Mangas & Animes

Kyoto Animation

On s’est levé ce matin, on a regardé les réseaux sociaux et c’était vraiment pas le réveil qu’on attendait, avec cette terrible news de l’attaque, par un pyromane, du studio-1 de Kyoto Animation. Au delà des images ahurissantes du bâtiment en train de brûler, c’est surtout le bilan humain qui nous serre le cœur, avec minimum une dizaine de décès, et toujours une quantité terrible de disparus. On est toujours en plein cœur de la tragédie, donc les infos arrivent au compte-goutte, les bonnes infos comme les rumeurs amplifiées, qui rajoutent de la peur à une situation déjà terrifiante. Panique générale. Peut-être qu’on aimerait tous se déconnecter de la situation, poser le téléphone, fermer l’onglet Twitter, mais ce studio compte tellement pour nous tous qu’on ne peut pas forcément regarder ailleurs.

Alors pour m’occuper l’esprit, me voilà à écrire, à me défouler sur mon clavier. Essayer de rappeler tout le bien qu’a amené, qu’amène toujours et qu’amènera encore ce studio presque unique au sein du paysage de l’industrie de l’animation.

Kyoto Animation c’est une grande quantité de séries et de films, tous reconnus au moins pour leur indéniable qualité visuelle et technique. Très tôt, dès ses premières séries, le studio a toujours pu se targuer d’une excellence graphique indéniable, qui ne s’est jamais faite au détriment de son staff ou de sa production. Dans une industrie où le burnout et le paiement en cacahuètes est de rigueur, Kyoto Animation s’est de plus en plus développé à la recherche d’un cercle vertueux pour le studio, pour ses oeuvres et pour son staff. Salariés, avantages liés, heures supplémentaires minimales… les échos qu’on a régulièrement des conditions de travail au sein de Kyoto Animation sont toujours des échos positifs, qui contrastent avec les conditions de travail dans la grande majorités des studios tokyoites. En plus d’une décennie, Kyoto Animation a donc démontré que l’on peut produire de l’animation dans des conditions décentes, saines, et non seulement fonctionner convenablement, mais aussi acquérir une véritable indépendance, une grande liberté, une reconnaissance internationale et des productions de qualité. En gros que « faire de l’argent dans ce business » n’implique pas forcément d’écraser ou exploiter ses employés.

Full Metal Panic Fumoffu, la trilogie Air/Kanon/Clannad, Suzumiya Haruhi, K-On, Nichijou, Hyouka, Tamako Love Story, Sound!Euphonium, A Silent Voice, Violet Evergarden, Liz & L’Oiseau Bleu, Tsurune: en quinze ans, le studio a ainsi produit une très grande quantité de grandes oeuvres, avec une régularité sans égal.

A titre personnel, beaucoup des œuvres citées ont toujours su me parler au cœur… J’ai beaucoup pleuré devant du Kyoto Animation, que ce soit devant l’arc de Fuuko dans Clannad, devant le dernier concert de Afterschool Tea Time dans la saison 2 de K-On, l’accomplissement en concours des efforts des héroïnes de Euphonium, les histoires à base de maman malade dans Violet Evergarden, les malentendus dissipés de Liz & l’Oiseau Bleu… Mais j’ai aussi souvent ri ! Les soucis de haricot dans Amagi Brilliant Park, les déboires de Sunohara dans Clannad, les parodies de Ace Attorney dans Suzumiya Haruhi, les combats contre des animaux dans Nichijou, les bastons de pistolet à eau dans Free… Du rire, des larmes, le studio n’est jamais le dernier à m’en fournir.

Mais d’autres sentiments ont été crées devant leurs séries. Hyouka m’a jeté aussi bien dans une mélancolie liée aux événements lycéens que dans une difficile compréhension des souffrances mentales de Oreki, placées en filigrane tout le long de la vingtaine d’épisodes. J’ai été placé dans un état de ravissement et de béatitude en regardant les évolutions de Tamako dans Tamako Love Story, et sa découverte du premier amour. Dans A Silent Voice, j’ai été régulièrement jeté entre le dégout devant l’injustice des situations, l’amusement face aux légers quiproquos adolescents, meurtri par la scène du balcon et ses conséquences.

Puis, encore plus personnellement, oui, Suzumiya Haruhi a été parmi les fondations de « l’otaku » que je suis aujourd’hui. Et depuis mes débuts dans cette communauté, dans ce matage conséquent d’animes, Kyoto Animation m’a toujours accompagné, m’a presque suivi au fil de l’évolution de ma propre vie. K-On et Nichijou ont été là quand j’avais besoin de relaxation et surtout quand j’avais besoin de me changer l’esprit dans des périodes assez noires de ma vie, Sound Euphonium a été là quand j’avais besoin d’un coup de boost au moral quant à ma légitimité à créer, Liz & L’Oiseau Bleu m’a parlé au cœur de situations dans lequel je me reconnaissais, et m’a aidé à franchir le pas sur des décisions que je voulais éviter de prendre… Chaque année, son ou ses KyoAni, marqueurs temporels qui rythment ma chronologie personnelle.

Donc voilà, ça peut paraître con, mais cette attaque je le prends vraiment personnellement, comme si c’est des proches qui avaient été touchés. C’est des créateurs, des artistes, des assistants de productions, des salariés qui ont oeuvrés, travaillés, crées des oeuvres qui m’ont été d’un soutien moral total, qui m’ont apportés de la joie, de la peine, mais aussi qui m’ont permis de nouer des amitiés à débattre et discuter de leurs séries, y compris les débats houleux d’il y’a dix ans que le studio pouvait amener juste via son existence. Aujourd’hui, le poids du studio et son importance sur l’industrie n’est plus à démontrer, ces discours se sont éteints et plus personne ne remet en cause les talents que le studio héberge. Et c’est ces talents qui aujourd’hui ont été attaqués, blessés, tués. Ces talents qui ont été incendiés, asphyxiés. Ces talents qui plus jamais ne nous fourniront le fruit de leurs travaux, le fruit de leurs arts et de leurs créations car ils ne seront tout simplement plus là. Tous irremplaçables.

Des vies qui se terminent abruptement, surtout dans des conditions aussi terribles, aussi cruelles, ça fait mal. Et quand ce sont des créateurs, qui ont dédiés leur vie à nous apporter des émotions, des joies, des peines, des histoires, des personnages, cela est d’autant plus douloureux. Ce sont des gens qui ont toujours oeuvrés, finalement, pour notre bien, qui nous ont aidés, à leur échelle, à surmonter des obstacles dans nos vies.

On se souviendra tous, je pense, de cette matinée. Les prochains jours vont être tout aussi douloureux, quand la liste des victimes commencera à se préciser, quand on quittera notre état de panique pour prendre vraiment conscience de ce qui s’est passé. L’avenir du studio, l’avenir des films et œuvres en cours de production, pour l’instant, c’est presque du détail. J’ai envie d’être optimiste sur ce dernier point et j’ai envie de croire qu’il ne suffise pas d’un seul homme, peu importe ses motivations car finalement on s’en moque, pour mettre fin à un studio qui était devenu plus qu’un studio pour beaucoup d’entre nous.

En cette sombre matinée, donc, courage et pensées pour les familles, pour les amis, pour les collègues des victimes. Pensées également aux survivants, meurtris pour l’éternité. Enfin, respect et pensées profondes pour les victimes. Vous avez dédié votre vie à un art, vous avez fourni beaucoup de sentiments positifs à énormément de gens, vous pouvez être en paix, vous avez fait énormément de choses pour rendre ce monde meilleur. Vous êtes éternellement des grands artistes.

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