Mangas & Animes

Le problème Netflix

Vous commencez à connaître Néant Vert et vous savez que y’a des traditions un peu débiles au sein de ce blog, à commencer par le fait que, depuis 2009, chaque 31 décembre je sors un article. L’article du 31, l’article du réveillon. Je sais pas pourquoi je continue mais j’ai cette mauvaise habitude de m’imposer des défis débiles, please understand.

L’article de cette année sera relativement simple, peu pédagogique, peu didactique, vous fera pas découvrir grand chose, non vraiment c’est pas un article particulièrement pur car là je vais juste râler pendant quelques paragraphes. Eh, après tout, un blog c’est aussi, parfois, exprimer ses opinions de la manière la plus gratuite possible car, après tout, on est pas là pour faire du travail journalistique. 

Et donc, ouais, je vais râler sur Netflix et sur sa gestion de l’animation japonaise, qui m’inquiète depuis deux ans à plus d’un point.

(Mais avant ça une parenthèse car vous l’avez remarqué mais Néant Vert a changé son design. Assez semblable au précédent, mais un poil plus moderne !)

L’article sera illustré par des gifs de séries exclusives en France au catalogue Netflix, genre là c’est Sirius the Jaeger

Mais si souvenez-vous, il y’a deux ans c’était le début de Little Witch Academia, la série télévisée. Exclusivité Netflix en Occident 1, donc ça a signifié qu’on a eu le droit à une publication absolument abracadabrantesque: les treize premiers épisodes d’un seul coup à la fin juin 2017, la seconde moitié deux mois plus tard. Pendant ce temps, au Japon, la série avait été diffusée « normalement » entre janvier 2017 et juin 2017, au rythme d’un épisode par semaine. En gros, si tu voulais mater la série au format « un épisode chaque semaine », t’avais pas le choix: c’était fansub ou rien. En 2017. Yo c’est quoi ce binz.

Et depuis, pas mal d’autres séries ont « subi » le même contre-coup: Kakegurui, Les Enfants de la Baleine, Hisone to Maso-tan… Autant de séries dont Netflix s’est acheté les droigts à coup de millions et s’est dit « hop salut les enfants, vous êtes bien gentils mais cette série qui fait le buzz au Japon si vous voulez la mater dans un cadre officiel, vous attendez quatre mois minimum parce que bon, nous le simulcast on connaît pas. » La seule exception sur le sujet étant Violet Evergarden, qui lui fut diffusé comme il se doit, au rythme d’un épisode par semaine. Mais ça n’a pas été répété après ça. Bon.

Moi ça me saoule de voir Netflix agir comme ça avec ses licences.

Little Witch Academia

Non mais je déteste pas Netflix, hein, c’est un service auquel j’ai souscrit la semaine de son arrivée en France, je m’en sers très régulièrement, c’est ultra pratique, le catalogue est touffu, y’a de quoi faire… mais le truc c’est que Netflix c’est pas une plate-forme de simulcast. C’est une plate-forme, t’y vas pour regarder une saison de série d’un coup, ou pour rattraper les films que t’as pas vu au cinéma. Et ça, ce statut de « grand entrepôt », les mecs de Netflix ils en sont fiers, c’est pour ça qu’ils limitent les simulcasts au maximum: car ils veulent au maximum sortir les séries dans un gros bloc qui permettra à leurs spectateurs de tout mater d’un coup. Ils savent la force de leur service, ils jouent au maximum dessus, ils se vendent comme les apôtres du « binge-watching« , ok très bien.

Alors pourquoi ces connards là chopent en exclu des licences de séries en cours de diff ? 

Oui ok d’un point de vue business c’est évident pourquoi mais la question est rhétorique, là.

Kakegurui

Quand Netflix chope une licence pour une série ça crée plein de soucis différents:

  • La série n’a donc pas de simulcasteur « officiel » en France, du coup c’est open-bar pour les teams de fansub pendant tout le temps de la diffusion, c’est dommage parce que le fansub de séries en cours de diffusion, c’était mort depuis cinq ans 2.
  • La série n’a pas de simulcasteur « officiel » en France du coup la promo autour du titre elle va se faire uniquement par le bouche à oreille tant que la série est pas sur Netflix, ce qui fait que le moment ou un anime devrait être le plus discuté, le plus visible (c’est à dire la saison de sa sortie), bah il part avec un gros handicap en terme de visibilité. 
  • Et même quand il sort sur Netflix, la promo elle reste limitée vu que cette sortie elle va en accompagner une vingtaine, une trentaine d’autres sur la même semaine et Netflix ne fait que peu de promo et de travail de com autour de ses sorties si c’est pas leurs « Originals » à la con, qui sont diffusés internationalement que chez eux. Ce qui impose, encore une fois, que la promo c’est les fans qui doivent la faire eux même et que tout passe par le bouche à oreille. Donc même quand ça sort ça reste invisible.
  • Et pendant ce temps, les sociétés spécialisées dans le simulcast d’anime se voient retirés la possibilité de bosser sur des titres qui pourraient méga booster leurs catalogues et apporter, par effet de ruissellement, de la visibilité au reste de leur catalogue, donc participer à l’essor de l’animation japonaise dans son ensemble. 

