Psycho-Pass – And Cyber Justice for All

Psycho-Pass – And Cyber Justice for All

La case noitaminA est un point de repère du passionné d’animation japonaise. Ce créneau, diffusé tard dans la nuit du jeudi au vendredi sur la chaîne Fuji TV, se veut depuis 2005 comme une exhibition d’ouvrages animés parfois soignés, souvent intelligents, toujours destiné à un public « adulte. » L’idée initiale était ainsi de faire disparaître l’idée qui voulait que l’animation soit juste pour les enfants, les ados ou les adultes otakus attardés. On y trouve donc des titres comme Honey & Clover, comme Nodame Cantabile, comme Mononoke, comme Tatami Galaxy, comme Ano Hana, comme Usagi Drop ou même comme Silver Spoon cette saison. Mais plus récemment on y a aussi trouvé des titres comme Black Rock Shooter, Guilty Crown ou Robotics Notes qui ont tous trois comme similarités d’être des profondes déceptions remplies d’immaturité. Ouch !

Pourquoi commencer mon article par vous parler de cette case ? Parce que l’anime dont je vais vous parler en faisait partie à la fin de l’année dernière et que, en fait, je savais pas comment commencer mon article. Dans tous les cas, son sujet est donc Psycho-Pass.

Voici votre héroïne, Akane. Ses passions sont d'avoir des cernes sous les yeux, d'être blasée et d'être idéaliste dans le monde le plus cynique de l'histoire du Japon.
Voici votre héroïne, Akane. Ses passions sont d’avoir des cernes sous les yeux, d’être blasée et d’être idéaliste dans le monde le plus cynique de l’histoire du Japon.

Écrit par Urobuchi Gen (Saya no Uta, Requiem for Phantom, Fate/Zero, Puella Magi Madoka Magica) et réalisé par le studio IG (Ghost in the Shell pour le cool, Guilty Crown pour le beaucoup moins), Psycho-Pass est donc un anime de science-fiction situé dans le Japon de 2112, une date qui n’est peut-être pas un hasard compte tenu des sujets abordés par l’anime. En effet, là ou la chanson 2112 parlait d’un monde contrôlé par des ordinateurs et où les arts étaient devenus interdits car responsables de la corruption de l’humanité, dans Psycho-Pass on nous parle d’un Japon qui s’est enfermé sur lui-même, fier d’être devenu autonome, et dont chaque citoyen est contrôle par un ordinateur nommé Sibyl, qui peut détecter facilement à l’aide de ses caméras omniprésentes équipées de senseurs l’état de stress de celui-ci. Chaque citoyen du pays se voit en contre partie assuré d’être tenu par la main toute la vie puisque l’ordinateur déduit à sa place quel est le travail qui lui serait le plus adapté pour le lui donner clé en main pour tout le reste de sa vie. Mais attention à son niveau de stress ! Si celui-ci est trop haut, on vous demandera d’aller suivre une thérapie ! D’ailleurs, plus vous risquez potentiellement de commettre un crime, plus votre Psycho-Pass augmente. Si celui dépasse un certain seul: thérapie. Si vraiment vous débordez: risque d’exécution immédiate.

En bref, le pays s’occupe de tout pour votre bonheur, et faites très attention à ne pas chercher le bonheur ailleurs… ou à être malheureux.

C’est dans cet univers très Orwellien (quitte à sortir un auteur de science fiction qui a attaqué le sujet de la société omniprésente, autant sortir le plus usité) qu’on suit les aventures d’Akane, jeune inspectrice au sein de la police, qui doit élucider les quelques rares meurtres qui touchent la société. Pour cela elle est aidée par un petit groupe de personnages nommés les Enforcers qui ont la particularité d’avoir un Psycho-Pass qui devrait normalement les foutre en thérapie pour le reste de leur vie.. mais sont du coup, paradoxalement, les seuls capables de pouvoir agir à la place des inspecteurs, puisque ceux-ci risquent de faire passer leur Psycho-Pass dans le rouge à force d’enquêter et de se prendre la tête avec ça. Travailler dans la police est un métier malheureux, surprise !

Donc voilà premier épisode, Akane découvre son boulot… en abattant un mec grâce à son beau flingue futuriste.  Mais abattre du genre « en lui faisant exploser les boyaux partout dans une salle, aspergeant au passage une fille prise en otage et qui, sous le choc, voit elle aussi son Psycho Pass péter un cable. » Joyeux !

