Allez viens ptit gars, on va faire de l’aviron (The Social Network)

Allez viens ptit gars, on va faire de l’aviron (The Social Network)

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Je n’éprouve guère de haine envers facebook mais je constate que c’est un outil qui ne me sers juste à rien: cela doit s’expliquer par le fait que je m’y suis inscris très sur le tard, à une époque où c’était juste inutile pour moi vu que la majorité de mes relations pouvaient me croiser quotidiennement sur des forums Internet ! Inutile de dire que je ne vivais guère pour la communication « avec » mes « amis » puisque je communiquais déjà parfois quotidiennement avec eux sur IRC, PhpBB où MSN. A ce niveau là, Twitter m’est d’une bien plus grande utilité puisque là je sais que je communique avec des gens qui me sont proches… et une bonne ribambelle d’inconnus complets qui aiment juste bien ce que je fais ! Ok, facebook m’a été pratique quand il s’agissait de communiquer avec la radio campus dont j’étais membre (Radio Phénix ) puisque c’était vite devenu l’aspect le plus simple de communiquer avec le présentateur de l’émission dont j’étais le chroniqueur. Mais à part ça ? Rien. Sans doute parce que, de manière infortune où non, mes relations avec mes « connaissances non-internet » sont proches du rien. Et là j’insère une musique douce au violon pour que vous preniez pitié de moi.

Bref, tout ça pour dire que de nos jours, quand on me parle de l’énorme importance de facebook dans notre société contemporaine, je suis un peu en mode tête de poker puisque ce n’est pas ma tasse de thé, et puisque je m’en sers peu. Quand des gens me disent que facebook « c’est trop addictif » je fronce un peu le sourcil et je repart lancer Minecraft où jeter un oeil à ma timeline Twitter parce que quand je me connecte sur ce site, j’y passe toujours maximum deux minutes. Oh, je pourrais stalker mes camarades de lycée pour m’occuper mais pour ça, j’attendrais un peu de devenir mélancolique.

ANYWAY.

J’ai vu The Social Network vendredi soir.

Je connais pas des masses Facebook ? Bah. Je ne connais pas des masses David Fincher non plus ! J’ai vu Seven un soir sur TF1, j’ai toujours échappé je-ne-sais-comment à Fight Club (mais je sais que Tyler Durden existe pas) et j’ai lu une critique Télérama de Zodiac qui était un peu pas très intéressante à lire. Oh, et à une époque, je le confondais toujours avec David Lynch. Bah oui, les deux s’appellent David, comment voulez-vous que je sois pas super confus par la chose.

The Social Network, donc, est ce film sorti il y’a bientôt presque un an dont l’objectif semble de nous narrer la fantastique oddysée de la création de Facebook, en s’attardant surtout sur la personnalité de Mark Zuckerberg, et tout ces petits jets du destin qui ont participé à fonder la « chose tentaculaire » qui est aujourd’hui Facebook. Soyons très francs: l’idée géniale de ce film est de ne pas forcément être réaliste. Pour bien me faire comprendre: oui, les événements dépeints dans ce film sont réels pour une grande partie mais attention, le scénariste a avoué prendre nombre de libertés. Je pense que voir Social Network en s’attendant à un film centré sur Facebook, sur son histoire, sa création et les soucis / bonheurs que ça crée peut être décevant car le film ne parle pas de ça. Je crois qu’on pourrait remplacer Facebook par « Whateverland.com » voire « Néant Vert » que ça pourrait raconter la même chose, passer le même message, les mêmes sentiments. Social Networkest un film qui est vraiment beaucoup plus centré sur un héros – ici Mark Zuckerberg – totalement asocial et plutôt désagréable, et sur les problèmes qui se créent autour de la création de Facebook, avec les soucis évidents: jalousie, argent, amitiés qui déraillent, malentendus, pouvoir qui passe de main en main, tribunaux… Et ça fonctionne.

Cela passe par un personnage-clé: Eduardo Saverin. L’homme qui est le co-créateur de Facebook et décrit comme le seul ami de Mark Zuckerberg, seul ami que le personnage va s’échiner à perdre tout au long du film. C’est un personnage terriblement attachant, je dois l’avouer, totalement charmant dans sa détermination, son envie de croire au projet de son ami, d’y contribuer, mais qui malgré tout le boulot qu’il abat, ne parvient pas à faire honneur à « son ami » et vit une spirale infernale, où il verra sa petite amie devenir psychopathe, le club d’Harvard prestigieux lui fermer les portes, son meilleur ami non seulement démanager de l’autre côté du pays en plus de devenir le vrai petit toutou d’un connard arrogant à la grande gueule. Non, Eduardo Saverin n’est pas un personnage que le pathos à épargné, et j’ai presque l’impression que le film est là, à sa gloire. Car il est en outre incroyablement et terriblement sympathique: c’est un génie comme Mark, mais lui parle bien, lui s’intéresse au reste du monde, lui est socialement polyvalent, lui intéresse les grands clubs. Ca devient effrayant quand au final, on remarque qu’il est quasiment le miroir du héros, Zuckerberg.

