Saenai Heroine no Sodateka – How to Raise a Boring Méta

Saenai Heroine no Sodateka – How to Raise a Boring Méta

Ces derniers temps je me remet à mater plein d’animés, c’est plutôt cool, ça me détend pas mal. Du coup j’ai pu me mater un animé que je m’étais mis de coté depuis quelques temps, en l’occurence le noitaminA de janvier dernier: Saenai Heroine no Sodateka. Pourquoi j’étais intéressé ? Je sais pas, les screens que j’ai vu passer étaient jolis du coup je me suis dit « bon allez, matons un truc juste parce que le design est sympa. »

Du coup oui le design était sympa mais y’a pas mal de trucs à dire sur la série parce que autant j’ai un peu d’affection pour elle, autant y’a quand même pas mal de trucs qui m’ont un peu agacés ou sortis du trip. Donc allez, le blogging ça sert à ça, je vais casser du sucre sur le dos de la série.

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L’intrigue de Saekano: on a donc un héros nommé Tomoya qui est un super otaku ultra motivé du genre qui diffuse des animes dans son lycée, qui tient un blog ultra populaire, etc etc. Bref un homme un vrai. Un jour d’avril, alors qu’il travaille tranquillement, il remarque en haut d’une colline une jeune fille dont le berêt s’envole. Touché par la grâce, l’amour et la romance, il décide de créer un visual novel romantique afin de rendre hommage aux émotions qu’il a ressenti. Il décide donc de demander leur aide à deux de ses amies – et optionnellement filles les plus populaires du lycée – Utaha et Eri pour créer ce jeu. Utaha est une écrivaine de light novel au parcours remarquable tandis qu’Eri est une des artistes de doujinshi H la plus réputée. Les deux ont aussi des sentiments pour lui. Bon.

Quant à la fille qui était en haut de la colline, ce jour-là, son nom était Megumi et elle va elle aussi rejoindre ce nouveau club. Mais Megumi n’a pas vraiment de personnalité, elle est plutôt fade et personne ne la remarque jamais… Mais c’est pourtant d’elle dont Tomoya souhaite s’inspirer pour en faire une héroïne remarquable !

On va donc suivre les aventures de ce cercle dans leur route vers la sortie du jeu au Comiket…

FOUYAYA.

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Il est important avant tout de mettre Saekano dans son contexte: le light novel original est écrit par Fumiaki Maruto, un homme qui depuis 2002 scénarise des visual novel dont le plus connu chez nous reste White Album 2, dont l’adaptation animée récente a su toucher les coeurs des otakus les plus connaisseurs (faudrait que je le mate.) Au dessin du light novel c’est Kurehito Misaki qu’on retrouve. C’est un auteur qui a bossé sur quelques eroges dont, celui adapté récemment dans l’indifférence totale, Ushinawareta Mirai wo Motomete. Mais c’est aussi une multitude de doujins et d’arts pas trop dégueulasses via son cercle, Cradle.

Donc voilà deux auteurs qui ont une expérience dans la création de VN qui écrivent quelque chose sur des types qui essaient de créer des VN. Bon, on peut donc leur faire confiance là dessus.

Et très vite cette adaptation animée glisse sur le méta: l’épisode 0 voit les personnages parler d’animes dans des poses pas très SFW avec des propos comme « c’est dommage que y’ait du fanservice dans cet animé » et autre « mais non pourquoi tu te limites à ça. » Ok. En fait tout l’épisode 0 est même juste un impressionnant délire général: situé chronologiquement peu avant la fin de l’épisode 12, il nous introduit à tous les personnages de la série sans nous dire qui est qui, on est juste laché dedans avec pour promesses du méta et du gros fanservice. Ok.

Après, le fanservice de Saekano il est cool, pas de souci.

Saekano01 Saekano02 Saekano03 (à la base c’est juste le personnage en maid-chat qui s’énerve que le héros lui ai menti du coup elle le plaque à terre et lui gueule dessus dans cette position… équivoque. C’est gratuit, yep, mais quand c’est gratuit j’achète.)

