« Je suis catcheur donc j’écris »

« Je suis catcheur donc j’écris »

Bon ce week end c’est le Royal Rumble aka le ppv de la WWE le plus formidablement fun de l’année. Je pourrais refaire comme l’an dernier et vous filer un pavasse gigantesque sur le catch mais ça ferait rédite, surtout que le seul truc a changer serait le nom des champions. Alors à la place je vais vous parler de mes deux dernières lectures de roman. Et vous allez voir que c’est surprenant ET intéressant.

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Si il y’a bien un domaine dans lequel on imagine pas un catcheur exceller c’est dans le domaine de la littérature. Pourtant ces deux livres sont une sorte de contradiction de ce préjugé. Les deux sont des autobiographies, les deux ont terminés assez facilement dans les meilleures ventes de livres aux Etats-Unis et les deux sont très bien écrits, à défaut d’être disponible en français. je dis ça dès maintenant au cas où, pour qu’il n’y ait pas de mésentente: ces deux livres ne sont disponibles qu’en anglais et, même si ce n’est pas le plus royal des anglais qui y est utilisé, ça reste réservé à ceux qui ont confiance en eux dans la compréhension de cette langue.

Si j’ai choisi ces deux livres c’est parce que d’abord les quelques extraits que j’en ai lu m’ont convaincus, parce qu’ils n’étaient pas chers sur amazon (une quinzaine de dollars pour les deux) et aussi parce que ce sont deux catcheurs que j’adore. En outre ces deux livres sont assez intéressants parce qu’ils se complètent mais ça je l’ignorais au moment de l’achat.

Commençons par le premier livre: c’est Have a Nice Day de Mick Foley. Écrit en 1999 et racontant les quinze années de carrière de Mick Foley dans le catch, des débuts jusqu’a la consécration ultime – c’est à dire le titre de WWF Champion. On va donc le voir évoluer de promotions en promotions, errant dans le catch indépendant et ses salaires de misère jusqu’a ses expériences dans les GROSSES fédérations de l’époque. Ce qui est d’amblée extrêmement intéressant avec ce livre – et qui justifie le fait qu’il fasse 800 pages – c’est que Mick Foley a tout vu tout fait. Et je dis ça au premier degré. Catcher au Nigeria et au Burkina Faso ? OK. Catcher au Japon dans un tournoi hardcore ? AUCUN PROBLEME ? ECW, WCW, WWF, NWA, UWF ? TOUTES.

Ce qu’il faut d’abord savoir avec Foley c’est qu’il a un diplôme universitaire dans sa besace – il continuait à étudier tout en suivant en parallèle des cours pour devenir catcheur. Bon ok ça ne fait pas automatiquement de lui un grand intellectuel mais on va dire que par rapport à la moyenne du milieu – qui, comme on peut le voir dans le livre, est rarement surchargé de lumières intellectuelles – ça le permet de bien s’en sortir au niveau neuronal. Le second point important c’est que Mick Foley est une semi-légende. Ce n’est pas un homme qui brille énormément sur le ring: techniquement, il est loin d’être extraordinaire. Non, là ou c’est un catcheur extrêmement doué c’est pour prendre des coups et faire des trucs un peu fou. Mick Foley c’est le mec qui est tombé deux fois d’une cage de dix mètres en dix minutes, c’est le mec qui au Japon a gagné le titre de « King of the Death » dans un tournoi de match hardcore tous plus tarés les uns que les autres (et dont la finale était un C4 Barbed Wire Match – des barbelés et du C4, oui) ou bien c’est le mec qui a perdu une oreille en Allemagne au cours d’un match parce que eh, c’est juste une oreille après tout !


Mick Foley dans la vraie vie. Il a l’air GENTIL et TOUT.

Du coup le livre commence directement par raconter l’histoire de la fois ou il a perdu son oreille, histoire de nous mettre dans le bain. Après seulement il commence à raconter sa vie de manière chronologique, et là ça devient intéressant.

