Death Note (le film) – I Write Sins, Not Tragedies

Death Note (le film) – I Write Sins, Not Tragedies

Bon écoutez pour une fois on va faire ni une longue intro ni tourner longuement autour du pot: le film Death Note sorti la semaine dernière n’est objectivement pas un bon film. C’est un pur produit du système américain, qui possède une morale nauséabonde, ne fait preuve d’aucun sens de la cinématographie et se retrouve avec une intrigue boursouflée, qui ne sait jamais quel rythme adopter et compilant les incohérences et contradictions. Cela ne fait certainement pas honneur à l’oeuvre d’origine, ce qui est le cadet de nos soucis car, au final, l’oeuvre ne rend même pas honneur à son spectateur. 

Néanmoins.

Il s’y trouve des bonnes idées. Parfois même ici ou là un éclair de génie. Et, avouons-le, en terme de divertissement pur, Death Note fait le taf. C’est un film idéal à mater entre amis parce non seulement il va si vite qu’il a pas le temps d’être chiant, mais en plus je peux vous assurer que vous allez passer le film à commenter lourdement et à vous faire la meilleure bataille de vannes qui existe. La fin du film vire tellement au nanar over-the-top qu’on s’est même surpris, moi et le petit groupe qui l’ont matés hier soir, à avoir des fous rires commun.

Évacuons un point tout de suite: évidemment, ce film Death Note est une adaptation extrêmement libre de l’oeuvre d’origine. On y trouve quelques éléments en communs (le nom des personnages, le concept du Death Note) mais tout le reste n’a strictement rien à voir avec ce qu’on connaît déjà: l’intrigue va aller dans une direction totalement différente, tout se déroule à Seattle et, surtout, les personnages n’ont plus les mêmes caractères, les mêmes motivations. Ne vous attendez donc pas du tout à retrouver un copier/coller du manga d’origine et, honnêtement, ce n’est pas un mal. Non pas que l’oeuvre d’origine est médiocre, très loin de là ça reste un excellent thriller qui a le malheur de se casser la gueule dans les 4 derniers tomes, dans la plus pure tradition du Shonen Jump des années 2000, mais pour un film de 1h40, il fallait évidemment éviter à tout prix une adaptation case par case.

Et puis, plus largement, les adaptations ultra fidèles, quel réel intérêt ? J’aime bien quand, justement, on se permet des libertés par rapport à l’oeuvre d’origine. Après, je vous l’accorde, il faut que ces libertés prises soient pertinentes et réussies. C’est pour ça, par exemple, qu’on pardonne aisément à Mamoru Oshii d’avoir fait du film Ghost in the Shell un trip philosophique pointu très loin du manga original de Masamune Shirow, plus pulp. 

Dans le cas de Death Note, cette énorme liberté prise, donc, est de déplacer l’action aux Etats-Unis. Film américain, destiné à un public américain = on le fait dans un milieu américain. Décision typique et motivée plus par l’argent que par l’art mais, bon, on va pas se mentir, de base, quand tu sors une adapt d’un blockbuster et que tu prends comme réal Adam Wingard – qui a surtout fait très récemment des films d’horreurs assez opportunistes, comme un remake assez mal reçu de Blair Witch – , tu fais pas ça pour la Palme d’Or.

Et, en vrai, faire un Death Note en Amérique… c’est pas une si mauvaise idée. Damn, un des light novel de Death Note – écrit par NisiOisin, auteur de Bakemonogatari et Medaka Box – se passait aux Etats-Unis ! Du coup là où le manga original était une oeuvre très japonaise dans de nombreux points, il me semble en fait logique que si on confie un projet à des américains, ils en font une oeuvre américaine. Qui raconte des choses américaines. Si le film était resté une adaptation fidèle, là oui, les critiques de whitewashing aurait fait sens. Ici ? Ce n’est pas choquant que Light soit un ptit babtou fragile. Ça s’intègre bien au contexte.

Ci-joint: le contexte

Le personnage de Light, au demeurant, n’a vraiment aucun lien avec le personnage d’origine. C’est le changement le plus flagrant et le plus choquant, qu’il faut mettre quelques temps à assimiler. Si Light Yagami était un élève modèle, respecté, populaire, beau, sportif et extrêmement intelligent, Light Turner est… une boule d’hormones. Montré comme pas trop mauvais dans l’art des études, personne ne le respecte, il ne respecte personne, il est introverti, sarcastique, complexé et, surtout, n’est pas toujours la lumière la plus brillante du plafonnier. Une sorte de vague émo, dont je soupçonne qu’il passe ses soirées à trashtalker des gens sur Twitter et qui, à un moment dans le film, va devoir choisir entre TUER SON PERE et POUVOIR CONTINUER DE NIQUER SA COPINE et il va hésiter un peu longuement. Mais ça c’est aussi un truc très bizarre du film: la relation Mia / Light.