Mark Zuckerberg, lui, est un personnage étrange. Il parle… comme si il était sur un forum Internet. C’est un peu ce qui m’a frappé le plus lors du visionnage. Le garçon est doué, très très doué, il n’est pas socialement inapte mais se contente simplement de ne pas s’intéresser à ces choses-là. Il n’a aucune diplomatie, ne tente jamais d’attirer la sympathie de qui que ce soit, dit toujours ce qu’il pense, aime généraliser à mort sur les choses, semblant chier sur toutes formes d’autorité, semble chercher un peu d’attention et se révèle souvent très doué pour faire des petites piques cassantes. Et comme signalé déjà à plusieurs reprises dans cet article, son seul ami semble être Eduardo. Bref, un parfait futur milliardaire en herbe, comme si ce Social Network était une sorte de Citizen Kane mais avec le plus jeune milliardaire du monde, histoire de nous expliquer que ce brave homme a tout mais est seul du haut de son sommet, entouré de « jeunes » qui découvrent la dure vie adulte, entourés de vieux qui ne les comprennent pas où se foutent d’eux (les rares personnages agés de plus de 35 ans n’apparaissent que rarement plus d’une scène.)

La plus grande force du film est de rester toujours objectif, et de TOUJOURS nous inciter à le rester. Je sais, ça semble étrange: après tout Eduardo est TOUJOURS dépeint dans une lumière positive, et la chute aux enfers du brésilien-juif nous émeut un peu forcément, tandis que Mark Zuckerberg est un peu un connard insensible à pas mal de reprises, alors comment le film peut prétendre être objectif ? Parce qu’il fait toujours planer le mystère ! Parce que chaque question reste sans réponse justement pour ne pas qu’on tire la moindre conclusion ! Les jumeaux ont-ils raison de se juger victimes d’un « vol d’idées » ? On sait pas ! On ne voit pas la conclusion du procès, on ne voit pas comment ça termine et jamais le film ne nous dit « en fait, ouais, ils ont raison, facebook c’est quand même grave pompé de harvardconnection. » Tout ce qu’on voit c’est une dispute Zuckerberg / Jumeaux au sein d’un procès en privé où les deux… cotés… montrent chacun leurs arguments. Certes, Zuckerberg se conduit comme un connard vis à vis du côté adverse, tandis que les jumeaux et le pauvre Divya donnent l’impression de pauvres petits agneaux convaincus de ce qu’ils font.

Sauf que le film nous le dit en mille à la fin, via le personnage de Marilyn, l’avocate experte dans le « paraître » qui explique droit dans la face à Zuckerberg (et face à la nôtre) que les gens se contrefoutent de la « vérité » et que le jury populaire, quoi qu’il arrive, quelques que soit les arguments de qualité proposés par la défense au sein de cette affaire, eh bah il va démolir Zuckerberg parce que celui-là s’est conduit comme un empaffé et qu’on lui donnerait le bon diable sans confession, alors qu’en face, le coté adverse va paraître une victime juste. Tant pis si Zuckerberg est « innocent » où si il a effectivement fondé facebook « seul », le jury a dans la tête l’image de l’asocial jmenfoutiste qui aurait pu être capable de tout pour devenir milliardaire.

Et c’est ça, le plus important du film: c’est un film qui AIME jouer avec les apparences. Est-ce que Zuckerberg est bien celui qui a aidé à rendre Sean Parker totalement incrédible au sein de Facebook en le « vendant » à la police ? On le sait pas – on l’aurait d’ailleurs même pas imaginé si le film n’avait pas évoqué cette possibilité, mais dès qu’elle l’évoque notre cerveau fuse en quête de théories qui auraient eu tendance à crédibiliser cette affirmation. Et cette histoire de poulet, quelle est la vérité ? On sait pas. Qui a sorti Eduardo de facebook ? Le montage fait grave en sorte de vouloir mettre le chaperon sur Sean Parker, de par son comportement arrogant et fier de lui alors qu’on voit Mark Zuckerberg en désarroi, semblant faire du Sean un coupable parfait… mais rien ne le prouve. C’est très fin, très subtil, et on peut justement en arriver à être décontenancé quand le film se termine sur une absence totale de réponses, mais un peu de réflexion permet de voir que c’est très bien joué.

Facebook, comme Internet voire, osons le dire, l’humanité en général, est une de ses planètes où les « petites phrases » gouvernent, où les situations graves et des longs articles de journaux sur des situations complexes sont résumés en moins de 500 caractères sur Twitter où sur des forums, souvent de manière à ne faire en sorte de ne garder que ce qui nous intéresse, et tant pis si pour comprendre la partie intéressante, il faut se séparer du reste qui se révèlerait pourtant nécessaire pour la lecture. C’est une planète où souvent on ne lit pas un article plus loin qu’un titre qui lui-même peut se révéler trompeur par rapport au contenu de l’article. C’est une planète où, qu’on le veuille où non, les apparences jouent un rôle primordial: la même opinion ne sera pas prise de la même façon selon la manière dont elle est orthographiée, tournée, exprimée. C’est une planète où on s’amuse à commenter dans l’immédiat et dans le marbre des situations qui s’inscrivent sur des durées beaucoup plus longues, à la recherche parfois de la « petite phrase », celle qui est courte, mémorable, et s’inscrit bien dans la lumière que tu veux lui donner. Que ce soit des guerres, des lois où des dessins animés pour enfants. Tout n’est plus devenu que question de communication où le gagnant deviendrait celui qui arriverait le mieux à résumer le plus sobrement et en son sens des situations complexes et difficiles. Facebook est évidemment un endroit où on en est pas dénué, où on doit exprimer des réflexions où des situations longues et complexes de manière courtes et simples.

