Pourquoi il est idiot de sous-estimer Driver San Francisco

Pourquoi il est idiot de sous-estimer Driver San Francisco

Soyons très clairs: quand on tient un blog, il ne faut pas tenter de faire du journalisme professionnel dessus. Seulement si on en a les moyens et le talent. Moi par exemple j’ai ni l’un ni l’autre – ça se saurait autrement – donc du coup je me contente, quand je parle d’un jeu ici, d’aborder tout ce qu’il me paraît important et nécessaire pour donner envie de jouer à un jeu que j’ai aimé, en vous épargnant une analyse clinique et soi-disant professionnelle de la chose. Je suis subjectif, parfois de mauvaise foi et je l’assume. Si tu veux faire un truc pro, bah tu fais pas un blog pour ça, tu deviens bénévole sur un site ou tu en crées un, et tu suis les règles bien ficelées du métier de critique professionnel au lieu d’improviser les tiennes. Et j’adresse totalement ce paragraphe en direction du blog Kanpai, qui a fourni cette semaine une critique navrante d’amateurisme sur le jeu Driver San Francisco et je vous le linke avec une certaine bonne volonté parce que c’est exactement le genre de « test » que j’abhorre, qui se veut marchant dans les pas des critiques professionnels mais qui ne récupère que les défauts de cet exercice, avec un terrible manque de recul qui en fait une analyse clinique dépourvue de tout engagement personnel. Comprendre: le mec chie sur le jeu mais l’écrit d’une telle manière qu’il n’y assume aucune responsabilité, où la faute viendrait du jeu et non de son absence de bonnes priorités au moment de tester un jeu vidéo. C’est mal écrit, mal présenté et mal pensé, ça prend tout au sérieux et ça ne juge le jeu que sur des critères de kikoo – c’est à dire quand par exemple on commence à considérer les graphismes comme un des intérêts majeurs d’un jeu -. Je n’en pense donc pas du bien, ce qui doit être primordial pour l’ordre du monde, vous en conviendrez.

Mais bref, vous vous en doutez, ce coup de gueule me sert surtout d’introduction pour vous présenter Driver San Francisco qui est, de loin, une des plus agréables surprises d’une année 2011 qui, d’un point de vue vidéoludique ne cesse de m’enchanter. On a donc ici un jeu de caisse qui se situe à plusieurs carrefours, entre l’intensité d’un Burnout, le fun d’un Need for Speed, la liberté d’un GTA et la légerté d’un Saint’s Row, que tout le monde peut aimer et véritablement grand public, en plus d’être inventif comme jamais. Ce jeu fournit du plaisir en barre et si il n’est pas là pour révolutionner, il est clairement là pour faire plaisir et le fait avec une certaine humilité. Et ça fait plaisir. Maintenant voyons dans le reste de l’article pourquoi il n’est pas idiot d’envisager s’offrir Driver San Francisco dans ses prochains mois et pourquoi je vous le conseille VRAIMENT.

Mettons les choses dans le contexte tout d’abord: Driver était un précurseur sur Playstation, sur lequel j’ai passé énormément de temps quand j’étais encore un jeune adolescent vierge et aux cheveux courts. Driver 2, lui, était très décevant et, au final, plutôt bâclé malgré quelques innovations intéressantes. Quant à Driver 3 et Driver Parallel Lines, on était à la limite entre jeu franchement moyen et grosse daube. Bref, comme je le disais en juin dans mon article sur la saga, je jugeais que la saga était devenue une sorte de diarhée et, oui, San Francisco ne m’emballait juste pas parce que je trouvais que ce qu’on nous présentait était super stupide: je me souviens de vidéos où on voyait Tanner voyager d’une voiture à l’autre avec un grappin, le tout dans un truc qui faisait un peu naze par rapport, genre, au trailer de Need for Speed Hot Pursuit qui a été dévoilé à peu près en même temps. Et puis après on a eu ces histoires de jeu sans cesse retardé, prévu pour octobre 2010, puis mars 2011, puis septembre. Jamais bon signe. Alors, oui, j’ai pensé très vite que le jeu allait être une merde, sans même y avoir joué ni avoir vu plus d’une vidéo. Mais eh, ça arrive – après tout j’ai découvert avec le blog cité en haut que certains testent des jeux sans y jouer plus de quinze minutes. Mais bref, déjà je pense qu’on peut nettement dire du bien de ces retards de sortie parce que sans eux le jeu aurait été effectivement navrant. Mais ce n’est pas le cas, ouf.

