Arrietty, le petit monde de la racaille et des voyous

Arrietty, le petit monde de la racaille et des voyous

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Dans la banlieue de Tokyo, sous le plancher d’une vieille maison perdue au cœur d’un immense jardin, la minuscule Arrietty vit en secret avec sa famille. Ce sont des Chapardeurs, des humains de 15cm de haut. Ce film raconte l’histoire de son premier chapardage et sa rencontre avec un jeune homme nommé Sho…

Blablabla la sortie d’un Ghibli en France est toujours un événement blablabla même si quand c’est pas Miyazaki à la réalisation on a tendance à s’en branler blablabla tout ça. Dans le cas d’Arrietty on reste cependant en terrain connu blablabla Miyazaki à la production blablabla thèmes écologiques blablabla onirisme blablabla très bon film blablabla Cécile Corbel à la bande son blablabla.

Pour être plus sérieux un moment, j’avoue que voir Ghibli s’atteler à une adaptation des Borrowers m’avait dès le début assez intrigué. Il faut dire aussi que de l’autre coté, mon seul contact avec cet univers c’est cet horrible film américain qu’on m’avait forcé à voir à l’école primaire. Intrigué à la fois parce que le souvenir vivace de cette daube cinématographique est encore présent au fond de moi, mais également parce que voir Ghibli prendre un thème un peu européen et en faire ce qu’ils veulent est là aussi quelque chose de potentiellement intéressant, il suffit de se mémoriser par exemple Porco Rosso et sans doute dans une certaine mesure le Chateau Ambulant pour voir qu’ils ne sont pas des pécors dans ce domaine. Alors je ne vais pas tourner autour du pot: Arrietty et le petit monde des chapardeurs me semble être un très bon film d’animation. Après je peux vous sortir les phrases vues et revues du genre « un très bon film mais pas un très bon Ghibli » ou « encore loin d’atteindre le niveau du maître » mais en l’état je ne peux que vous encourager à aller le voir tant qu’il est de passage dans tous les cinémas de France & de Navarre, c’est toujours un film qui gagne plus dans ce contexte là…

A partir de là, je vais un peu développer mon avis sur le film, mais avec des spoilers. Si vous ne l’avez pas encore vu, vous avez juste à savoir que c’est très bon. Allez, revenez plus tard. Pour ceux qui l’ont vus, voilà donc un avis plus poussé…

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We need to go deeper.

Pour commencer, dois-je vraiment m’encombrer de commentaires sur l’aspect technique du film ? Pas forcément, c’est un Ghibli dans le sens où il n’y a forcément pas grand chose à reprocher sur ce plan là, et même grosso modo que des choses à louer et complimenter. Alors certes, il y’a deux ou trois scènes où le travelling semble parfois un peu moins soigné que d’habitude (un des plans sur le jardin au début du film entre autres) mais au final on a toujours cette grande générosité visuelle dont font preuve les Ghibli, avec des plans tous plus soignés les uns et les autres, un sens du détail absolument immense, des bonnes couleurs, des personnages aux visages expressifs et soignés, parfois détaillés, non il n’y a vraiment rien de spécial à reprocher sur la technique, comme d’habitude donc passons.

Pour écrire sur le film, le plus intéressant reste d’observer la construction du film. Je vais commencer par louer énormément toute la première partie du film, que je trouve assez fantastique à suivre. Il y’a un petit coté enthousiasmant à voir comment vivent les chapardeurs, comment ceux-ci construisent leurs matériaux, leurs maisons, avec quels objets, comment ils se déplacent dans la maison, comment se déroulent leurs chapardages, quelle utilité peuvent-ils donner à tel objet. Voir Arrietty et son père se déplacer dans les méandres de la maison, à l’aide de constructions ingénieuses a un petit coté passionnant, enivrant. Surtout quand on passe son temps ces derniers jours à jouer à Minecraft… C’est là encore une fois qu’on admire le sens du détail de chez Ghibli, et on les imagine vraiment s’éclater à créer ces petits réseaux cachés, avec des clous comme marches, des règles comme ponts… Et la maison des petits chapardeurs ! Ou alors l’interaction entre Arrietty et une minuscule punaise… On est vraiment inondés de détails sur ce passage là et on frotte un peu l’envie de devenir, à notre tour, des petits chapardeurs. Pour pouvoir partir à l’aventure ! Aussi !