Je sais pas à quel point le light novel de base était fanservice ou si c’est l’animé qui a vraiment fait exploser le compteur mais le nombre de plans boobs / culs / jambes / nuques / épaules / lingerie fine il est incroyable. Y’a un épisode, le dixième, celui qui nous introduit à la cousine musicienne, on dirait un épisode de Nisemonogatari tellement il case de fanservice à une simple discussion un peu trop longue. Le seul truc qu’on a pas de toute la série c’est du pantsu shot. Zéro petites culottes ou quand on en voit c’est pas parce qu’elles sont sous la jupe mais parce que l’héroïne se balade en lingerie fine à l’image. Holy fuck. Comme quoi c’est possible. Et rien que pour ça j’ai envie de donner une médaille aux mecs qui ont fait ça.

Mais bon oui, si vous aimez pas le fanservice gratuit, oubliez Saekano, c’est mort. C’est un fanservice qui me parle pas mal mais si c’est pas votre came, welp.

Donc là vous vous dites « ok y’a du fanservice, du méta, des persos sexys qui font un visual novel, c’est bien parti. »

Oui mais non, pas trop.

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Saekano06 – Briser le 4e Mur au bulldozer  –

J’ai trouvé le coté méta de Saekano trop forcé. L’illustration que je viens de mettre est le moment pile ou j’ai juste levé les yeux au ciel en faisant « oh non s’il vous plaît. » Contexte: Utaha est pas apparue de tout l’épisode 8 et au début de l’épisode 9 elle vient consoler le héros. Quand il se demande pourquoi elle est là, vous voyez sa réponse.

Briser le 4e mur c’est pas si simple qu’on le croit. Enfin si c’est simple dans le sens où tout le monde peut facilement le faire car ça n’exige pas une imagination ou un talent particulier. Il est facile d’écrire un roman de 200 pages puis soudainement de décider que le personnage va se rendre compte du média dans lequel il est et faire une remarque débile en conséquence afin de faire rire la galerie. Et c’est souvent bien reçu par le lecteur qui est content de voir que l’auteur pense à lui quelques secondes. Bon.

Mais c’est moins simple de rendre efficace et pertinent le bris du quatrième mur. Pour moi le bon exemple c’est Baten Kaitos qui, du début à la fin, implique et donne au joueur un véritable rôle, avec une place importante dans l’intrigue. Des comédies comme Excel Saga fonctionnent elles aussi très bien parce que c’est le postulat même de la série de détruire le 4e mur, dès la première seconde. Même Jojo s’amuse à le faire en le faisant bien.

BREF. Saekano a du mal à trouver le bon équilibre.

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Parce que tout son scénario repose justement sur le jeu des archétypes et des clichés du VN & du harem-manga. Du coup le côté méta il est évidemment obligatoire. Le fait même que l’intrigue force les héros à construire un jeu autour d’un personnage « fade » que personne ne remarque et ne mémorise est par exemple loin d’être une mauvaise chose. C’est même une excellente idée. Rajoutez à cela le fait que le héros est lui-même très rapidement au centre d’un harem, donc du coup les archétypes qu’ils vont discuter vont pouvoir s’appliquer à sa situation, ce qui peut créer de l’ironie, ok, c’est pas mal…

… mais ils sont obligés de faire tous leurs dialogues des tentatives d’analyser leur propre oeuvre ? Parce que du méta toutes les 30s c’est lourd.

D’autant que j’ai pas évoqué LE problème principal de Saekano. Ce problème il est simple et, j’oserais généraliser, je dirais qu’il a le même souci que beaucoup trop d’adaptations de light novel: le héros est juste simplement imblairable. Ok il a plus de personnalité qu’un Kirito ou qu’un Bell mais oh mon dieu on a tout ce que je supporte pas: un otaku a la fierté mal placée qui passe son temps à gueuler quand ce qu’il se passe ne lui convient pas, qui est incapable de déceler le moindre élément romantique dans les filles de son entourage, qui est inutilement pur et qui se conduit comme un connard trop souvent mais heureusement ça va « parce qu’au fond il est gentil et motivé. » Putain ça m’insupporte. C’est un Keima de The World God Only Knows mais qui n’a pas forcément le charisme qui va avec.

