Alpha Protocol – Dans ta gueule Solid Sam Shepard !

Alpha Protocol – Dans ta gueule Solid Sam Shepard !

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Attention, surprise ! Derrière la jaquette un peu moche, arborant comme sous-titre un presque hilarant Le RPG d’espionnage, les critiques plutôt moyennes, les bugs ici où là et le graphisme surlaid… se cache un des jeux qui m’a le plus passionné ces derniers temps. Et par « derniers temps », je veux dire « consoles HD » quasiment. J’ai passé juste trois jours non stop sur ce jeu… Immergé comme jamais. Et une fois le jeu fini, juste une envie: y retourner. Jusqu’a présent, seuls les deux Bioshock m’auront fait un effet identique. Et parmi les autres RPG disponibles sur la console, ni Eternal Sonata, ni Mass Effect, ni Fallout 3 et encore moins FF13 ne m’auront autant fait l’effet d’une véritable ventouse vidéoludique, prête à pomper toute ma maigre vie sociale.

Pourtant soyons francs: le jeu mérite la plupart de ses critiques car techniquement, il est quasi honteux. Entre une Intelligence Artificielle super crétine jamais vraiment menaçante (et qui le devient de plus en plus au fur et a mesure que le héros se transforme en grobill invincible), des graphismes qui assurent le boulot mais qui font plus « PS2 poussée à fond » que « OMG HD XBOX 360 », des animations giga raides ou bien encore plus de bugs que de peintures religieuses à Rome, le jeu demande une GRANDE tolérance, je vais pas le nier. Mais une fois qu’on s’y fait, qu’est-ce qu’on a ? Un putain de bon jeu de rôle, et je met grave l’emphase sur le terme. Un truc extrêmement intelligent qui offre au joueur un véritable rôle dans l’intrigue et le déroulement du jeu, et qui fait des choix et des alignements autre chose que des simples gadgets. Et ça oh putain, mais c’est à se masturber de partout.

Parce que prenez par exemple Mass Effect, c’est vrai que le jeu propose nombre d’éléments de jeu de rôle, mais il reste très frustrant. Tout d’abord parce que quel que soit le comportement de votre personnage, à la fin vous finirez quand même par faire la même chose à chaque partie. Les différences que vous pouvez créer c’est principalement dans les dialogues, et c’est tout. Mais du coup quand on réfléchit un peu, le problème est là: que tel personnage vous déteste, que tel personnage meurt et pas l’autre, que vous soyez plus bourrin que psychique, que vous ayez punché une journaliste, ça ne changera strictement rien au scénario du jeu et quoi qu’il arrive vous finirez le jeu a combattre le même type, au même endroit. Le scénario bouge pas d’un iota. Et au final, quand je me suis demandé si je devais tenter un nouveau perso ou faire un NG+ sur Mass Effect, j’en suis vite arrivé à la conclusion que de toute manière cette seconde partie serait très chiante puisqu’au final il n’y aura aucun changement. Soit, on peut faire Virmire avant Féros, et à la limite on peut finir certaines quêtes annexes d’une manière alternative mais on reste sur un rail. Changer complétement de manière de jouer son personnage ne changera rien et on se contentera juste de refaire le jeu, peut-être dans une difficulté supérieure, mais sans l’aspect grisant de la découverte qu’on avait au cours de la première partie qui, soyons franc, était l’une des plus grandes qualités du jeu (ha, explorer l’univers dans un 4×4 spatial <3…)

J’ai beaucoup aimé jouer à Mass Effect, mais refaire le jeu m’a totalement pourri. Dans un certain sens, dire qu’Alpha Protocol est le frère obscur de Mass Effect pourrait ne pas être si faux: Mass Effect est un jeu sublime, aux dialogues mis en scènes de manière soignée ; Alpha Protocol est pas très joli et les dialogues n’ont aucun véritable effort de mise en scène ; Mass Effect vous met dans la peau d’un leader d’équipe ; Alpha Protocol dans la peau d’un péon au service d’une agence gouvernementale qui ne dirige pas grand monde ; Le gameplay de Mass Effect est extrêmement soigné ; Alpha Protocol a un gameplay qui… existe… mais n’a pas grand chose pour lui ; Mass Effect a un univers original documenté par de vastes textes ; Alpha Protocol se contente souvent du strict minimum…
Mais au final ils ont beaucoup de points commun: tous deux commencent par une mission d’initiation puis par le choix entre trois missions/destinations avant de rejoindre une mission ultime. Le gameplay repose au final sur un gameplay de Third Person Shooter matiné d’éléments de RPG / de pouvoirs. Le héros est « classique » et peu caractérisé. Le système de dialogues fonctionne de la même façon, avec cette sorte de « roue » des choix. Les armes sont le quatuor shotgun / pistolet / fusil d’assaut / mitrailleuse…

Mais voilà, vous l’avez bien compris: Alpha Protocol m’est beaucoup plus sympathique que le blockbuster de Bioware.