Car Mick Foley est peut-être un des catcheurs les plus hardcores de l’histoire, c’est dans la vie réelle un terrifiant gros nounours un peu geek avant l’heure. Semblant avoir une passion parfois un peu trop flippante pour Disney (pendant un de ses matchs à Miami il se blesse gravement au dos, et sa première pensée sur l’instant sera « merde je pourrais pas aller à Disneyland demain faire les plus grosses montagnes russes ») et un certain goût pour les oeuvres littéraires et vidéo un peu de série B, on découvre tout au fil du livre un type bon. Ce n’est pas forcément surprenant: Mick Foley a toujours interprété des personnages certes un peu taré mais jamais agressif, et il est aujourd’hui un des principaux donateurs à des associations caritatives américaines genre Make-a-Wish.

Bref, ça explique pourquoi dans ce livre ce brave Mick Foley se révèle rarement aigri. Il a peu de coups de gueules et ça ne rend que plus fabuleux les quelques tacles semés ici ou là (Ric Flair s’en prend un dès le début du bouquin.) C’est d’ailleurs toujours très amusant: plus on avance dans le livre, plus on constate qu’être catcheur c’est un métier de merde ! Sous-payé, toujours sur la route, à finir chaque soir avec des os en poudre, peu de considération (les infirmières des hopitaux qui se foutent toujours un peu de sa gueule parce que, après tout, le catch c’est du chiqué, hein, lol) et parfois la guerre dans les coulisses avec égo & compagnie, bref je conseillerais pas à mon gosse d’y passer ses études. Mais Mick Foley jamais n’abandonne car il a la PASSION nous dit-il ! Et il ne déconne pas quand il dit ça, ce type semble vraiment passer tout le livre à nous signaler que tout ça c’est pas bien grave parce qu’au final il fait ce qu’il aime. Et ça passe. Toujours. Même si parfois on se demande pourquoi il fait certains trucs un peu bizarres (genre pourquoi participer à ce tournoi japonais et ses stipulations impliquant du C4 chargé dans les coins du ring ???) mais ça c’est le rôle du psychologue et pas à nous.

Dans tous les cas si vous voulez en apprendre sur les coulisses du catch ce bouquin vous fera certainement plaisir car il en dit beaucoup. Foley ne tarit pas d’anecdotes rigolotes et on comprend très vite comment cette « industrie » fonctionne.


Mick Foley dans la vie de tous les jours. Se balader sur des cages ? AUCUN PROBLEME.

Foley en dit également beaucoup sur sa vie privée dans les chapitres que, personnellement et évidemment, je trouve les moins intéressants. Le début du livre est à ce sujet peut-être trop long et j’avoue avoir sauté quelques pages quand il se met à raconter sa vie universitaire qui est franchement loin d’être giga emballante. Mais dès que l’homme parle de catch, ayé c’est bon je suis emballé. Anecdotes sur d’autres légendes du milieu, « making-off » de quelques uns de ses plus grands matchs, ses meilleurs souvenirs ou bien de longs pavés sur la manière dont il a pondu certaines de ses plus emblématiques promos. Mon passage préféré du livre, néanmoins, reste quand même son arrivée à la WWE. C’est un passage super intéressant ou on le voit douter, s’effrayer et finalement peu à peu prendre de plus en plus de plaisir et de joie, ce qui fait très chaud au coeur.

Après Have a Nice Day a quand même quinze ans. Si vous n’avez pas une culture un peu solide de toute la période des nineties dans le catch, pas mal de choses vous passeront peut-être à coté. J’ai eu la chance ces dernières années d’en apprendre énormément sur cette étrange période et je peux vous assurer que lire ce bouquin m’a vraiment fait kiffer sur ce plan là mais force est de constater que Foley ne prend pas forcément la peine de bien expliquer ce qu’il se passe en permanence, parce qu’il écrit pour un public de 1999 qui a encore en tête des gens comme Vader, Marc Mero ou bien Stevie Richards.

Et si vous n’êtes pas fan de catch tout court, est-ce que vous pouvez aimer ce livre quand même et le lire juste pour découvrir « le milieu » ? Je vais être franc: je pense que c’est le cas. Car malgré tout Foley réexplique des bases essentielles et pour le reste, à part si vous avez pas une mémoire des noms (parce qu’il va en sortir beaucoup) je ne pense pas que vous puissiez être totalement perdu. Mais si vous êtes dans « le juste milieu », ça va peut-être être plus compliqué, paradoxalement, parce que vous allez sans doute vouloir faire l’effort de lier tout ce qui est dit à des connaissances maigres, et c’est un coup à finir avec une migraine. Alors que si vous partez de zéro, ça va mieux.