Bref, comme raton-laveur l’a déjà signalé dans son article (en plus de poser la question sur la porte fermée à clé qui m’avait chamboulé), la première partie du film est très proche de Mon voisin Totoro au final: pas d’antagonistes, juste des chapardeurs qui vivent leur vie, dans une maison perdue entre les âges et les nations – il suffit de regarder la scène du repas ou se trouvent à la fois baguettes et fourchettes, bols de riz et plats présentés à l’européenne -, seul le chat et le corbeau semblent être méchants mais c’est des animaux, ils ne posent pas un problème terrible de part leur maladresse. Shô vit dans l’espoir de voir un « petit humain » et Arrietty dans l’espoir de ne pas être vue et de pouvoir participer aux chapardages avec son père. C’est tranquille, c’est doux, ça se laisse voir sans le moindre déplaisir et ça finit de prouver qu’on peut faire une histoire tranquille et tout de même la voir être passionnante.

Et c’est alors que la seconde partie part dans une direction presque opposée !

Punaiseball !

La bonne devient une grosse pute ! La famille doit déménager ! Shô devient un super héros qui a du mal à courir ! La famille doit déménager ! On fait intervenir le monde extérieur avec des méchants dératiseurs ! La famille doit déménager ! L’ancêtre de la famille savait déjà que les chapardeurs existaient et voulaient leur donner une maison de poupées ! La famille doit démanger ! UN autre chapardeur entre en scène ! Et putain, quoi, LA FAMILLE DOIT DÉMÉNAGER !?

Bon histoire d’être clair: j’apprécie quand même beaucoup cette seconde partie. Elle reste plutôt bien foutue, et ça se laisse plus que suivre. Mais était-elle vraiment nécessaire ? Je ne peux pas m’empêcher de me nourrir de regrets: est-ce que Arrietty est un film qui n’aurait pas justement beaucoup gagné à jouer la carte « Totoro-gentilesse » A CENT POUR CENT ? Etait-ce une histoire qui avait vraiment besoin d’un changement brutal de rythme ? Pour être franc, je ne pense pas vraiment !

Et rien à faire mais je ne peux pas m’empêcher de toujours m’interroger sur le personnage de la bonne. C’est un fait assez rare dans un Ghibli, peut-être l’unique, mais la méchante ne me paraît simplement pas convaincante une. seule. seconde. Déjà parce qu’au juste… je n’ai jamais compris la moindre seconde ses motivations. Ok elle veut faire capturer les chapardeurs, mais pourquoi ? Parce qu’ils volent des trucs et qu’elle ne le supporte pas ? Simplement ça où il y a autre chose ? Parce que si ce n’est que ça, ça reste très très très très léger. Mais au final c’est incroyable car elle semble briser à elle seule cette sorte de tradition qui veut que les antagonistes de Ghibli ne sont pas méchants juste parce que antagonistes, il y’a toujours des bonnes raisons et au final c’est souvent plus une différence de point de vue avec les héros qu’un véritable antagonisme, c’est une sorte de truc immuable et une des choses qui font que Ghibli est le meilleur studio de japanimation à l’heure actuelle mais là pour une fois… la bonne semble totalement mal fichue. Elle est gentille comme tout au début du film, pas le moindre indice sur rien, puis d’un coup soudainement bam elle devient une dame machiavélique, intéressée, cupide et prête à tout pour choper du chapardeur. Et au final aucun développement, que dalle, nada. C’est incroyablement triste et peut-être pour moi LE défaut massif du film. Un personnage bipolaire, c’est MAL !