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Conduire des camions à fond des San Francisco = <333

Le scénario ? Il est incroyablement bien fait. Il part d’une idée super conne – le héros est dans le coma et « revit » la ville dans sa tête – et qui, avouons le, aurait pu méchamment tourner au ridicule… mais ce n’est heureusement pas le cas ! Ce scénario semble trouver le juste milieu entre se prendre au sérieux et jouer la carte de la dérision. Il y’a une certaine légerté dans le traitement de l’intrigue sans virer à une certaine crétinerie et c’est heureux. D’autant qu’évidemment, cela permet nombre de folies illogiques sans s’encombrer d’une quelconque crédibilité et c’est bien vu. Après je critiquerais deux points de ce scénario: il reste assez pauvre en GROS rebondissements qui donneraient envie de se passionner au maximum pour lui et, surtout, il est très court ! Si vous faites le jeu en ligne droite comme un gros bourrin, pensez que vous allez finir le scénario en, allez, peut-être quatre heures. Bref un scénario très plaisant mais qu’on aurait aimé peut-être un peu plus développé, un peu plus long…

Après, il est probable de penser que c’est un choix (parce que le nombre de « quêtes annexes » donne, lui, le tourni) et certes, il y’a peu de missions scénaristiques mais elles sont toutes diversifiées et vous poursuivrez rarement le même objectif à chaque fois. Et voilà, on touche là le plus grand atout du jeu: sa diversité. Et c’est là qu’on constate que ceux qui traitent le concept du shift d’un gadget mal exploités sont d’incroyables merdeux qui ne savent certainement pas de quoi ils parlent: l’équipe de Reflections semble vraiment s’être cassé le cul à faire le tour de l’incroyable pouvoir de Tanner, celui de se téléporter dans n’importe quelle voiture n’importe quand n’importe où. Ce pouvoir offre d’énormes possibilités et je crois pouvoir dire sans me tromper que je ne vois pas ce qu’il pourrait manquer comme exploitation. Entre les courses de rues classiques dépeintes en plusieurs versions – classiques, courtes, avec intervention de la police, en équipes -, les escortes de voitures, les protections de fourgons blindés dans un système de jeu ressemblant à une version extrêmement simplifiée d’un tower defense où on doit empêcher le plus d’ennemis possibles d’atteindre une cible à escorter, fuir la police, gérer des camions de pompiers pour éteindre des incendies, faire flipper son passager, jouer à loup perché avec des voitures… Et oui, Driver San Francisco passe son temps à surprendre, à nous faire faire des usages du shift des trucs qu’on pensait même pas faire deux heures plus tôt.

Pour continuer sur le mode solo, je parlais plus tôt d’une forme de legerté dans le traitement de l’intrigue, et bien les dialogues aussi ont le droit à ce traitement et à plusieurs reprises, vous aurez le droit à des dialogues bien écrits, bien traduits et qui vous décrocheront forcément un sourire – sauf si votre copine vient de vous larguer pour un berger allemand -, d’autant qu’on retrouve une idée assez intéressante, dans le sens où parfois, Tanner « shifte » dans une voiture avec un passager, ce qui déclenchera alors un dialogue parfois très potache – et qu’on entend pas tout le temps en entier parce que notre brave policier de héros empruntait juste la voiture cinq secondes, le temps de l’envoyer dans la tronche d’un fugitif où d’un concurrent qui arrivait en face.