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Déjà parce que énormément de vos décisions auront un impact direct sur le jeu. Épargner un type vous rendra certaines enquêtes plus simples ; Le moindre meurtre de civils peut vous coûter très cher dans tous les sens du terme (et vous revenir à la gueule au moment où vous vous y attendiez le moins) ; Faire une mission avant une autre peut totalement changer le déroulement de celles-ci ; Le comportement général de votre personnage peut changer complétement la façon dont certains personnages vous appréhendent. Le jeu possède énormément de possibilités et c’est ça qui est extrêmement grisant. J’ai fini le jeu mercredi soir et après avoir lu quelques impressions de divers joueurs ici où là, j’ai découvert que y’avait quelques missions auquel je n’ai jamais pu accéder suite à mes choix dans les dialogues et un nombre de possibilités que je n’avais jamais envisagé – trahison de tel personnage, possibilité de savoir tels détails sur le background de tel personnage, scripts qui ne s’étaient pas déclenchés de la même façon, récompenses d’XP non identiques…

Au bout d’un moment j’avais véritablement cette impression de jouer à un petit visual novel, et d’enchaîner les events, les flags, et de voir beaucoup de routes se fermer brutalement au fur et à mesure de l’avancée dans le jeu. Et ça, c’est précieux. Et là encore, le système de succès du jeu est intéressant, puisque chaque succès représente plus où moins les diverses possibilités de scénario du jeu: si vous avez tué où laissé vivre tel personnage, si vous avez réussi à rendre cinglé untel, si vous avez découvert le secret de telle conspiration, si vous avez couché avec telle fille, etc etc. C’est extrêmement motivant mine de rien, et quand on voit en finissant le jeu un nombre assez important de secrets encore camouflés, on ne peut que se sentir motivé à aller explorer le reste du jeu, celui qu’on a laissé tomber en avançant.

Des écrans partout

De même le jeu offre pas mal de possibilités pour aborder une mission… même si hélàs on a pas comme dans d’autres jeux la possibilité de finir une mission sans tirer un seul coup et juste à la parlotte. Et il y’a surtout cette habitude un peu gênante, presque héritée des Call of Duty, avec ces missions d’infiltration quasi parfaites qui se terminent toujours par une alarme qui sonne et un gunfight scripté et inévitable… Ce qui est toujours quelque chose de très frustrant, donnant l’impression d’avoir fait une mission d’infiltration juste avant pour des prunes.
Mais si on retire cela, le jeu est comme je disais plus haut très riche: possibilité de finir le jeu sans tuer personne, nombreuses possibilités d’alterner entre la furtivité pure et classe, où bien de jouer son bourrin et de faire son chemin à coup de fusil à pompe. Le jeu met également énormément l’emphase sur l’exploration, avec des secrets planqués un peu partout dans les niveaux, qui nécessitent parfois de vider les lieux au préalable. Informations supplémentaires sur les factions et personnages principaux du joueur, et là où c’est fort c’est que ces informations, qui seraient dans certains jeux une manière de simplement étoffer le background pour les joueurs fanatiques, peuvent ici jouer un rôle dans certains dialogues: plus vous en savez sur certains personnages, mieux vous pouvez faire en sorte de les manipuler, parfois leur sortir certains détails gênants en plein dialogue, et les voir faire genre « omgwtfbbq » ou un truc dans le genre pendant que derrière l’écran on pousse un petit sourire machiavélique.

Pour juste vous dire à quel point j’avais poussé le délire de jouer le jeu « comme je le voulais », j’ai fait un personnage super unique, totalement professionnel, incapable de déconner ou de menacer, qui se révélait être un pro de la furtivité et du KUNG FU, et un pacifiste convaincu. J’ai fini le jeu en n’exécutant aucun personnage « important », j’ai assommé ou tranquillisés à coup de seringues quatre fois plus de gardes que j’en ai tué, et j’ai toujours mis la recherche de la vérité plus en avant que la volonté de vengeance ou de servir les Etats Unis. Et le jeu m’a à plusieurs fois rappelé que j’étais pacifiste, et parfois ça m’a facilité de nombreuses discussions avec certains PNJ. Miam miam.