Mais du coup en plus il parle trop. Dès qu’une héroïne fait quelque chose il est là à jouer le mec sérieux et à commenter TOUT ce qui se passe autour de lui. Même quand il se passe rien, il pense, il parle, il commente. Parfois on sature, naturellement. Quand une héroïne flirte avec lui, il est en panique ou fait semblant d’ignorer. Et puis il a toujours raison, d’une manière ou d’une autre. C’est gonflant, gonflant.

Le plus triste en tout cas c’est ça: pour un animé qui veut tant jouer avec les archétypes et presque s’en moquer, il tombe en plein dedans pour son héros. Des grognards moralistes qui ont toujours raison sans jamais voir plus loin que le bout de leur nez, ça commence à gaver pas mal de monde et ça aurait été bien de jouer avec ça un minimum. 

Pas ce que vous croyez
Pas ce que vous croyez

Les « héroïnes » en général semblent souffrir du même souci: Eri est une archétype de loli-tsundere, forcément énervée quand on parle du bonnet de seins, qui tape des gens avec ses couettes et qui semble aimer le héros autant qu’elle le déteste. Bref, une tsundere. Est-ce que j’aime les tsunderes ? Est-ce que ce blog a l’air d’être celui de quelqu’un qui aime les tsundere ? Bon.

Utaha est une héroïne « petite maligne » qui semble toujours intelligente et calme mais qui cache derrière son corps de rêve et sa culture une langue de vipère et un goût pour le rentre-dedans prononcé. Senjougahara Hitagi ? Totalement. Et c’est le problème: elle a du mal à survivre à la comparaison. Même si, ok, je suis désolé, je vais utiliser un vocabulaire un peu vulgos et pas ultra intello mais ok ok elle est bonne. 

Michiru c’est plus compliqué du coup parce qu’elle c’est la cousine sans-gêne qui n’a honte de rien. La première fois qu’on la voit « officiellement » elle est à poil et ça la dérange pas tant que ça. Elle déteste les otakus, ok. Le personnage apparaît trop tardivement pour qu’elle puisse réellement nous impacter la tronche et le peu qu’on voit alterne entre le « ok pourquoi toutes ses poses sont sexuellement suggestives » et « ok pourquoi elle jette les figurines du héros comme ça elle est teubée ou quoi ? » Sans-gêne on vous a dit. Bon.

MAIS HEUREUSEMENT.

Y’a Megumi.

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Megumi c’est donc la « normale. » Elle a rien de remarquable, personne la remarque jamais et tout l’animé joue avec ça. Elle disparait souvent des scènes en scred sans que personne capte qu’elle a disparue – spectacteur y compris. Jusqu’a son introduction dans l’épisode 1 elle est vraiment utilisée comme une vraie PNJ: on la voit dans le fond sans que jamais le focus ne soit jamais fait sur elle. Elle n’est jamais vraiment la source de fanservice. Elle ne fait jamais vraiment avancer l’intrigue. Son rôle est d’être la fille qui « sert de modèle » pour le projet. Elle n’a pas vraiment de talents ni de qualités particulières.

Mais à la fin je regardais la série que pour elle.

Pourquoi ? Parce qu’elle est ultra terre à terre. Elle comprends que dalle au projet du héros mais accepte de l’aider « parce qu’elle a rien de mieux à faire et que ça peut être sympa. » Quand elle va chez le héros elle joue à des jeux par curiosité et trouve ça sympa mais regrette « que quelqu’un a pas arrêté de commenter la partie. » Elle a pas vraiment d’archétype bien déterminé: elle est juste une fille banale, qui ne brille jamais vraiment.

Pourtant ses répliques sarcastiques, son ton traînant et le fait qu’elle se foute complètement des conneries de son entourage est un vrai atout et une vraie bulle d’air frais dans cette série. Et si « l’héroïne ennuyeuse » du titre est censé être elle, elle devient rapidement le principal interêt de la série. 

Bizarre.

Illustration officielle de Megumi par Kurehito Misaki
Illustration officielle de Megumi par Kurehito Misaki

Faut dire encore une fois que vraiment la capacité du personnage à absorber la connerie de Tomoya, elle est presque olympique. Le mec qui pète un cable parce qu’elle change de coupe de cheveux ou qu’elle va dans un resto avec son cousin, ok t’es sympa mec mais t’es super teubé. Toute la manière dont Tomoyo semble être convaincu qu’il « possède » Megumi est là aussi très saoulant mais comme elle se laisse pas faire et sait se défendre, ça permet de se détendre.