Commence alors 22 épisodes de cauchemar urbain dans une société censée être parfaite. Bon le terme de cauchemar est fort mais, eh, Akane va manger quelques traumatismes dans la face et, comme c’est écrit par Urobuchi, des gens vont mourir. Plein.

Kawaii Big Brother-chan
Kawaii Big Brother-chan

Allez, on commence par quoi ? Le plus gros défaut ou la plus grosse qualité de Psycho-Pass ? Bon j’ai l’habitude de commencer par les défauts mais je vais me permettre de faire différement ce soir. La plus grosse qualité de Psycho-Pass, celle qui me permet d’en parler comme un vrai coup de coeur, c’est son écriture et son univers. Le sujet de la société parfaite qui contrôle tout et qui cache sous sa perfection apparente une société malade et finalement peu attractive est un sujet vu et revu, dangereux et glissant. 1984, le Meilleur des Mondes et Fahrenheit 451 sont trois ouvrages quasi fondateurs du mythe de la dystopie et il est difficile de sortir de l’ombre de ces géants, difficile de ne pas ressasser les mêmes thèmes, les mêmes ambiances. Psycho-Pass lui-même n’y arrive pas forcément tout le temps mais au moins évite l’erreur de base: porter un jugement explicite sur la société qu’elle dépeint.

La série ne nous prend ainsi jamais par la main, ne nous dit pas « han regarde cette société gérée par Sibyl, elle est tellement horrible, corrompue et moche ! » Non, jamais. Justement elle alimente pendant l’ensemble des 22 épisodes une espèce d’ambiguïté  Montrée comme nécessaire, parfois offrant des situations heureuses, elle est aussi montrée comme finalement corrompue avec une révélation assez intrigante et étrangement plutôt fragile. L’héroïne termine la série en acceptant la société telle qu’elle avec ses défauts et ses qualités, en se jurant néanmoins de ne jamais se laisser berner. Là ou la plupart des dystopies se terminent soit sur la destruction de la société par le héros, soit (plus souvent) par la destruction du héros par cette société, Psycho-Pass se montre rafraîchissant et, surtout, sujet à pas mal de réflexions. Accepterions-nous de vivre dans ce Japon ultra assisté, ou nous serions assurés de ne jamais avoir à nous inquiéter de quoi que ce soit mais ou le moindre pas en dehors des clous nous condamne à une « disparition » justifiée par des questions de santé et de sécurité ?

En laissant le doute, en nous présentant cette société sous différents points de vue, on arrive ainsi à développer le sien et je pense qu’il sera différent selon la personne. Et ça c’est quelque chose d’encore trop rare dans l’animation japonaise de 2012, composée à 90% d’ouvrages vous demandant de laisser votre cerveau au vestiaire parce qu’après tout c’est de l’animation, vous êtes pas là pour les trucs intelligents.

Maintenant qu’on a parlé de la bonne écriture de l’univers, on peut aborder celle du scénario et là c’est moins intéressant même si à complimenter quand même. Pas vraiment de surprises c’est du Urobuchi, et l’homme nous a déjà montré avec Fate/Zero et Madoka qu’il savait faire bon usage des rebondissements, qu’il savait créer des dialogues riches et passionnants (même si très nombreux) et qu’il savait éviter les erreurs de débutants. C’est solide, et je me suis surpris plus d’une fois à me mater un épisode pour ensuite enchaîner sur quatre ou cinq autres, happés par les développements. L’épisode de mi-saison est à ce titre extrêmement bien maîtrisé.

 

Derp
Derp

Le plus gros défaut de Psycho-Pass ? C’est techniquement… argh. Au mieux c’est passable, au pire c’est juste la fête à la morue. Faux raccords en veut tu en voilà (celui que j’ai posté est le plus éloquent), des personnages dessinés à la truelle, une animation qui frôle parfois le trente images par minute, des personnages qui sont soudainement incapables de conduire une voiture sans devoir doubler la longueur de leurs bras… Le réalisateur s’est excusé à plusieurs reprises, la série ayant du vraisemblablement du être réalisé à la va-vite et avec les mecs que IG voulait pas voir bosser sur Robotics:Notes qui était réalisé en même temps. Du coup ça ce sent trop souvent et c’est dommage ! Je suis pas un adepte de la beauté visuelle et j’en ai l’habitude de m’en foutre du moment que les capacités techniques limitées sont compensées par d’autres qualités mais là parfois c’était trop dur de s’en foutre et de passer à coté. L’épisode 18 est le ponpon avec juste rien qui va. C’est paraît-il réglé par les sorties DVD/Blu Ray dont je ne peux témoigner.