Je ne dis pas que Netflix ne doit pas avoir d’animation japonaise à son catalogue: je dis juste qu’ils doivent arrêter ces conneries de prendre l’exclu sur des séries qui devraient être simulcastées. Quand ils ajoutent à leur catalogue des séries comme Last Exile, Higurashi, Toradora ou bientôt Evangelion, qui sont des séries qui ont pu faire leurs preuves, qui ont eu mille fois l’opportunité de se placer dans l’esprit des fans, moi au contraire, j’applaudis, car ils donnent une nouvelle vie à des oeuvres qui peuvent désormais se faire connaître auprès d’un nouveau public. Ca c’est très bien !

Lupin III Part V
Lupin III Part V (dont on a zéro nouvelles pour la France, neuf mois après le début de la diffusion japonais ??)

Puis bon soyons francs: au délà du fait que sortir chez Netflix en priorité te rend invisible, t’es pas non plus assuré d’être bien traité, particulièrement au niveau de la traduction. En France, vous pouvez reprocher ce que vous voulez à la triplette ADN/Wakanim/Crunchyroll mais certainement pas la qualité des traductions, qui sont sans doute les meilleures au monde car on est dans un pays qui a la chance d’avoir une vraie bonne culture de la traduction, une vraie histoire et une vraie expérience de la traduction de machins japonais, là où les anglo-saxons s’en battent un peu les couilles. Sur Netflix ? Les sous-titres sont une plaie 2 fois sur 3. La faute à des tarifs encore plus indigents que dans le reste de l’industrie et a un système qui a duré trop longtemps – le fameux portail « Hermès » ou n’importe qui pouvait littéralement traduire, pour des clopinettes et peu importe les diplômes et l’expérience réelle avec les langues. Du coup trop souvent, tu tombes sur des trads nullissimes, qui dénaturent les oeuvres initiales. 

Bah oui, ça s’improvise pas de faire de la traduction d’anime son métier, c’est pour ça qu’on a des plates-formes spécialisées en France. 

AICO Incarnation

Alors vous me direz « mais Amo, regarde Devilman Crybaby, sans Netflix il ne serait pas là et n’aurait certainement pas eu un tel succès » et effectivement là on arrive sur un cas radicalement différent, contre lequel je ne m’oppose pas: les Netflix Originals, ou Netflix détient l’exclusivité totale et ou les épisodes arrivent sur Netflix bien avant une éventuellement diffusion télévisée au Japon. C’était le cas de Crybaby qui a été une grosse sortie à l’époque, et a été énormément mis en avant par Netflix: promos, mise en avant sur l’application, etc etc. Parce qu’ils y ont mis des billes et parce que c’était « à eux. » Donc là oui ils en ont bien parlés, et le fait d’avoir lié le projet à une figure aussi connue que Masaaki Yuasa, ça a suffit pour que le truc explose. 

Néanmoins.

Le rôle de Netflix reste assez minoritaire au point de vue production et, surtout, n’améliore pas vraiment les choses dans l’industrie japonaise. Une série comme AICO Incarnation a vu le rôle de Netflix être assez négligeable d’un point de vue créatif: la série aurait du être diffusée sans Netflix à la fin 2017 mais la production avait du être stoppée manque de moyens, moyens que Netflix a fourni pour clôturer la production et s’assurer l’exclu sur le titre. Pour Devilman Crybaby, Netflix était même absent du comité de production, ce qui signifie que ce n’était qu’un diffuseur, qui n’a joué aucun rôle dans le processus créatif derrière la série même si, comme le signale l’animateur Katsunori Shibata, ça a permis au staff d’y aller sans limites en terme de sexe et de violence (facile d’y aller à fond quand tu sais que t’auras pas à prendre en compte les règles très sévères du CSA japonais), mais c’est le seul « atout » qu’a amené Netflix au sein de la création de la série.

High Score Girl

On peut voir d’un bon oeil le fait que Netflix se contente de diffuser sans « intervenir » dans la création, mais du coup c’est assez énervant de se taper pendant les deux mois « Crybaby est un chef d’oeuvre signé Netflix » dans toute la presse culturelle alors que, finalement, le rôle de Netflix dans le tas est… négligeable ?

Puis, même, au final, en un an de Netflix Originals, le bilan est… dégueulasse, non ? Devilman Crybaby est beaucoup de sang et de violence pour masquer un propos vide de sens, AICO Incarnation raconte à la vitesse d’un escargot une histoire de SF sans originalité, quant à B The BeginningHeromask ou Swordgai, l’interêt n’est guère élevé. Le seul titre qui s’en sortirait bien c’est Agressive Retsuko mais le problème c’est que c’est pas une série « neuve »… Agressive Retsuko est diffusé au Japon depuis 2016, sous un format radicalement différent: 100 épisodes de 3 minutes dans lequel la version « occidentale » n’a eu qu’à piocher.

