tomes sortis jusqu’à présent. Pourquoi ? PARCE QUE C’EST UN DES MEILLEURS COUPLES QUE J’AI JAMAIS VU DANS UN MANGA ET QUE JE VOULAIS VRAIMENT LA SUITE.

 

L’histoire de Bloom Into You elle est simple: on y suit Yuu qui démarre sa première année dans un nouveau lycée et Yuu c’est une meuf pragmatique qui a un souci: elle adore les chansons d’amour et les livres de romance mais elle arrive pas à ressentir de sentiments aussi forts pour qui que ce soit. Mais dès sa première semaine, elle va surprendre une déclaration d’amour entre deux élèves de seconde année: un jeune garçon anonyme d’un côté et, de l’autre, la destinatrice de cette confession, Touko, membre du conseil des élèves, idole du bahut et… « personne qui ne veut pas se mettre en couple », d’après sa propre réponse à cette confession, au grand desarroi du jeune homme et à la grande surprise de Yuu qui écoute la scène. Touko surprend Yuu, lui dit de garder ça secret, et Yuu va se retrouver à bosser pour le conseil des élèves, sous le patronage de Touko qui va, très vite, lui faire une confession encore plus surprenante: au final, si, elle aimerait se mettre en couple… avec Yuu.

Yuu accepte alors mais la prévient d’un truc: elle ne se considère pas amoureuse de Touko et ne pense pas pouvoir un jour être amoureuse de qui que ce soit. Commence alors une relation un peu compliquée mais néanmoins privilégiée entre les deux personnages. 

Bloom Into You a deux très grosses qualités: déjà visuellement c’est excellent, c’est d’une clarté, d’une fluidité et d’une expressivité remarquable. Mais la plus grosse qualité ça va être la seconde, et ça va être les personnages principaux. Car ici le manga ne va pas se contenter de raconter une histoire d’amour « compliquée » mais bien développer en profondeur ses personnages. Touko, par exemple, est considérée comme l’idole de son école mais vous vous doutez bien que tout cela n’est qu’un masque, et que derrière cette jeune fille parfaite se cache une adolescente traumatisée par la disparition de sa grande soeur, essaie de suivre ses pas pour faire plaisir à tout le monde mais, dans le même temps, peine à trouver sa véritable identité. Ce n’est ainsi qu’au près de Yuu qu’elle peut vraiment montrer son vrai visage…

De son côté Yuu est plus cérébrale, apprécie cette relation mais se questionne sur le concept même d’amour, quitte à parfois s’embourber, se mentir à elle-même, nier des évidences. Sans compter qu’on a du coup une dynamique inédite entre les deux personnages: la senpai va être la plus sensorielle du couple, celle qui va initier les choses, être la plus tactile, la plus caline… et se confronter à une kohai qui se laisse pas pour autant faire, à pas peur d’être taquine, et ne compte se contenter d’une relation superficielle, tirant parfois les vers du nez de sa partenaire pour la forcer à vider son sac quand elle sent que les choses ne vont pas. Les deux se complètent admirablement, et leur relation possède une vraie dynamique, crédible.

Il y’a du Kare Kano dans Bloom Into You, on y retrouve des thématiques similaires, une romance aux multiples facettes, une pièce de théâtre à l’importance primordiale, un cast secondaire riche qui n’a pas peur de jouer un rôle au fil des arcs. La relation entre les deux héroïnes est complexe, changeante, souvent adorable, parfois intense, de temps en temps ombragée mais toujours crédible. En somme, Bloom Into You est une vraie bonne pépite, qui a su s’approprier les codes d’un genre pour passer un message bienvenu sur la communication entre les êtres, sur la quête de son identité. 

Vous l’avez compris: je n’ai que des éloges à faire sur Bloom Into You, qui se pose après six tomes comme une référence de son genre, indéniablement.

Bon sur ce, je clôture le mangarama pour aujourd’hui. J’étais à deux doigts de faire un petit paragraphe supplémentaire sur March Comes In Like a Lion mais j’ai pas encore lu le tome 11 donc ça sera pour une prochaine fois – oui, le tome 11 me hype considérablement parce que vu comment se terminait le tome 10 (« REI A DES COUILLES EN TEFLON »), je dois impérativement le lire. Dans tous les cas, hésitez pas à lire March Comes in Like a Lion, c’est trop bien. 

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