Des différences entre le catch japonais et américain

Des différences entre le catch japonais et américain

J’ai été surpris cette année dans les différentes news de la Japan Expo de voir le grand retour du catch, et en plus de pur catch japonais ! En 2007 par exemple, l’ICWA (fédération française) avait pris ce créneau et avait invité différentes stars du monde indé américains (dont le fantastique El Generico, dont j’ignorais à l’époque tout le potentiel génial) mais aussi quelques stars japonaises issues de fédérations bien nippones. Bref, cela donnait un mélange mi-ricain mi-japonais. Cette année, le nombre de stars proposées se limite à deux, mais on est assuré d’y voir du catch bien japonais, du puroresu bien comme il faut. J’imagine que je ferais le déplacement au moins une fois sur le week end mais là n’est pas vraiment la question auquel va tenter de répondre cet article, et auquel je vais tenter de vous apprendre quelques trucs qui vous permettront de briller en société. Parce qu’aujourd’hui on va voir quelle est la différence entre le catch américain style WWE/TNA que vous connaissez forcément un peu et le catch japonais dans son ensemble !

Great Muta, classe et charisme
La Great Muta, un des catcheurs japonais les plus populaires.

Tout d’abord la première différence est la manière dont on parle du catch japonais. En fait on utilise pas vraiment le terme de « catch », mais plutôt celui de puroresu, un mot qui est tout simplement une combinaison de « professional wrestling » massacré sauce japonais. Le puroresu se démarque principalement du catch sur un grand nombre de points, mais le premier et le plus important est sans doute le sérieux de la discipline. Le catch américain est surtout une grande foire, avec des gentils, des méchants, et où les matchs en eux-même sont parfois finalement juste des options, et qui se prend mine de rien énormément au second degré de base. Le puroresu est lui super sérieux ! Les histoires prennent au final peu d’importance et tout le puroresu tourne ainsi autour du combat entre des hommes, entres leurs valeurs etc… C’est beaucoup plus proche de la boxe, par exemple ! Ici, pas d’histoires un peu coconnes, juste des hommes qui se font face, menés un peu par ce qui est nommé là-bas « l’esprit du guerrier. » Est-ce que cela veut dire que le puroresu n’est pas scénarisé ? NON, parce qu’il l’est. Le gagnant est déjà déterminé avant le début du match, comme aux Etats-Unis. D’un point de vue apparences, il est juste moins chiqué…

Une chose qu’on note également autour des rings japonais est la présence de médecins. Pour une raison très simple: beaucoup des coups portés au puroresu le sont vraiment. C’est ce qu’on nomme techniquement le shoot style: ici on ne fait pas semblant de porter des coups de mandales parce qu’on les porte VRAIMENT. Ca n’empêche pas de s’inquiéter de la santé de son adversaire, et on évite de lui faire trop trop mal, mais les catcheurs japonais sont habitués à manger pour de vrai ! Ca peut finir parfois très mal mais globalement c’est là bas une habitude. C’est assez surprenant à première vue – et les combats japonais sont du coup un peu plus sanglants qu’ailleurs – mais ça ne baisse pas la qualité des combats.

Au niveau des catcheurs en eux-même, il y’a aussi au final une grande différence puisque, comme je l’ai dit plus haut, le puroresu est beaucoup plus « sérieux » et ne se montre pas aussi « fou » que son homologue nord-américain. Par conséquent rare sont les catcheurs à avoir une « gimmick », la gimmick étant je le rappelle le « trait particulier » qui détermine chaque catcheur – aux Etats Unis par exemple la « gimmick » de l’Undertaker est d’être un homme avec des pouvoirs obscurs qui vient choper les âmes des autres catcheurs -. Au Japon les catcheurs en sont souvent dépourvus et se démarquent plus par la qualité de leurs combats et leurs connaissances en arts martiaux. Car globalement les catcheurs japonais, avant de se lancer dans le puroresu, connaissent quelques bases dans une grande variété d’arts martiaux, dont ils piochent à l’intérieur pour se faire leur petit arsenal de coups. Et au final la popularité d’un catcheur, pour caricaturer, se fera en fonction de ce qu’il est capable de montrer, en fonction de son talent et de ses compétences.

Mais attention néanmoins, ce que je dis ici n’est pas la généralité: il y’a au Japon beaucoup de petites fédérations qui reprennent beaucoup plus le style américain avec des gimmick absolument folles et une ultra-scénarisation, où on y retrouve des gentils tout designés et des méchants pas beaux et pas jolis. Ce qui donne des trucs un peu fou comme Hard Gay…

FOOOOO
Masaki Sumitani dit « Razor Ramon Hard Gay », le catcheur japonais que vous connaissez certainement déjà mais en retraite depuis une grosse blessure au pied.

