Joshiraku – Au revoir mesdemoiselles Désespoir

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Sorti cet été, Joshiraku est un de ces animes qui m’est passé lors de sa diffusion complètement à coté. Il faut dire que le « scénario » à base de « cinq actrices de rakugo (un art théâtral très très très japonais) qui parlent de sujets divers et variés » ne donne pas réellement envie de base. Sans compter que le studio responsable est JC Staff qui est un studio qui nous habitue à des adaptations sans originalité de mangas et light novels relativement planplans. Donc je m’y suis pas attardé. En fait personne de mon entourage ne s’y est alors réellement attardé, et là je prends comme exemple l’invisibilité de la série sur ma timeline Twitter, ce qui est un exemple d’une pertinence extrême, vous en conviendrez.

Néanmoins c’est en traînant tard sur TV Tropes et en cliquant par hasard sur le page « Koji Kumeta » que mon interêt pour cette série s’est instantanément crée. Koji Kumeta c’est cet auteur de manga responsable, principalement, de Sayonara Zetsubou Sensei, ou Sayonara Monsieur Désespoir chez nous. Une série de manga pour laquelle j’ai beaucoup d’affection. Un manga qui offre une dissection sans limites des tics et particularités de la société japonaise, qui n’hésite pas à balancer des exemples extrêmement concrets et ancrés dans son époque, avec en bonus un casting de personnages absolument timbrés qui permettent les trucs les plus extrêmes.

Et oui, cet anime, Joshiraku, est l’adaptation d’un manga de Koji Kumeta. Et là ça a tout changé. J’ai maté le premier épisode et je suis tombé instantanément fana de cette série qui offre une certaine bouffée d’air frais et arrive à conserver toutes les qualités de l’ouvrage phare de Koji Kumeta en offrant à coté de nouveaux atouts et une réelle personnalité. Maintenant, voici l’article dans lequel je vais tâcher de développer un peu pourquoi vous devriez jeter un oeil à cette série et pourquoi.

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Je le fais habituellement peu mais intéressons tout d’abord au staff de cette série. En fait principalement à son réalisateur. On retrouve donc derrière Joshiraku Mizushima Tsutomu, un nom qui ne vous dira sans doute pas grand chose car l’homme ne possède pas à son CV d’oeuvre à la réalisation originale ou reconnue universellement comme un immanquable de la japanimation. Néanmoins on voit quelques trucs intéressants à ce CV. On y trouve par exemple le duo de séries parodiques Dokuro-chan et Daimaho Touge qui se font un malin plaisir d’offrir tous deux un humour parfois extrême et bas du front mais de l’assumer haut et fort. On y trouve aussi la première saison de l’adaptation animée de Genshiken, un ouvrage, qu’on ne présente sans doute plus chez les otakus français, qui offre une vision personnelle et riche du milieu otaku japonais via ce club d’université et ses personnages hauts en couleur. On y trouve aussi le très bizarre Jungle Hare Guu qui part dans tous les sens, la série Ika Musume ou bien l’adaptation du manga très très très over the top La Légende de Koizumi ou un ancien premier ministre japonais fait du mahjong contre Georges W.Bush ou bien des Nazis cachés sur la lune dans le but de sauver le monde. A coté de ça on a aussi les deux très gores et extrêmes Another et Blood C. Oui oui le maboule qui a fait les derniers épisodes de Blood-C, qu’on peut résumer comme un Mardi Gras du Gore, c’est le même réalisateur que Dokuro-chan ou Genshiken… ou que Girls und Panzer. On aurait pu le voir venir. Mais bref on sent donc une certaine thématique à ce réalisateur qui, si il ne se distingue pas trop sur le plan technique ou sur la présence d’une signature, semble assez habitué à adapter des ouvrages sans limites quitte parfois à se fermer des portes à des âmes faibles ou qui souhaitent des trucs un peu inoffensif.