Et comme je disais et soulignais plus haut, oui, je reste toujours assez attristé par l’idée de faire déménager toute la famille. Ca semble venir de quasi nulle part, et le film ouvre la porte a tellement de solutions alternatives que les voir déménager purement et simplement à la fin m’attriste un peu pour les personnages ! Un peu comme si ils avaient abandonnés l’espoir d’une vie meilleur, le travail de toute une vie, comme des lâches. C’est un peu tristounet pour être franc, mais je sais que certains ont vus ça comme un message assez positif, mais je peux pas m’empêcher de trouver ça pas forcément optimal… D’autant que pour être franc, ça me semble sortir de nulle part. Avec un père qui met des plombes à vraiment se décider, qui balance ça alors qu’on croyait tout apaisé, et quand bien même celui-ci voulait cacher ça avec Arrietty à sa femme trente minutes avant… Ca paraît assez étrange comme décision et là aussi il me semble difficile de vraiment la justifier.

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Quant aux personnages ils me semblent divisés en deux camps sur tous les plans: les chapardeurs et les humains. Globalement le casting des chapardeurs est très attachant, très réussi, entre la mère d’Arrietty qui est la caricature même de la dame un peu gaga de sa fille, le père qui est une grosse montagne de muscles a la virilité admirable et évidemment, l’héroïne même qui est dans la plus pure lignée des héroïnes Ghibli classiques. Enfin on a aussi le cas Spiller, qui semble être un homme préhistorique un peu crétin mais pas désagréable – mais on le voit globalement peu donc difficile de vraiment dire.
Non par contre, oui, le casting humain est… oubliable. J’ai déjà dit ce que je pensais sur la bonne, Shô ne m’a jamais vraiment paru agréable – j’ai même eu l’impression qu’on lui foutait les pires choses possibles à la tronche juste pour qu’on nous dise « eh regardez il est triste ! Il va peut-être mourir ! Il a une maladie au coeur ! Ses parents l’aiment pas ! Ils ont divorcés aussi ! », une exagération violente à certaines reprises quoi, MAIS son développement au cours du film me paraît intéressant. Après il a hélàs contre lui une des rares voix françaises de l’histoire de Ghibli qui soit en deça du reste. Quant à la tante, eh bien… Elle est gentille. Mais c’est au final tout !

Enfin, le message écologique Ghibli (insérez ici copyright) est encore une fois efficace, subtil… bref parfait… sauf à un SEUL MOMENT, extrêmement maladroit, dans cette discussion entre une Arrietty déterminée et un Sho dépressif, où on nous balance dans la gueule un message écologique pour le coup plus-du-tout-subtil et même excessivement maladroit. Quand Arrietty nous balance tel quel « de toute façon vous les humains vous détruisez le monde autour de vous », c’est méchamment… incohérent. Déjà parce qu’on se demande comment elle le sait alors que son monde à elle c’est le jardin verdoyant et riche en faune & flore qui entoure la vieille maison, ensuite parce que jusqu’a présent c’était subtil mais là bam on nous fout les pieds dans le plat, dans une disonnance absolument effrayante. On se demande comment cette scène est arrivé là, et on en vient même à soupçonner des gens de l’avoir fait dans le dos du producteur Miyazaki, pas habitué à ne pas nous servir la soupe aussi explicitement.

Mais je parle je parle, on a l’impression que je ne fais qu’énoncer que des défauts et que Arrietty n’est au final pas un très bon film. Mais là encore je parle avant tout de regrets de ma part: le film en lui-même est, encore une fois, très bien, et tous les défauts que je cite sont au final plutôt mineurs et n’ont pas génés ma vision, ce sont des défauts qui me sont apparus après visionnage (a part la scène du dialogue Sho/Arrietty/Ecologie qui là par contre m’a crispé même pendant le film), sans violenter les émotions que j’ai ressenti durant le film. Peut-être suis-je frustré de ne pas avoir eu le film que je voulais. Au final oui le problème ne vient pas tellement de la seconde partie (c’est de l’AVENTURE §) en elle-même, mais de la transition entre les deux, la cassure étant ULTRA radicale et pas forcément bien amenée…

Quant à conclure, autant le faire sur la bande originale du film, composée par une Cécile Corbel dont le nom devient de plus en plus connu à nos oreilles, et qui est absolument magnifique. La chanson d’Arrietty, entre autres, est une très belle chanson qui ne démérite pas sa place de générique de cloture d’un Ghibli, et qui peut à mon avis troner la tête haute auprès de chansons de génériques aussi formidables que le Princess Mononoke theme song ou que le Itsumo Nando Demo du Voyage de Chihiro.