C’est d’autant plus dommage que la série arrive à avoir un chara-design plutôt attrayant. Les personnages principaux ont des vraies bouilles, sans doute grâce à l’aide de la mangaka Akira Amano, responsable de Reborn, ce shonen dont le chara-design était le seul truc sauvable. Je suis personnellement assez fana du visage d’Akane, avec ses gros yeux déprimés et son look perpétuel de sac à patates. Mais attention, un sac à patates capable de réveiller son coté badass ! Et surtout, un sac à patates en tailleur doublé par Kana Hanazawa, ce qui est génial !

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Sawachiro Miyuki à gauche, Hanazawa Kana à droite. Platinum fap.

Mais bon dans tous les cas il se dégage de Psycho-Pass, malgré ses tares techniques, une vraie personnalité. Ce n’est juste pas de la science fiction dystopique ordinaire. Ca reste en tête, ça prend aux tripes. L’antagoniste principal, Makishima, réussit le challenge d’être parfaitement détestable tout en se montrant étrangement raisonnable idéologiquement parlant. C’est une des rares fois ou on a envie de soutenir la cause d’un personnage mais on a pas envie de soutenir le personnage en lui-même parce qu’il est un connard. Là encore beaucoup de compliments à adresser à l’écriture. Même si je reprocherais à Urobuchi de caser un peu trop gratuitement les noms des auteurs et philosophes qui lui vient en tête. Ca donne parfois l’impression d’un passage obligé, comme si il se sentait mal si il avait pas casé le nom de Rousseau, Descartes, Pascal ou Nietzche avant la fin de l’épisode. On va pas se plaindre de voir des philosophes occidentaux sortir mais, eh, Urobuchi les fout tellement partout….

L’annonce d’une saison 2 est étrangement enthousiasmante. La série se clôturait de manière impeccable mais la possibilité de développer encore plus cet univers est là, d’autant qu’Akane est un personnage qui peut continuer à évoluer. Maintenant j’avoue que je ne sauterais sans doute pas dessus: Psycho-Pass semble être un de ces animes qui gagne considérablement en interêt à être « marathoné » au lieu d’être regardé à un rythme hebdomadaire.

Enfin voilà. Je suis volontairement resté flou sur pas mal de points mais dites vous que la série est divisée en deux parties: jusqu’a l’épisode 11 on alterne différentes affaires, souvent dans des ambiances très glauques. La seconde partie est un long fil rouge qui est moins glauque mais est beaucoup plus riche en contenu et en rebondissements divers et variés. Et en plus ça se termine bien ! Au sens qualitatif du terme !

Psycho-Pass est une très bonne surprise, et je vous conseille tous d’y jeter un oeil avisé. Un oeil qui, je l’espère, ne sera pas surpris de voir certaines scènes mal dessinées ou mal animées parce que eh, rien n’est parfait. Et c’est cool de parfois nous le rappeler de manière aussi explicite. Même si on aimerait éviter les faux raccords, quand même, ça fait sale.

Mais terminons, tel un Usul, sur une citation: « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’un ni l’autre et finit par perdre les deux. »

Jefferson.

Ou Franklin.

Ou Civilization IV.

En tout cas c’est la thématique principale de l’anime alors ça colle.

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Une réaction au sujet de « Psycho-Pass – And Cyber Justice for All »

  1. Cet article pique ma curiosité.
    J’avais vu 9 épisodes avant d’abandonner la série. L’exposition de l’univers était très mauvaise (tiens, résumons toute la carrière de notre copine flic dans un café, comme ça, pour le fun) et cet univers était en soi pas si original. La critique n’était pas formée directement mais sous-entendue de manière tellement peu subtile. Couplé au fait que l’anime avait l’air de vouloir paraître plus mature qu’il ne l’était vraiment, en envoyant des scènes gores un peu gratos et des citations un peu aléatoires, j’ai eu l’impression que l’anime se la pétait sans avoir de quoi derrière.
    Mais à ce que tu dis, le portrait de la société est nuancé au final et un vrai arc narratif un peu plus intéressant s’installe à l’épisode 11. J’essaierai peut-être d’y rejeter un coup d’oeil du coup.

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