Et en fait c’est un réalisateur du coup parfait pour le style de Koji Kumeta qui est lui aussi a tendance à en avoir un peu rien à carrer des limites. Ca se sent parfois dans Joshiraku, cette série se distinguant un peu par un humour… extrêmement varié. Et qui surtout ne se refuse rien, quitte parfois à aller très loin dans l’humour noir. Une des petites histoires de l’épisode 2, par exemple, voit une des filles faire une grossesse imaginaire qui se termine par une fausse couche imaginaire et quelques secondes de traumatisme psychologique bien réel. Et deux secondes plus tôt, les filles se tapaient dessus pour une histoire de lunettes.

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« (Les zones de divertissements) font tout pour attirer les enfants ! » Oh ouais.

La série dispose donc d’une construction relativement simple: chaque épisode est divisée en trois histoires. La première et la troisième seront toutes deux des adaptations d’histoire du manga, et auront toujours un schéma narratif similaire: une des filles termine sa performance de rakugo, arrive dans la salle, l’une d’entre elle dit quelque chose, et s’en suit alors une discussion qui peut partir dans tous les sens. Vous vous souvenez de l’époque ou quand on regardait un épisode des Simpsons on savait que ce qui servait de base pour le début de celui-ci aurait strictement rien à voir avec ce qui allait se passer dans le reste de l’épisode ? Joshiraku c’est assez semblable: tout part dans tous les sens et au final aboutit sur une « morale du jour » ou les filles philosophent sur une notion contemporaine et sur des évènements d’actualité. Là ou dans Sayonara Zetsubou Sensei on savait dès la première page du chapitre sur quoi celui-ci allait porter, dans Joshiraku, les personnages passent leurs temps à nous surprendre et à passer du coq à l’âne… et là ou c’est intéressant c’est que l’anime parvient à rester naturel en le faisant, comme dans feu les Simpsons ou ça passait souvent comme une lettre à la poste.

La seconde histoire de chaque épisode, par contre, change complètement de construction et est, d’ailleurs, totalement inédit à l’anime. Dans ces histoires là, les filles sortent de leur théâtre de rakugo et partent visiter les quartiers de Tokyo, décrivant des bâtiments emblématiques, des spécificités du quartier, commentant parfois leur histoire et leur évolution, le tout en lâchant quelques blagues et en changeant de vêtements à chaque épisode. C’est des passages assez intéressants, riches en informations diverses et variées et qui semblent, étrangement, destinées avant tout aux touristes, qu’ils soient juste des japonais non tokyoite… ou des étrangers. Assez surprenant, ces séquences fonctionnent extrêmement bien dans tous les objectifs qu’ils se semblent avoir fixés: c’est drôle, informatif et varié. Chouette !

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Au final ce que je trouve très intéressant dans cette adaptation animée de Joshiraku par rapport à celle de Sayonara Zetsubou Sensei par SHAFT, c’est qu’elle prouve que le style de Koji Kumeta fonctionne extrêmement bien, peut-être mieux, avec une réalisation plus « classique. » Là ou SHAFT – et son réalisateur phare Akiyuki Shinbo – s’offrait des délires en permanence et s’amusait à changer de style graphique un peu par humeur, ici on a quelque chose de plus calme, qui garde une certaine folie et une foule d’idées, mais reste « mesuré » et ne cherche pas à être trop « artistique », évitant de parfois trop empiéter sur l’ouvrage original et les dialogues. J’avoue aussi que la troisième saison de SZS, Zan, avait commencée à un peu me gaver sur la fin parce que la réalisation faisait parfois un peu trop niveau concours de bite, donc je suis peut-être plus enclin à apprécier ce certain retour à des choses « simples. » De l’autre coté, Zan a aussi un peu trois ans, déjà, donc j’ai eu le temps de me « délasser. » Si ça se dit. Non ça doit pas se dire. Tant pis, faites comme si je venais de créer ce mot en direct.