Bref, Arrietty est un très bon film, mais je pense – de manière absolument prétentieuse du coup – qu’il aurait pu être encore mieux si sa seconde partie, ou au moins la transition entre les deux, eut été meilleure. En l’état, ça reste quelque chose à voir et à montrer, et sans doute un des grands films de l’année 2010 avec Redline, et maintenant j’attends avec impatience le prochain. Ghibli, bring it on !

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4 réactions au sujet de « Arrietty, le petit monde de la racaille et des voyous »

  1. Je suis complètement d’accord avec cet article : c’est un très bon film qui n’est absolument pas gêné par ces petits défauts qui n’apparaissent pas immédiatement.

    J’ajouterais peut-être qu’il m’a paru court par rapport aux classiques (comme Mononoké, Laputa ou Chihiro) mais l’ambiance agréable et lente compense.

    Pour ce qui est de la bonne, elle m’a parue assez étrange dès le début, un peu trop polie (appelant Sho « monsieur »), et assez brutale par moments (quand on voit comment elle chasse le corbeau).
    Et puis a-t-on besoin de la justifier son antagonisme ? Je peux parfaitement comprendre qu’elle ne supporte tout simplement pas ces chapardages, étant moi-même maniaque parfois 🙂

    Sinon, tu as oublié une scène d’anthologie, celle du corbeau coincé dans le fenêtre. Mes frères et sœurs et moi avons bien ri, mais je ne suis pas certain qu’elle avait sa place dans un Ghibli ?

    (Oh et puis Ghibli est bien le meilleur studio de japanimation, mais à égalité avec KyoAni)

  2. J’ai à peu près la même opinion. Le film nous régale les yeux et les oreilles, les personnages sont attachants (enfin les chapardeurs surtout), et même s’il est un peu court, j’ai passé un très bon moment.

    Comme tu l’as si bien dit, la première partie est très intéressante. Voir les chapardeurs dans leur vie quotidienne est assez fascinant, et je dois féliciter le staff pour le design, car la première chose que j’ai eu envie de faire c’est de me retrouver à leur table, explorer leur maison, partir en vadrouille avec eux.
    C’est sur ce point que le film m’a vraiment marqué.

    En revanche, je dois dire que j’ai craint qu’il ne se rapproche trop de Totoro justement. Question de goût je suppose, mais j’ai été agréablement surpris de voir un élément perturbateur donner un petit côté dramatique à tout ça. Mais j’aurais bien aimé que la fin soit plus joyeuse, mais ça tient peut-être du fait que c’est une adaptation (je n’ai pas lu le bouquin, quelqu’un sait à quel point le film est fidèle?).

    Avec le recul, je suis d’accord avec toi sur la bonne. Elle n’est pas forcément bien crédible, et sa méchanceté est assez déplacée. Mais il fallait s’y attendre je pense, moi dès le début elle m’a paru louche, dans sa façon de s’exprimer et de sourire :p
    Ah oui, et puis une petite rectification, elle n’est pas la seule « vraie méchante » de l’univers de Ghibli, c’était déjà le cas dans Le Château dans le Ciel.

  3. >> elle semble briser à elle seule cette sorte de tradition qui veut que les antagonistes de Ghibli ne sont pas méchants juste parce que antagonistes, il y’a toujours des bonnes raisons et au final c’est souvent plus une différence de point de vue avec les héros qu’un véritable antagonisme

    Sauf qu’en fait non. La première fois qu’ils se sont permis une telle chose, c’est dans Laputa, avec un méchant tellement méchant qu’il tire les couettes des filles, c’est dire !

  4. totalement d’accord avec l’article. 2heures de charpardeur chapardant et d’exploration, sans « méchant » et ça aurait été encore mieux.
    Mais courez le voir, quand même ça poutre !

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