Mais là où Alpha Protocol réussit son coup une bonne fois pour toutes, c’est bien dans son casting. On a ici une véritable galerie des plus grands clichés du film d’espionnage, mais attention, pas forcément de mauvais clichés. Entre l’analyste qui a un balai dans le cul, la gentille opératrice qui vous aidera à tout prix quitte à être un peu suicidaire, le tueur à gage froid et calculateur (en plus d’être un peu gay)… on est pas dépaysé et tous connaissent un développement en cours de jeu. Et évidemment je ne vous ai pas parlé de Steven Heck, le type tellement cinglé qu’il est devenu le meilleur agent de la CIA au monde… en ne bossant pas à la CIA, ça vous paraît cinglé dit comme ça mais ce personnage EST cinglé de toute manière. Reste le héros, qui est un héros de jeu de rôle, donc ne vous attendez pas à un monstre de charisme, juste à un avatar ! Je regretterais simplement le fait qu’on peut pas vraiment énormément le customiser… Mais c’est du détail, et j’ai été au final plutôt satisfait par mon barbu au berêt.
Mais là aussi Alpha Protocol, en se fixant sur un petit casting de personnages qui connaissent tous un bon développement et qui jouent tous un rôle important dans le scénario, se révèle très efficace. Le tout en offrant un doublage plus que convaincant, et certaines expressions du visage qui jouent énormément à l’immersion. Au final, peu importe que la mise en scène soit minimaliste, si on est vraiment à fond dedans comme je l’ai été, on ne s’en rend compte qu’a la fin du jeu.

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Maintenant vous savez ce que Alpha Protocol m’a donné grave envie de faire ? Pas devenir un espion, rassurez vous, mais juste me payer ENFIN Fallout New Vegas. Car au final ce que prouve ce jeu n’est pas forcément qu’Obsidian est un grand studio de jeu vidéo, mais au moins que c’est un studio qui a parfaitement compris sur quoi axer les priorités d’un jeu de rôle. Si il y’a un adjectif qui m’est revenu souvent durant l’écriture de ce billet, c’est bien le mot grisant car c’est vraiment l’adjectif qui lui colle le mieux. Car ce jeu, à tour de rôle, enivre, enthousiasme, électrise. Comme je l’ai dit plusieurs fois, oui, il a beau avoir des défauts impossibles à nier, oui, ses boss sont super chauds si on déboule devant eux sans être préparés ni avoir un bon paquet de compétences accessibles à haut niveau (Byarko et Conrad vont feront jeter votre manette si vous avez pas foutus des xp dans des compétences aussi pratiques que le tir en chaîne), oui, ce jeu aurait pu sortir en 2006 sans que ça occasionne la moindre différence mais ciel, quelle expérience ! Ce n’est pas susceptible de plaire à tous, et il est facile de s’arrêter au premier bug d’IA venu ou aux animations ridicules des personnages, et dans ce sens, n’est réservé qu’a ceux qui ont une certaine patience ou un… sens des priorités qui n’est pas forcément le même que le reste du monde. Ca peut vite tourner ou « ça passe ou ça casse » pour être très franc: mais si ça passe chez vous, alors profitez bien de votre autoroute nommé plaisir.

Évidemment, le jeu aurait été juste une tuerie avec des graphismes de fou, peut-être avec trois ou quatre missions supplémentaires (le jeu se finit quand même trop vite dans le sens où on en aurait voulu beaucoup plus – et là pas de DLC ni pompe à fric pour tenter de s’injecter des doses supplémentaires à haut prix), avec une IA un peu moins aléatoire (quoiqu’en Hard elle se révèle plus retors qu’en Normal), des bugs génants réparés (voir des ennemis bloquer devant une porte ouverte est un peu gênant en 2010) et un gameplay peut-être un peu plus varié (que quatre armes différentes, et pas possibilité d’embarquer un fusil sniper avec soi), mais à quoi bon regretter ? Suis-je vraiment en position de regretter alors que j’ai juste passé 34h sur le jeu, en quasi 72h ? Je ne pense pas ! Alpha Protocol est donc une excellente surprise. Un de ces jeux que j’ai acheté « parce-que-j’ai-plus-beaucoup-d-argent-alors-je-dois-prendre-des-trucs-pas-chers » et qui au final m’a littéralement bluffé. Acheté en occasion à 15€, paie ton rapport qualité/prix juste ouf. Pas vu ça depuis… oh bah Bioshock tiens. Je disais quoi dans mon premier paragraphe déjà ?
Et en plus, y'a des taiwanais avec des chapeaux
Argument final: y’a des taiwanais avec des chapeaux.