… Mais ça reste des petites fédérations.

Autre point sur lequel se démarque énormément le puroresu: sa division « féminine. » Aux Etats-Unis le catch féminin à grande échelle (cad à la WWE et à la TNA) est une BLAGUE, c’est à dire que les catcheuses sont avant tout choisies pour leur physique et leur capacité à faire juter l’adolescent moyen, et que du coup les matchs féminins sont très régulièrement pauvres et les histoires pas du tout travaillées. Il faut se tourner alors vers des fédérations comme la SHIMMER pour voir du vrai catch féminin. Au Japon, ce n’est pas du tout le cas car la joshi puroresu (terme pour désigner le catch féminin) y a une place importante et draine énormément de fans… ! Les matchs y sont pris extrêmement au sérieux, y sont généralement de qualité, il y’a globalement peu de différence avec le catch masculin, et cerise sur le gateau, se révèle en plus extrêmement populaire auprès des femmes japonaises – surtout parce qu’au final le joshi puroresu montre ses combattantes très rarement dans un angle… sexualisé. Si on peut dire ça comme ça. Le traitement quasi égalitaire femme/homme dans le puroresu m’a un peu agréablement surpris après 4 ans à bouffer du catch féminin ricain où on sait pertinemment que tout se joue au nombre de photos que tu peux faire dans Playboy au cours d’une année.

A noter également que certaines catcheuses japonaises connaissent une carrière assez florissantes dans ces fabuleux photobooks et connaissent une carrière au final peu différentes des gravures idols, tout ça. Où bien faire des carrières d’actrices, comme par exemple Mimi Hagiwara qui quand elle ne combattait pas sur le ring, jouait Choko dans Kamen Rider. Le seul problème du joshi puroresu c’est que son heure de gloire semble être passé et qu’il peine à retrouver la gloire qu’il avait dans les années 90, où là il était connu internationalement, et était devenu une sorte de modèle pour le monde…

TakakoInoue.jpg
Takako Inoue, populaire dans les années 90, heure de gloire du joshi puroresu.

Grosso modo, pour revenir au puroresu, il est souvent divisé en trois « sections »: le shoot style dont je parlais plus haut, le lucha libre qui est lui beaucoup plus centré sur le combat esthétique, avec des voltigeurs et tout le tralala (et c’est ce qu’on verra à Japan Expo) et enfin le fameux hardcore qui au Japon prend parfois des proportions assez flippantes – c’est eux qui ont inventés le formidable explosive barbed wire match où grosso modo les cordes du ring étaient remplacées par des barbelés EUX MEME CONNECTÉS A DES EXPLOSIFS. Bon pas des explosifs à décapiter un ours, mais des trucs qui te foutent un peu dans les vapes quoi. Bref, le hardcore japonais a été une petite source d’inspiration pour le hardcore indépendant américain du genre CZW, sauf que le hardcore jap est bien plus émotionnel et ne tourne pas forcément au sadisme gratuit comme ça peut l’être du coté de la CZW – vous savez, la fédération qu’on voit dans The Wrestler, là. De là à dire que c’est du bon hardcore, je n’oserais pas, parce que c’est juste carrément pas ma came…

Le dernier point sur lequel je vais parler avant de vous laisser, c’est le rapport entre puroresu et catch américain. Antonio Inoki – une des plus grandes figures du catch japonais depuis les années 70 – est entré l’an dernier dans le Hall of Fame du catch américain, signe de respect de la WWE envers celui qui est, tout de même, le fondateur de la New Japan Pro Wrestling, la plus importante fédération de l’archipel. Régulièrement on retrouve beaucoup d’échange entre les deux pays, souvent à sens unique d’ailleurs parce que c’est au final plus les américains qui semblent bénéficier de leur passage au Japon que l’inverse – et à une époque des années 90, c’était quasiment hebdomadaire de voir des catcheurs faire le grand voyage Tokyo – New York, et ce dans les deux sens. Les plus grands catcheurs américains ont d’ailleurs, à un moment où à un autre, mis les pieds au Japon, que ce soit Chris Jericho, Mick Foley, André le Géant, CM Punk, Daniel Bryan où Kurt Angle. Et c’est souvent un systématisme de remarquer que quiconque a passé une partie de sa carrière au Japon est rarement une grosse tache sur un ring américain. Dans l’autre sens par contre, difficile de vraiment désigner des catcheurs japonais ayant brillés aux Etats-Unis, même si on peut souvent les voir apparaître comme la Great Muta à la grande époque de la WCW où bien Takeshi Morishima qui remportera un titre dans la Ring of Honor, la plus importante fédération indépendante des Etats Unis. En parlant de la Ring of Honor, difficile de ne pas parler de Kenta Kobashi, qui offrira à la fédération deux des meilleurs matchs de son histoire.