Maintenant voilà le paragraphe ou je vais dire extrêmement de bien sur les personnages de la série. La dynamique entre les cinq héroïnes fonctionne extrêmement bien ! On a Marii la « pseudo-leader » qui finit souvent par être le dindon de la farce, Kukuru la dépressive psychopathe ultra dérangée, Gankyou censée être la « sérieuse » du groupe et le « contrepouvoir » à Marii mais qui cache quelques soucis d’égo, Tetora la joyeuse optimiste qui a surtout une chance pas possible et enfin Kigurumi la « grande enfant » toujours pleine d’énergie et d’entrain… mais qui en vrai en a un peu ras le cul de devoir se faire passer pour une gosse. Là ou le casting de SZS était gargantuesque, ici on se limite à cinq personnages qu’on apprend vite à bien connaître et dont les échanges sont réellement jubilatoires. Là encore il y’a un certain naturel et l’anime conserve toujours une certaine continuité: chaque trait de caractère est retenu y compris dans les moments ou ça ne sert pas forcément à grand chose – Tetora échappe vraiment à tous les malheurs, même quand ce n’est pas souligné. Et d’ailleurs, bravo aux cinq seiyuus qui font un excellent boulot avec ces personnages extrêmement bavardes. Les cinq sont des relatives débutantes et c’est pour la majorité d’entre elles leurs vrais premiers « gros rôles » mais elles s’en sortent très bien. Je suis très fan de la voix de Kigurumi par exemple, surtout quand elle est en mode « serious buisness. » Après mon personnage préféré reste tout de même cette pauvre Marii !

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Mais ce qui reste le plus génial avec cette série, c’est son ancrage dans son époque. Le 4e Mur est brisé continuellement: les personnages savent qu’elles sont dans une adaptation animée. Ciel, la première histoire du premier épisode les voit s’interroger sur la nécessité d’adapter en anime un manga qui n’est composé que de dialogues. Mais ce n’est pas le seul moment ou le 4e Mur est brisé. Dans le pur style de Koji Kumeta, on a donc l’utilisation permanente de noms de célébrités ou d’évènements récents pour illustrer les discussions. On regrettera par contre que la quasi totalité de ces noms soient… censurés. J’ignore si c’est pour un souci légal ou si c’est juste JC Staff qui avait pas de couilles de faire du réel namedropping, mais c’est parfois vraiment dommage. Par contre si on a un certain nombre de références à des trucs ultra japonais que nous occidentaux on ne va juste pas comprendre même si on est plutôt investi dans l’actualité de ce pays, on a aussi beaucoup de références à des oeuvres occidentales. De tête on a des références à 2001, à Psycho, à Predator, à Apocalypse Now, à l’élection américaine… putain dans un des derniers épisodes, ces cons là ont même planqués une référence au Christ de Borja, ce qui est plutôt cool quand on part du principe que l’épisode a été diffusé mi septembre alors que l’histoire a fait le tour du net à partir de la fin août.

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Et c’est sans compter les références à d’autres animes qui parleront aux otakus que nous sommes ! K-On et Kyoto Animation en prend par exemple un sacré grade dans l’épisode 10 (« juste animer quelqu’un qui se retourne, c’est chiant comme l’enfer »), quand ne sont pas évoqués directement des titres comme Detroit Metal City, Detective Conan… ou naturellement Sayonara Zetsubou Sensei. Cet humour parfois référentiel reste très léger, et souvent très court, donc offre un bonus plus qu’appréciable: ceux qui comprendront kifferont, ceux qui ne comprendront pas seront de toute façon passé à autre chose.

Enfin difficile de ne pas parler de Joshiraku sans parler de ses deux génériques. A commencer par le générique de fin, extraordinaire de pèche, composé par Hyadain et interprété par les Momoiro Clover Z. Difficile de pas se le passer en boucle tellement il respire une certaine bonne humeur communicative. Surtout quand ça vient après une série de blagues sur les fausses couches, oui. Le générique d’ouverture est lui plutôt « classique » mais très fun et très appréciable. Bon on reste très très loin des génériques d’ouverture de Sayonara Zetsubou Sensei (surtout Ringo Mogire Beam) et j’avoue que c’est pas forcément très représentatif de Joshiraku en lui-même puisque le générique donne surtout l’impression d’un truc moe-chiant, mais je l’ai jamais zappé et je le trouve très sympa à voir.