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Plus généralement ce jeu est friand de petits détails tous cons mais qui font plaisir: le bruit du cardiogramme tout discret quand on parcourt la carte en mode shift, la manière d’afficher le nom de la voiture en bas à droite en utilisant les logos officiels, ou bien voir la DMC DeLorean lancer derrière elle une trainée dorée quand on dépasse les 88 miles à l’heure. Et plus généralement toute l’OST du jeu est un bon gros kiff, avec d’emblée en écran titre un thème méga similaire à celui de l’écran titre de Driver premier du nom, histoire de bien te filer une bonne grosse nostalgie qui fait du bien – voilà du bon fanservice.Et je vous ai dit que le fabuleux mode réalisateur est toujours là ? FUCK YEAH ! Et que chaque voiture avait une bonne vieille barre de dommage, histoire d’être bien 90s dans l’esprit ? FUCK YEAH AUSSI ! Et que le choix de bagnoles est juste ahurissant avec ses 150 voitures, allant des muscles cars les plus emblématiques des années 70 en passant par les voitures de sport les plus modernes du monde. Voir un jeu où on peut choisir pour la balade entre une Aston Martin DB5, une Audi R8, une Fort GT, une Bugatti Veyron, un camion citerne ou bien encore une authentique McLaren F1, comme voulez vous que je kiffe pas comme un gros porc ?

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Un jeu de voitures avec l’Aston Martin DB5 part de toute façon gagnant.

Toujours thématique surprise: le multijoueur online du jeu est très bon ! Gratuit (ne vous fiez pas à l’inscription Uplay soi-disant obligatoire et payante = elle est facultative et gratuite) et assez bien fréquenté, il possède de très nombreux petits jeux tous plus inspirés les uns que les autres et offrant une possibilité quasi infinie de vous accrocher sévèrement. On y retrouve en outre ce désormais habituel système de XP qui implique des récompenses à chaque fois qu’on monte de niveau, allant de nouvelles voitures à carrément de nouveaux pouvoirs, ou bien de très amusantes images pour personnaliser son profil. Là aussi, le jeu fait parfaite utilisation de sa gimmick avec un certain talent et il devient assez palpitant de poursuivre un autre joueur en sautant de voiture en voiture ou tout simplement en lui envoyant une face à face dans la tronche. Je regrette par contre l’absence d’un mode « loup » qui aurait pu être rigolo, avec une voiture chargée de « contaminer » les autres et qui aurait été la seule à avoir le droit au shift, par exemple… Mais c’est pas comme si le reste des modes n’étaient pas intéressantes, hein. C’est parfois très bordélique mais franchement je me marre autant dessus que devant le multi d’un Modern Warfare 2 par exemple, c’est toujours très bon signe.

Allez voilà le paragraphe final, où je dois synthétiser POURQUOI Driver San Francisco est un bon jeu, ce que je vais résumer par un adjectif: il est PLAISANT. Il cherche purement et simplement à juste faire plaisir, il pète pas plus haut que son cul, il se prend pas pour le sauveur du genre, il propose juste un scénario léger (au bon sens du terme), des dialogues bien écrits et un gameplay extrêmement bien exploité, le tout avec une certaine humilité. Je redis plus ou moins ce que j’écrivais déjà au début de l’article mais c’est histoire que le message passe bien: Driver San Francisco est un très bon jeu que je classe immédiatement dans la lignée de jeux comme Project Gotham Racing 4 ou Alpha Protocol, qui étaient tous les deux des jeux humbles mais extrêmement plaisants, jouissifs et mémorables. Je peux vous assurer que Driver San Francisco, rien que grâce à son online, il va tourner régulièrement dans la console ! Puis-je en dire autant d’un Need for Speed Hot Pursuit extrêmement intense mais que je n’ai plus retouché depuis que j’en ai fait la critique ? Pas sûr…

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