Après, ça reste avant tout un bouquin pour féru de catch, je vais pas le nier.

Alors que le livre de Jericho, lui…

Déjà, Undisputed est une suite. Le début de sa carrière et son passage dans des petites fédérations, Jericho l’a déjà raconté dans un premier livre, nommé A Lion’s Tale. Là aussi Chris Jericho est un personnage assez atypique dans l’univers du catch: c’est lui aussi un grand passionné qui n’hésite pas quand il le faut à mettre en pause sa carrière de catcheur pour partir vers d’autres passions, dont le métal (il est chanteur d’un groupe, que j’évoquerais plus tard dans cet article) ou bien l’actorat. C’est là aussi un homme d’une réelle intelligence, qui sait parler, qui sait réfléchir et qui sait écrire. Même si son compte Twitter fait parfois un peu peur mais eh, on peut pas tout avoir. Bref, Undisputed raconte deux histoires en parallèle: l’arrivée de Jericho à la WWE et sa première carrière dans cette gigantesque fédération (donc dans une période allant de 1999 à 2005) ou il remportera entre autres trois titres mondiaux et sept titres intercontinentaux, et la fondation de son groupe de rock-métal, Fozzy. Un groupe là aussi assez atypique puisqu’il commence par un groupe de reprises d’Iron Maiden, Dio & co signé par une très très grosse major convaincue d’avoir de l’or en la présence d’un groupe avec un catcheur ultra célébre dedans avant de peu à peu se recentrer dans la direction d’un groupe beaucoup plus sérieux et classique. Le livre raconte donc ces deux histoires: celles de catcheur et celles de rocker.

Et pour quelqu’un comme moi qui kiffe le rock et le catch, bah excusez moi mais c’est totalement le pied.


Chris Jericho fait très bien la trollface, oui.

Car là aussi Jericho est une vraie mine d’or d’anecdotes. Même si parfois j’aurais adoré qu’il se révèle beaucoup plus parlant sur certaines feuds, certaines promos ou bien certains matchs qu’il n’aborde que parfois très grossièrement, il reste quand même très loquace et a souvent des avis rondement menés. Quant à sa carrière rock, c’est une vraie mine d’or de noms divers et variés car l’homme Jericho rencontre des légendes un peu à chaque chapitre: du batteur d’Iron Maiden au guitariste de Dream Theater, en passant par Zakk Wylde ou Axl Rose, Jericho semble vraiment rencontrer n’importe qui de connu n’importe ou. Il se paiera même le luxe d’insulter un peu Paul McCartney dans le livre parce que ce dernier l’a un peu pris pour une merde lors d’une rencontre.

Et là on entre un peu dans un des rares défauts du livre: Jericho hésite pas souvent à se montrer très dédaigneux vis à vis de personnes qui ont pas forcément été très sympas avec lui. A 2/3 reprises j’ai cru surprendre le brave Chris a faire un peu son émo ici ou là. C’est pas fondamentalement génant mais on va dire que ça contraste beaucoup avec un Mick Foley qui lui a un peu tendance à se montrer plus posé et réfléchi. Là ou un Chris Jericho semble parfois en vouloir encore à des gens qui l’ont sans doute déjà oubliés pour des trucs qu’ils ont faits y’a dix ans. Après, Jericho contre balance parce que c’est quelqu’un qui dieu merci bien souvent sait encore ou est sa place et il le montre souvent. Enfin bref.

Mais là encore ça reste une vraie mine d’or sur l’Attitude Era de la WWE et nombre d’anecdotes valent le coup (surtout quand il raconte la soirée qui a suivi le pay per view ou il est devenu l’Undisputed Champion et ou grosso merdo il a juste une accumulation de merde comme on en fait rarement.) C’est en outre très bien raconté, pas dans un anglais très littéraire mais c’est fluide, ça se laisse lire et c’est bien là le principal.