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Joshiraku est un très bon anime. On y retrouve donc les mêmes qualités qu’un Sayonara Zetsubou Sensei: c’est drôle, ça amène parfois à réfléchir (la société japonaises et ses travers ne sont pas si éloignés des notres), les personnages sont solides et attachants, c’est dynamique, c’est intéressant, parfois un poil subversif. La vraie bonne surprise c’est de voir JC Staff réussir à adapter un manga très bavard sans le rendre monolithique et chiant à en crever, et rien que cette performance est à saluer. C’est même au final beaucoup plus accessible que SZS et les passages « touristiques » sont riches en informations intéressantes. Bref, cet anime est plein de qualité, en plus d’avoir une fonction dans le paysage de la japanimation qui n’est pas limité à caresser ses auditeurs dans le sens de la queue du poil. Avec  »Jinrui wa Suitai Shimashita » cette même année, on ne peut qu’être heureux de voir quelques ouvrages encore tenter de nous faire réfléchir sans en oublier d’être divertissants. C’est un peu ce qui manque.

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8 réflexions au sujet de « Joshiraku – Au revoir mesdemoiselles Désespoir »

  1. J’ai abandonné cet anime au premier épisode. Pas à cause de se réalisation et toussa. Juste que c’était impossible de comprendre les blagues typiquement jap qui ne peuvent pas être retranscrites par un groupe « amateur » tel que gg. C’est la seule trad dispo ce qui prouve à quel point cet anime est difficile à traduire (voire impossible). Du coup, on ne peut pas comprendre cet anime comme va le comprendre un japonais et pour moi ça gâche le plaisir. C’est juste une question de culture, pas de bol. Mais les gens qui disent qu’ils ont compris TOUTES les blagues de cet anime j’ai envie de dire NOPE.

  2. Effectivement, la série est géniale !
    Après, JCStaff est un excellent studio, qui fait 2 types d’animes : ceux pas terribles et qui se vendent comme Index et ceux géniaux que peu de gens regardent alors que ce sont souvent des chefs d’oeuvre tels Kimi to Boku ou encore Milky Holmes.
    Sinon Ayane Sakura (la seiyuu de Marii, j’adore sa voix) a quand même doublé l’héroïne de Yumekui Merry (encore un anime génial de JCStaff) avant de participer à Joshiraku.
    Aussi, merci d’avoir parlé de Tsutomu Mizushima (à ne pas confondre avec Seiji Mizushima), même si tu aurais pu mentionner Yondemasu yo Azazel-san (ou encore xxxHolic et Ookiku Furikabutte).

    @Nady : le traducteur de gg s’est très bien débrouillé, et je doute que même un japonais du Japon comprenne TOUTES les blagues.

  3. Le traducteur a fait comme il a pu, mais il y a beaucoup d’adaptation « locale » (adaptation en références us qui peuvent être obscures pour nous les fr), il faut aller sur les forums où ceux qui ont suivi la série veulent bien nous mettre des pages d’explication et de repositionnement de contexte.

    Même si c’est compréhensible par un non japonais, la serie est véritablement ciblée pour tous les japonais, il y a à la fois des refs otake que sur la politique ou la culture en général, c’est un peu ce qui fait la force mais aussi la faiblesse de Kumeta (il va brasser un max mais un bon tiers ne vont pas comprendre comme dit plus haut).

    C’est comme si un humoriste français se mettait à faire de l’humour autant pour les chirurgiens que les financiers ou le charcutier du coin…

  4. Ca donne envie de voir tiens. Je vais me pencher dessus. BTW et FYI, je doute que les personnages connus de mangasses avec les yeux cachés fassent l’objet de copyrights juteux. Vu que ça fait à moitié de la pub et que c’est un hommage, je vois mal les proprios de ces persos casser les couilles à JC Staff. Mais c’est toujours possible, les japonais étant les plus gros nazis de la propriété intellectuelle, pire que Disney.

    Ou mieux, tous les persos qu’on voit là ont les mêmes détenteurs de droits. Ca aussi c’est plausible. Mais la flemme de faire la recherche.

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