Points bonus si tu peux ressortir ta petite phrase, quelques mois après, en proclamant que tu avais raison, que tu étais celui qui avait su lire le futur. Vous avez remarqué ça ? Cette habitude qu’ont les gens de toujours vouloir être capables de prévoir le futur à partir d’une décision, d’un article, d’une situation présente ? Non, bien sûr que vous ne l’avez pas remarqué. Parce qu’on le fait tous. Pourtant on est toujours là, à chercher le moindre élément, le moindre indice qui nous permettrait de pouvoir lire l’avenir, de pouvoir être celui qui, à long terme, pourra se vanter avoir été capable de voir la situation arriver et ainsi, quelque part, célébrer devant tout le monde sa capacité d’analyse.

Social Network joue avec ça: le film fait en sorte de toujours jouer avec les apparences, avec le montage, mais n’attends que la fin du film pour nous avertir que le paraître ne doit pas bloquer la réflexion, nous pauvres ingénus que nous sommes qui ont été régalés pendant des décennies de film où le méchant et le gentil sont évidents à reconnaître. Dans Social Network le « méchant » est facile à reconnaître. Le « gentil » aussi. Sauf qu’ils ne sont peut-être, au final, ni l’un ni l’autre, malgré toutes les apparences. Peut-être juste des gens normaux: juste l’un qui semble plus agréable à vivre que l’autre, et où personne n’a vraiment de volonté de nuire, juste une accumulation de maladresses, de situations qui échappent. Pourtant, le montage a toujours fait en sorte que… Eh, mais là on revient à notre volonté de toujours vouloir « prévoir » l’avenir, de toujours « rechercher les indices et les éléments » qui nous permettraient de dire qu’on l’avait prévu, qu’on l’avait vu venir. On a lu dans ce montage, dans ces discours, dans ces scènes, ce qu’on voulait y voir. Et blam, l’avocate qui nous dit que c’était fait exprès pour nous piéger et qu’on se faisait à moitié manipuler.

The Social Network est un très bon film, porteur d’un message que j’apprécie beaucoup, mettant énormément l’accent sur notre addiction intellectuelle au paraître avec à coté une histoire d’amitié détruite et de montée difficile vers la gloire. Ce n’est pas un film sur Facebook. Non ce n’est pas absolument pas un film sur Facebook. C’est un film sur des jeunes adultes pris dans un engrenage énorme. Je n’aurais pas vu le Discours d’un Roi, j’aurais peut-être conclu cet article en disant que ce film aurait mérité l’Oscar du meilleur film mais j’ai vu le Discours d’un Roi, et aussi bien l’un que l’autre – qui au final ont des thématiques proches, ironiquement, sur la communication et l’importance du paraître – auraient / ont mérités ce titre. Deux chefs d’oeuvres, l’un m’ayant néanmoins plus marqué que l’autre – et vous voyez ici lequel.

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3 réactions au sujet de « Allez viens ptit gars, on va faire de l’aviron (The Social Network) »

  1. Vu au cinéma à sa sortie. Film intéressant, par un réalisateur doué, d’ailleurs. A titre personnel, je le trouve juste un poil long, mais tellement bien fichu! Au final, on ne sait as trop quoi penser de fondateur de facebook, même si le film à un parti pris évident, il n’y a jamais vraiment de critique purement gratuite.
    Et attention à pas confondre Fincher et Lynch, car se planter et tomber sur un film de Lynch, c est juste un coup à se griller les neurones…

  2. Bizarrement, je n’ai pas du tout ressenti Eduardo comme « le gentil qui subit la situation » et Mark comme « le méchant je-m’en-foutiste » !
    Malgrés tout, Eduardo n’a pas du tout l’oeil sur la nouvelle tournure que prend internet, il fait un peu tout à la classique – mettre des pubs pour gagner des sous, rester à NY », là où Mark et Sean ont compris bien plus de chose… Et Eduardo ne leur fait pas confiance. Là dessus, j’estime qu’il a ses tords aussi…

    Le film m’a plus mis Mark au premier plan, de mon ressenti. Même si le personnage est antipathique, il me donnait encore plus envie de voir ce qui se cachait derrière lui ; là où la juge dit qu’au fond il n’est pas un connard et qu’il joue au connard à la fin, c’était un peu le point final pour moi. Je suis assez impressionnée par la différence de lecture qu’on a eu sur le même film en fait !

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