Bref, elle est l’atout principal de la série. GG pour « l’héroïne ennuyeuse. »

 

Pour le reste, que dire de plus ? L’intrigue plus globale reste acceptable, avec ce qu’il y’a de rebondissements. Je suis méchant envers les personnages mais leur évolution est là aussi tout à fait correcte. Je pense surtout à l’épisode 9 qui fait évoluer de manière intéressante la relation entre Eri et le héros. C’est pas la meilleure évolution ever mais au moins la série obtient un peu de nuance dans sa manière de gérer ses personnages, ce qui est plutôt bienvenu. Il y’a une sous-intrigue bizarre avec un groupe rival qui n’a pas l’air très utile pour le moment, bon ?

En vrai c’est après avoir vu la série que ma curiosité a été happée. Certes, une saison deux est d’ors et déjà prévue mais j’ai quand même regardé un peu par hasard ce qu’il allait se passer par la suite et, oh my god, on dirait que y’a 1/ une vraie intrigue 2/ pas une fin harem. Du coup je serais pas surpris de voir une saison 2 complétement différente qui, sans perdre son coté meta jusqu’a l’excès et fanservice assumé, risquerait d’aller dans une route dans laquelle on ne l’attend pas forcément. Une fois qu’on aura la True Ending, on pourra du coup dire si Saekano est une relecture intéressante du genre comédie romantique ou, finalement, juste une série poudre aux yeux qui se croit plus maligne qu’elle ne l’est vraiment.

Les dès sont jetés.

Une très mignonne illustration issue du tome 8 du light novel, awww
Une très mignonne illustration issue d’un tome du light novel, awww

PS: écrire un article à 2h du mat tout en matant un vieux ppv de la WWE daté de 2011, c’est pas facile. Vous avez le droit à un remboursement si vous avez trouvé l’article bof.

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3 réactions au sujet de « Saenai Heroine no Sodateka – How to Raise a Boring Méta »

  1. La seule chose qui ne m’a pas fait drop Saekano, c’est Megumi. Je pense que tu as bien saisi le problème de cette oeuvre. Elle veut parodier et expliquer les clichés par des dialogues ou grâce à Megumi mais derrière ça, on a du fan service à gogo, des épisodes qui ne font pas avancer l’intrigue, des moments chiants etc.
    J’avais même drop l’anime à l’épisode 0. Trop de fan service alors qu’on connait pas les personnages, j’ai directement pensé : « les otakus doivent se régaler, du fan-serv’ totalement gratuit »
    Heureusement, l’anime en lui-même est sympa même si c’est clairement pas un bon noitamina.

  2. Article intéressant.
    Je crois qu’en fait il vaut mieux avoir vu White Album 2 avant pour comprendre ce que Fumiaki a voulu faire avec Saekano. Dans WA2 les personnages sont particulièrement élaborés or Megumi contraste beaucoup avec les archétypes qui l’entourent. Parce que oui, malgré ses côtés « plain girl » elle est elle aussi un perso élaboré.
    Bref je ne serais pas surpris si le but de Fumiaki était de remettre en question les codes trop souvent utilisés dans le VN.

  3. Je suis tellement d’accord avec ta description type du personnage principal « otaku » qu’on bouffe à chaque anime. Je trouve ça même irrespectueux pour le public qui regarde, dans lequel se trouve forcément une bonne partie qui se coïncidèrent eux-même otak’.

    Je trouve aussi ça agréable quand au milieu d’un groupe de personnages un peu clichés ou aux personnalités trop prononcées, on trouve des personnages plus classiques, normaux, terre à terre comme tu dis. Je les trouve touchants ces personnages qui sont pas forcément mis en avant : ils ont pas la « chance » d’être des personnages principaux, d’avoir leur propres intrigues, ni même beaucoup de place à l’écran… mais ils ont l’avantage d’être plus proche de nous et de nous servir de repère. J’aime bien ce genre de personnage 🙂

    (et j’arrête de répéter personnage pardon!)

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