Bref si vous êtes fan de catch, c’est deux lectures potentiellement intéressants. Vous pouvez aussi prendre le risque de lire les préquelles/séquelles de ces deux livres (Foley is Good / Hardcore Diaries pour Foley et A Lion’s Tale pour Jericho) et là perso je me tâte à prendre le risque de lire l’autobiographie de Edge qui date de 2005, qui pour être franc à l’air beaucoup moins bien écrit que celles de Foley et Jericho, mais bon c’est Edge putain alors bon je vais pas me poser trop longtemps la question. De tête je sais qu’il y’a aussi une autobiographie de Ric Flair mais là impossible de savoir si c’est lui qui l’a écrit ou bien un nègre. Enfin bref. Ce fut deux lectures très agréables, très longues et qui peuvent.

BONUS: Amo, qui va gagner le Royal Rumble dimanche à ton avis ?

Chris Jericho o/. Woo woo woo you know it o/.

(Sinon The Miz. Et si c’est ni le Miz ni Jericho alors je dis Dolph Ziggler. Et si c’est aucun des trois, alors Randy Orton. Voire Wade Barrett. Après aucune chance pour les autres, surtout Sheamus.)

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5 réactions au sujet de « « Je suis catcheur donc j’écris » »

  1. Excellent article ! Merci, je me suis toujours demandé ce que pouvait raconter un catcheur dans un livre.

    Sinon, pareil, Jericho vainqueur du Rumble.

  2. Chris Jericho champion, dans mes reeeeeeves ! <333

    Je me paie le luxe de commenter parce que eh ! J’ai lu cet article à une vitesse déconcertante. Ça donne une bonne idée de ce qu’il peut y avoir dans chacun des bouquins.

    Perso je ne pense pas être assez calée en 90’s du catch pour apprécier le bouquin de Foley malheureusement. Je risque d’être frustrée, tu le dis très bien dans l’article d’ailleurs.

    Celui de Jericho me parle plus en revanche, alors je vais peut être me tenter le coup avec celui de Edge (EDGE QUOI). Les écritures maladroites parfois ça m’amuse, comme si tu parlais direct à la personne.

    Par contre Mankind je le trouve agressif comme perso quand même, non ?

  3. Aozora > Ouais statistiquement partir en #1 signifie qu’il aurait aucune chance mais faut pas oublier que c’est le Rumble et que ça fait quelques années maintenant que la WWE nous a pas refait le coup d’un vainqueur qui « partait de loin » – depuis Mysterio en 2006 (depuis on a eu Undertaker en 30, Cena en 30, Orton en 13, Edge en 29 et Del Rio en 38) – et ça peut être assez intéressant. Enfin je pense que le Miz a le projecteur sur lui et que ça peut que lui bénéficier. Après c’est pas forcément le choix le plus logique parce qu’on se demande face à qui il aurait son match à WM. Même si ok un Miz face qui serait opposé à un Bryan heel, là ça vend un peu du rêve.

    Mais bon ça serait Jericho o/. Et si il fait face à CM Punk, c’est superkermit dans ma tête o/ !

    Tiya > C’était Cactus Jack qui était giga taré :P. Mankind est souvent un gros woobie, c’est à dire un personnage assez triste et enfantin a qui on veut faire un calin. Enfin dans sa période heel, il était taré aussi /o/.

  4. Aucune chance pour Wade Barett. Retour de Orton à smackdown: sûr et certain qu’il va éliminer Barett au rumble.
    Sheamus, je ne sais pas trop, parce qu’il a un comme même un built en ce moment où on le voit écraser tous les low/midcarders du coin (putain mais le faire feuder avec Jinder Mahal quoi…), et pour le faire atteindre le statut de gros main eventer, gagner le rumble parait une bonne option. Apres ça paraît trop obvious, un peu comme Del Rio l’année dernière remarque…
    Et The Miz, franchement, j’y croît pas une seule seconde. Mais alors vraiment pas. A la rigueur il éliminera R-Truth mais c’est tout.
    Perso, je vais parier sur Jericho. On n’aurait pas eu le droit a toutes ces promos s’il faisait pas un truc de dingue ce dimanche.
    J’ai surtout hâte de voir les retours: Christian? Mysterio? Del Rio? L’undertaker, s’il arrive à sortir de chaise roulante? The Rock?

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