Déjà, couple le plus bizarre car les deux persos s’excitent sexuellement en mettant des noms dans le cahier. Littéralement. Des gens utilisent le prétexte « eh tu viens ce soir on va mater des trucs sur Netflix et chiller » pour pouvoir avoir du sexe mais Mia et Light ils sont en mode « eh, meuf, ça te dirait de venir chez moi, j’ai chopé le nom d’un dictateur sur Wikipédia, on va le buter et chiller. » J’exagère en plus même pas, à un moment les deux persos s’engueulent et Light lui dit TEXTO « mais reste, j’ai trouvé le nom d’un tueur d’enfants aux infos, on va se faire du popcorn et mettre son nom sur le cahier. » Je n’invente rien, même les meilleures parodies Death Note de fanfiction net ont jamais fait cette ligne. Bref, si votre couple ne fonctionne sexuellement que parce que vous faites des meurtres, eh, c’est pas sain.

Ah le sentiment post-coïtal combiné au sentiment post-meurtre <3

En outre, je sais pas trop ce qu’il s’est passé chez les écrivains du film mais à mon avis ils ont lus le manga, se sont rendus compte que Ohba et Obata sont des gros sexistes, et ils sont arrivés en réunion d’écriture en disant « faudrait quand même que la relation entre Light et Misa soit moins abusive, non ? » Eh, pas faux, bonne idée. Sauf que du coup Mia (car c’est Mia, plus Misa) elle est devenue… euh… ultra antipathique ? C’est le seul personnage féminin du film et elle se comporte en permanence comme une cinglée égoïste et manipulatrice, oups.

Après, c’est toujours fun de voir un film Death Note où Light passe son temps à se faire défoncer intellectuellement par Mia. Genre, toutes les bonnes idées, tous les plans pour garder le secret ou toutes les combines pour exploiter les règles à son avantage, c’est, pendant trois-quarts du film, une propriété exclusive de Mia pendant que Light il est juste en mode « je lis le Death Note en cours de gym, dans les gradins, devant tout le monde. » Génie du mal, le gus !

« Light, stp, répété le mot écartelage, je me sens venir là »

En parlant de « génie du mal », faudrait évidemment pas oublier de mentionner Ryuk qui dans le film est là pour une seule chose: FOUTRE LA PRESSION. Déjà, le gars il a appris ses cours de théâtralité au Cours Florent parce que à chaque fois qu’il apparaît l’AMPOULE PETE, les MEUBLES VOLENT et un CYCLONE DE FORCE 5 L’ACCOMPAGNE. Rajoutez à cela ses yeux lumineux qui font peur dans le noir et vous avez un mec qui garde son look de punk-goth-en-manque-de-speed du manga mais en plus obtient derrière toute une gamme d’éléments /QUI FONT PEUR HOUUU/, histoire d’en faire un vrai méchant. Je veux dire, il est doublé par un William Dafoe en roue libre qui fait son Dafoe-fou habituel, tire des rires maléfiques, jette des trognons de pomme partout, dire clairement à Light qu’il faut tuer plein de gens, bref il manque juste une chanson où il dit qu’il va conquérir le monde. 

OUH JSUIS DANS L’NOIR T’AS PEEEEUR

Et, le pire, c’est qu’il sert finalement pas à grand chose de tout le film. Une fois son hilarante première apparition de faite – où Light crie de peur si fort qu’on sent l’odeur de son froc plein de pisse traverser l’écran – et une fois qu’il a dit SUBTILEMENT à Light comment tuer des gens, le reste de ses actions dans le film consiste à venir jouer le yakuza qui vient te foutre la pression pour que tu paies tes dettes, c’est à dire qu’il vient toutes les 15mn rappeler à Light que tuer c’est cool, il devrait le faire un peu plus sinon ça va se fâcher plus haut, hein. Et à la fin, même, on a l’impression qu’il utilise des pouvoirs magiques. Ce Ryuk est un désastre mais, eh, William Dafoe. 