Bref, Netflix semble financer ses exclusivités avec une politique étrange, qui vise à envoyer un maximum de merde au mur pour voir ce qui colle. Quitte à financer des trucs, ils pourraient pas, genre, financer des bons trucs ? Je vais paraître à deux doigts d’être insultant mais on a l’impression qu’ils font les poubelles pour trouver des trucs « vaguement SF » qui pourraient plaire à un « public occidental » sauf que le public occidental, il est pas dupe. 

Fate/Apocrypha

Donc voilà c’est un peu mes griefs contre Netflix. La morale étant « paie bien tes traducteurs, arrête d’empêcher les autres entreprises qui font mieux le boulot de faire leur boulot et contente toi de faire ce que tu fais le mieux, c’est à dire redonner vie ou mettre en avant des séries qui ont déjà un peu vécues, parce que ton taf c’est de maintenir la vie, pas de la créer, non ça la créer t’es nul. »

Maintenant, vous voulez le twist de cet article ?

Parce qu’en vrai y’a pire.

Deux fois pire.

Une entreprise qui non seulement achète tout et n’importe quoi pour en avoir l’exclu mais en plus rajoute aux traductions de merde payées au lance-pierre un service mal branlé, dans lequel les épisodes arrivent avec des heures, des jours entiers de retard, dans l’indifférence générale. Un service auquel beaucoup ont accès sans le savoir. Un service qui ne met jamais son catalogue en avant, n’a aucune ligne éditoriale et sert juste pour sa maison mère à essayer d’avoir un énième monopole de plus car y’a que ça qui rend dur son PDG. Un service qui s’est en plus permis l’idée de choper l’exclu sur des séries de qualité, passées totalement inaperçues parce que personne sait que c’est chez eux. Un service qui n’a comme seul atout les valises de billets qu’il dépose, qui parfois financent intégralement un anime sans que les mecs en aient une seule seconde conscience parce qu’ils sont juste là pour écouler du fric et s’acheter le marché à coup de thune à défaut d’avoir le moindre talent.

Messieurs.

Mesdames.

Je vous propose qu’on finisse l’année en souhaitant joyeusement à Amazon Prime Vidéo qu’il aille bien se faire niquer.

Neo Yokio (ok c’est pas de l’anime mais je pouvais pas finir sans le mentionner)
(Gros Toblerone pour tout le monde !!!)
  1. C’est pas la première exclu Netflix en terme d’anime en cours de diffusion, avant ça y’avait Kuromakuro mais honnêtement tout le monde s’en fichait
  2. Notez que je dis pas « le piratage existait plus » parce que je suis pas naïf, disons juste que depuis cinq ans la mode est passée de « on télécharge des fansubs en quantité industrielle » à « on mate des rips et on chope des saloperies sur des sites hebergés dans des coins craignos du globe »
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4 commentaires

    • Vivien Voillot

      Amazon Prime Video ? Les trous d’balles qui on t acheté The Expanse, en en privant Netflix, pour ne pas le mettre sur le catalogue des pays européens ?
      Carrément !

  • tom le chat

    J’ai l’impression que ce problème de traduction touche essentiellement les sous-titres français ; sur les quelques séries « originales Netflix » que j’ai regardées cette année (Aggretsuko, Hisone & Masotan, Violet Evergarden…), les sous-titres anglais et le doublage VF m’avaient semblés corrects.

    Sur le mode de diffusion, je pense que c’est une question qui mérite d’être creusée d’avantage.Quand on prend le cas de Violet Evergarden, on voit bien que Netflix n’est pas totalement opposé au simulcast mais la volonté de proposer d’emblée des versions doublées en plusieurs langues est difficilement conciliable avec le mode de production en flux tendu de beaucoup de séries.
    Si Netflix ne semble pas s’impliquer d’avantage dans la production d’anime, c’est soit que le marché n’est pas si juteux que ça pour un gros diffuseur, soit que l’entreprise est encore en phase d’observation et étudie l’angle d’attaque le plus intéressant.

    Une chose qui n’est pas souvent abordée, c’est que niveau agrément d’utilisation, Netflix propose des applications très supérieures à Wakanim ou Crunchyroll. Compte tenu de ma vue très mauvaise et de ma connexion internet capricieuse, il est très regrettable que les concurrents de Netflix ne proposent ni mode offline, ni sous-titre personnalisable (taille, arrière-plan). Même si j’ai fini par m’abonner à ces deux services par volonté de soutenir les créateurs, je ne peux pas dire qu’en dehors de leur catalogue je sois satisfait des prestations proposées…

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