Voilà donc pour une présentation du puroresu. J’ai essayé d’être le plus clair possible et de vulgariser au maximum mais il se peut que ça reste encore assez trouble. N’hésitez pas à poser des questions où à demander des éclaircissements dans les commentaires, voire à corriger si j’ai dit des bêtises ! D’un point de vue perso, le puroresu a encore beaucoup de mal à me captiver malgré ses qualités techniques absolument énormes, et je reste un grand fanboy de la WWE, mais un petit match de temps en temps fait pas vraiment de mal. De là à suivre hebdomadairement, j’aurais du mal…

Un masque de tigre, ça c'est cool !
Tiger Mask I et Antonio Inoki, histoire de cloturer avec deux légendes.

Note: si vous voulez découvrir des matchs, y’en a masse sur youtube. Juste deux noms au hasard: Kenta Kobashi et Mitsuharu Misawa. Protip: chaque confrontation entre ces deux hommes a donné des matchs de folie. Et ces deux hommes ont à leur palmarés un nombre effarant de matchs à cinq étoiles (la note maximale donnée par le Wrestling Observer aux combats de catch) donc signe de qualité évidente.

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7 réactions au sujet de « Des différences entre le catch japonais et américain »

  1. Techniquement, la lucha libre concerne plus le style mexicain que japonais. On parlera plus facilement de match entre junior heavyweights, faute de meilleur adjectif.

    Mais très bon article, tu m’as donné envie de revoir le run de Kobashi à la ROH =D

  2. Certains catcheurs japonais ont connu une belle carrière aux USA, comme… le YOKOZUNA !!!!
    Comment ? Il ne compte pas ? Tant pis je sors… Il y avait aussi un asiatique avec plein de tatouages et de belles techniques dans les années 90, mais je n’ai plus son nom en tête ^^’

    Sinon, tu pourras peut-être me renseigner. Il me semble avoir lu qu’à une époque, il était de coutume pour les catcheurs nippons de crier les noms de leurs attaques avant de les lancer, et que cela avait inspiré Go Nagai lorsqu’il a posé les bases du Super Robotto avec Mazinger Z. C’est authentique cette histoire de catcheurs hurleurs ?

  3. Yokozuna ne compte pas parce qu’il est né aux Etats Unis, de descendance samoane et n’a à ma connaissance jamais beaucoup combattu au Japon :P. Ca restait entre américains on va dire.

    Sinon j’imagine que c’est authentique, mais pour être franc je n’ai jamais été « témoin » de ça. A une époque dans les années 70, ça devait se faire oui – me semble que certains catcheurs français le faisait dans cette même époque. Mais vu qu’on a peu de vidéos de l’époque pour témoigner de ça… 😛

  4. Ah je connaissais pas Jienotsu, et en fait c’est plutôt évident, parce que ce n’est pas un catcheur mais un combattant d’arts martiaux K1. Ca je connais juste pas :P.

    Gemini > Je connais très mal le catch dans cette période là en fait. Je suis plus WWE allant de 1995 à 2011. Albert est mort avant tout ça :(. Faudrait que je m’y mette un peu… Peut-être cet été.

  5. @Gemini : Tu dois faire référence à Hakushi, ou connu au Japon sous le nom de Shinzaki Jinsei.

    Sinon, ce ne sont pas des médecins qui sont hors du ring. Très souvent, il s’agit de rookies (les élèves de la fédération, qui apprennent les rudiments du puro), ou alors les équipiers d’un des deux combattants (lorsqu’ils agissent en clan, ou en équipe), ou sinon il peut tout simplement s’agir de catcheurs qui viennent aux abords du ring voir le match de plus près. Mais ils ont le matos nécessaire pour calmer une douleur forte, ou s’ils ont besoin de se réhydrater.

    Quant au style stiff, il est moins mis en accent que lors des années 90, où t’avais Kenta Kobashi qui n’hésitait même pas à faire tomber sur la nuque ses opposants (heureusement que son mégafinisher, le Burning Hammer, n’a été utilisé QUE sept fois durant toute sa carrière, sinon il aurait tué pas mal de monde :D). Seuls les générations 1990-2000 sont stiffs (en l’occurrence, Kensuke Sasaki avec ses chops qui claquent bien). Actuellement, les lutteurs de cette génération préfèrent être « safe » sur le ring (Tanahashi à la NJPW n’est pas violent, comparé à son rival Nakamura). Mais le respect du sport reste toujours intact, et c’est ce qui me fait préférer aux fédérations américaines (la ROH est devenue de plus en plus ennuyeuse, construisant peu de stars à part Eddie Edwards).

    En tout cas, je suis happy de voir qu’il y a des fans de puro en France \\o/

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