Très beau les graphismes de Watch_Dogs 3

Par contre L, c’est… plutôt bien. L’acteur est sans doute le meilleur du film, le plus inspiré, le plus à fond dans son rôle. J’ai honnêtement pas grand chose à me moquer ou à critiquer du perso sauf quand à partir du second tiers du film il sort un flingue, vole une voiture de flic et commence à péter un câble parce qu’il rage à mort. Ok, ça a du sens dans le récit – je spoile pas, vous allez voir – mais le personnage perd d’un coup toute la sympathie qu’on a pour lui car il avait, jusque là, l’ascendant moral sur Light et Mia car il restait la RAISON de ce film. Après quand je parle de raison j’exagère un poil car il prend aussi quelques décisions parfois débiles et incohérentes: si c’est hilarant de le voir débarquer de nulle part en plein repas de famille chez les Turner, le voir dire à Mia de dégager parce qu’il veut parler à Light et à son père c’est stupide. Eh, L, rappel: Mia et Light sortent ensemble depuis le jour où les meurtres ont commencés. Tu vas pas me dire que tu suspectes jamais Mia ? 

… Ah si il suspecte jamais Mia de tout le film

Oh, et Watari est cool mais très grosse explosion de rire quand à un moment Light met juste Watari dans le Death Note et que, euh, ça marche ? Bref, L, meilleur détective du monde, comprends que Kira a besoin de la tête et du nom mais prends jamais la peine de cacher la tête et le nom de son mentor / assistant / meilleur ami ? Oh, mec, tu l’as bien cherché la merde.

Mais aussi wtf que peut parfois être les deux premiers tiers du film (Kira qui tue des dictateurs nord-coréens, Light qui veut manger du popcorn, la règle zarbie où tu peux empêcher la mort de quelqu’un en brûlant la page !?), le film va vraiment décoller dans son dernier tiers et là

oh mon gars

c’est de la bonne.

C’est un carnaval de n’importe quoi. Dès le moment où Light et Mia foutent le pied dans leur bal de fin d’année démarre un enchaînement de trucs absurdes, parfois filmés de manière ultra expérimentale. Light va commencer SOUDAINEMENT à se montrer un peu malin dans la manière d’utiliser le cahier: ça sort de nulle part et ça sert qu’à justifier une RIBAMBELLE de coïncidences heureuses parfois hilarantes (dont une page du Death Note qui va se mettre elle-même dans un bidon enflammé) avec un clou merveilleux dans le spectacle: une des plus péraves courses-poursuites de l’histoire.

Ah on apprends aussi que Ryuk fait des caméos dans des estampes japs mais ça c’est une autre histoire

Cette course poursuite c’est comme si des mecs avaient vus celle au milieu de la Cité de la Peur et se s’étaient dits « wah c’est le meilleur moment du film, faut vraiment qu’on le refasse à l’américaine » sauf qu’ils ont pas compris que c’était une parodie. Pendant 5mn, Light et L vont se pourchasser en courant et, ok, j’ai fait une liste des moments forts:

  • Ils vont traverser en pleine nuit – il est à peu près 23h – un chantier souterrain avec toujours plein d’ouvriers dessus. 
  • Ils vont évidemment traverser une cuisine qui est à la porte d’après. Un cuisinier va se faire renverser deux fois par les deux gus.
  • Mention spéciale à L quand ils traversent le restaurant qui va avec: L tape la glissade de fessier sur comptoir la plus smooth et classe que j’ai jamais vue mais, derrière, fout la tête d’un mec dans son assiette de soupe. Manque plus qu’une peau de banane.
  • A un moment, Light court dans un couloir et il percute du pied une petite corbeille QUI VA VOLER EN ARRIERE EN FAISANT UN SALTO, DE LA MANIÈRE LA PLUS NATURELLE QU’IL SOIT. 
  • Au milieu de la course poursuite on se dit « il manque quand même le moment où ils vont pousser un SDF avec un caddie », et devinez quoi, 5s après ça y’a un SDF avec un caddie et ils vont pousser le SDF avec son caddie. 
  • A la fin, L parvient à mettre Light en joue mais L se fait tabasser par un mec qui passait dans le coin parce que, hé, un noir avec un flingue aux Etats Unis, on sait comment ça se termine: comme quoi le réalisme prédomine.

Beaucoup de fun et d’amusement, et je vous parle des angles de caméras qui sont parfois… wow… compliqués à gérer. En tant que spectateur. 

Puis la fin du film elle-même, holala, magique, pile nanardisant comme il faut: y’a pas de vraie fin. Ca se termine sur Light qui fait un regard « ô_O », il fait l’expression du visage la plus débile qui soit et, hop, clap de fin, on est bien. Mais en même temps c’est à l’image du Light de ce film qui est BEAUCOUP dans le surjeu. Le mec fait des expressions exagérées en permanence. Je vous assure que parfois on a envie de le puncher juste pour ses regards débiles et, ça tombe bien, ça arrive au début du film.