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4 réactions au sujet de « Alpha Protocol – Dans ta gueule Solid Sam Shepard ! »

  1. Pas fâché de trouver quelqu’un sur la blogshère pour chanter les louanges de ce jeu qui est un peu selon moi le vilain petit canard du monde vidéoludique.
    Souvent déprécié pour ses atours peu flatteurs il révèle aux courageux qui lui pardonnerons ses graphismes daté, son IA à la ramasse et son gameplay déséquilibré (oui je sais ça fait beaucoup), un scénario interactif au petits ognons des personnages certes stéréotypés mais fort réussi et surtout une rejouabilité de malade et ce même sans changer radicalement son mode de jeu . Pour dire je l’ai refait trois fois de suite sans perdre le plaisir de la découverte ( Découvrir lors de ma troisième partie l’identité du père de Madison et me servir de l’info au bon moment c’était juste … énorme.) . De mon point de vue jamais dans un RPG la formule « chaque choix auras des conséquence  » n’a été autant méritée.
    Entre les multiples alliances et trahisons le glanage d’informations secrètes( et utiles! ) et la fâcheuse tendance qu’ont vos erreurs de revenir vous backstaber sans avertissement plusieurs heures après, on n’est jamais au bout de ces surprises.
    A oui et un jeu où l’on peut complètement retourner sa veste à la fin c’est suffisamment rare pour être noté (imaginez Shépard acceptant de bosser pour les moissonneurs).
    Bon je m’emporte un peu mais sa fait plaisir de voir ce jeu défendus ici. Donc +1 pour cet article et jetez vous sur ce jeu vous n’avez pas grand chose à y perdre, moi l’attend la suite.
    Hein?? on m’apprend qu’elle ne sortira sans doute jamais suite au mauvaises ventes du premier, **** YOU SEGA!! **** YOU!

  2. C’est que ça donne envie tout ça, franchement. (ouais, je ne sais pas trop comment comment étayer plus mon propos à vrai dire)

    Bon, ben ça me fait un autre jeu à mettre dans ma liste (au titre plus long que le nombre de jeux qu’elle comprend) des « jeux qui ne payent pas de mine et relativement peu connus mais auxquels il faut absolument que je joue tellement ça a l’air awesome et potentiellement culte au-delà des défauts plus ou moins rébarbatifs » (avec The Void, Deadly Premonition, et dans un moindre degré, il faudrait que je me choppe aussi Penumbra et Amnesia).

  3. Beau billet sur ce jeu qui le mérite amplement. J’ai moi-même eu très peur lorsque je l’ai commencé car il est vrai que les lacunes mentionnées sont bien réelles. Heureusement, elles s’oublient très vite grâce à l’énorme potentiel du jeu et à l’immense plaisir qu’il procure. J’en suis même arrivé parfois à le trouver beau, comme quoi, quand on est amoureux…
    Un mot qui n’est pas assez souligné dans les tests : INFILTRATION
    Il est vrai que le genre a tellement déserté les consoles que c’est devenu un point de détail. Alors que ceux qui comme moi déplorent ce lâche abandon de la part des développeurs se jettent sur Alpha Protocol. Ils pourront à nouveau se livrer à leur passe-temps favori : neutraliser en silence, à la main, à la balle tranquillisante, ou encore au couteau pour les plus vicieux. Il est vrai qu’ici vous n’aurez pas, à la manière d’un Sam ou d’un Solid, à cacher les corps puisqu’ils disparaîtront d’eux-mêmes, ni même à vous tapir dans l’ombre puisqu’il n’y en a pas. Mais peu importe, chaque jeu a ses propres qualités, et Alpha Protocol n’en manque pas, bien au contraire, comme vous avez pu le lire dans le billet d’Amo.
    Et puis pour un prix dérisoire (10€ pour ma part, neuf et sous blister), il serait bien dommage de passer à côté d’un jeu aussi excellent !

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