Bref tout ça c’est fun and games mais il y’a juste une vraie critique que j’aurais à faire au film, un truc qui m’a mis plutôt mal à l’aise c’est, du coup, la morale de la justice à l’américaine. Vous l’aurez déjà bien compris jusqu’ici: aucun personnage n’est vraiment entièrement bon. Light est un petit con, Mia une sociopathe, L un détective qui commet 4000 erreurs et pète un câble passé les deux tiers du film, Ryuk un sadique… Bref il nous reste que comme seul personnage « positif » le père de Light qui occupe ici la même fonction que dans l’oeuvre d’origine: un flic qui enquête sur Kira et qui va rejoindre la cellule d’enquête de L. Il est le seul à être convaincu que la justice façon Kira est une mauvaise chose, le seul à combattre Kira mais, en même temps, quand il apprendre que la personne qui a tué sa femme a été tué d’une manière zarbie le mec est juste content. Il te sort des beaux discours sur « tu sais mon fils personne n’est bon personne n’est méchant tout le monde est gris » mais quand il apprend que son fils est Kira, il semble tout lui pardonner. PARCE QUE LA FAMILLE, I GUESS.

Et au final, le personnage même de Light est moralement ambigu. Vous me direz, dans le manga c’était un personnage qu’on apprenait à apprécier malgré ses idéaux extrêmes mais à la fin il est puni et, de toute manière, il ne cache jamais durant le manga sa vanité et son complexe divin, qui permettent nous lecteurs de nous ramener à la raison et de ne pas trop encourager le gars. Dans le film il… est considéré comme une victime !? Genre c’est Ryuk qui l’incite à utiliser le Death Note, puis Mia, mais lui, oh non, il a toujours voulu tout arrêter sans pouvoir le faire !? Attends mec, y’a encore une heure avant, dans le film, tu parlais de manger du popcorn en observant la mort d’un criminel ? A quel moment t’as rien à te reprocher, fils de brute ? Oh, pardon, c’est vrai, t’as fait ta BA du film encore plus tôt: t’as pas voulu tuer ton père. PARCE QUE LA FAMILLE, I GUESS.

Bref, le mec tue des criminels, y prend clairement du plaisir, mais ça va, c’est une victime, c’est pas sa faute, et de toute façon les criminels l’ont bien cherchés parce que, eh, on est aux Etats-Unis, tes erreurs tu la paies de ta vie. 

Bon. 

Bof.

Je vais conclure avec une erreur amusante du film, relevée par le fringuant Pso: à un moment Ryuk prévient Light que « ceux qui ont essayés d’écrire le nom de Ryuk dans le Death Note ont jamais dépassés la 2e lettre », un avertissement sympa sauf que quelqu’un a écrit plus tôt dans le cahier « MEFIE TOI DE RYUK » donc techniquement, eh, mon bon Ryuk, tu te fous de notre gueule. Plus amusant encore est que Light lui-même repère même pas le foutage. Un génie, on vous dit !

Bref, vous l’aurez compris, ce Death Note 2017 est un crash autoroutier.

Mais, attention, c’est un crash autoroutier à la Burnout 3, aussi fascinant que repoussant. 

Et, au moins, y’a pas de Ryuk moche en 3D.

C’est déjà ça.

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4 réactions au sujet de « Death Note (le film) – I Write Sins, Not Tragedies »

  1. Le vrai Kira de ce Death Note, c’est Mia en faite.
    Comme tu le dis ils essaient de faire passer Light pour une victime, un gentil qui voulait faire le bien mais oh le pauvre tout le monde il est méchant avec lui. D’ailleurs, le fait qu’il ne veuille pas inscrire les noms de personnes dont la culpabilités n’est pas sûr va dans ce sens. Sauf qu’il va quand même les utilisés pour son intérêt personnel à la fin, oups.

  2. Bon article.

    Il ya beaucoup d’incohérence qui m’ont fait sortir du film. Hormis ceux que tu cites, si à la fin Light avait tout simplement brulé la page du death note en question AVANT (soyons évasif pour éviter les spoiler), cela aurait éviter toute les péripéties alambiquées et autres stratagèmes qui nous mènent jusqu’au dénouement.
    Et donc à moins que j’ai raté quelque nouvelles règles, toute la fin perd en crédibilité et n’a pas lieu d’être.
    Notons également que Light utilise son propre téléphone ou encore les ordinateurs de son école pour faire ses meurtres. Pas besoin d’un pseudo enquêteur de génie pour débusqué le petit emo. D’autant que la façon dont L trouve que c’est Light n’est ni convaincante ni expliqué !
    Du coup, on passe quand même relativement sur l’aspect cérébrale du titre.

    En fait, je pense sincèrement qu’une série netflix aurait était plus judicieuse.

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