Dungeon Meshi – Méchoui & Dragons

Dungeon Meshi – Méchoui & Dragons

En ce début de mois de décembre est paru au Japon le Kono Manga wa Sugoi de cette année, comme toutes les grandes traditions annuelles. Ce classement, crée pour les besoins d’un livre, revient sur les « meilleurs mangas de l’année », en faisant deux grands tops: un destiné au public « masculin » (shonen / seinen) et un autre au public « féminin » (shojo / josei.) Ces tops sont composés par un jury large composé de personnes issues de l’industrie du manga donc aussi bien des journalistes que des auteurs, des éditeurs, etc. La tradition s’est désormais inscrite annuellement et a récompensé beaucoup d’oeuvres au fil des âges: Bakuman, Chihayafuru, Assassination Classroom, l’Attaque des Titans ou bien Mes Petits Plats Faciles ont comme points communs d’avoir été premiers de leurs tops respectifs durant au moins une édition annuelle. C’est intéressant de consulter ce classement car mine de rien il met en avant les séries « qui montent » et ne s’arrête jamais aux gros hits, même si la liste des vainqueurs pourrait laisser croire le contraire.

Cette année, le top 2016 offre donc ses deux premières places à deux séries: Wotaku ni Koi ha Muzukashii du coté « féminin » et Dungeon Meshi du coté « masculin. » A partir de là, la curiosité frappe et je me suis donc dit: ça vaut quoi Dungeon Meshi ? Ca fait un petit moment maintenant que je commence à voir des gens en parler, doucement mais sûrement, donc qu’est-ce que c’est que cette série ? De quoi ça parle ? J’aurais quoi à mon repas de Noël en famille ? Est-ce qu’on va encore me resservir du gateau qui a cassé 30 fois le cycle du froid, comment l’an dernier ?

Autant de questions que je vais tâcher de répondre ici. En tout cas, après 20 chapitres une chose est sûre: Dungeon Meshi, c’est vraiment intéressant.

Extrait de la couverture du tome 2
Extrait de la couverture du tome 2

Ca prend donc place dans un monde d’heroic-fantasy assez classique: des aventuriers descendent les étages d’un donjon, ils rencontrent des monstres, chopent des trésors, bref, c’est Donjons & Dragons all over again. Ou Druaga si vous voulez une référence un peu plus japonaise. Bref, on suit un gang qui se retrouve à faire face à un gros dragon rouge et, pas de bol pour eux, ils se font tous déglinguer surtout l’une d’entre elle, Farin, qui se fait carrément dévorer en sauvant son frère, Laius. Et problème: si tous les membres de l’équipe ont réussis à se téléporter à la sortie sans difficultés, Farin, elle, est restée dans l’estomac du dragon !

Une nouvelle quête s’annonce donc pour nos aventuriers: redescendre le donjon et essayer de sortir Farin de cet estomac reptilien avant qu’elle ne soit complètement et définitivement digérée. Car autant les aventuriers morts dans ce donjon peuvent revivre grâce à des sorts spécifiques, autant ceux qui finissent en excréments… c’est plus compliqué. Sauf que bien évidemment cette team a un problème grave: ils sont pauvres. Contraints de faire d’importantes économies sur les rations de nourriture, ils vont devoir se nourrir directement en mangeant les monstres du donjon et pour ça ils vont rencontrer Senshi, un nain particulièrement expert dans l’art de cuisiner du monstre !

Donc voilà, on est parti avec Laius le gourmand chevalier humain, Marcille la flippée mage elfe, Chilchack le sérieux mi-humain voleur et Senshi le très expérimenté nain expert en gastronomie donjonnière !

Fanart par
Fanart par 裏鳥(清丸)

Le début du manga suit un schéma très simple: chaque chapitre = une « recette. » Sachant que si je met recette entre guillemets c’est parce que, tout simplement, Dungeon Meshi propose à son lecteur des plats… totalement imaginaires ! Le chapitre deux, par exemple, nous explique comment faire la plus délicieuse des tartes… à la plante mangeuse d’hommes:

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Oui, le manga détaille même exactement les apports nutritionnels apportés par cette tarte et encore le diagramme que vous voyez en bas à droite va être de plus en plus précis avec le temps ! Bref, si vous avez de la gélatine de Slime, du sel, du poivre, et les plantes mangeuses d’hommes détaillées plus haut, à vous la joie de faire cette délicieuse tarte riche en vitamines !

Bref, comme je disais chaque chapitre a du coup un schéma bien précis: les aventuriers arrivent dans un nouvel environnement du donjon, rencontrent un nouveau monstre, le battent, et essaient de savoir comment le bouffer, avec succès et recette détaillée à la fin. Schéma simple qui m’a très vite fait émettre des doutes: ça ne va pas être très rapidement répétitif ?

Et bien: non. 

Et bon appétit bien sûr
Et bon appétit bien sûr

Parce que très vite, passé le premier volume, le manga va un peu se recentrer sur son intrigue et de plus en plus se focaliser sur le donjon en lui-même et l’environnement que va traverser l’équipe: le bestiaire, les pièges, les décors, les autres aventuriers quand ça ne parle pas de l’écosystème interne du donjon, avec une chaîne alimentaire que les héros doivent essayer de ne pas trop dégommer en traversant les différents étages. On commence également à développer les personnages par le biais de petits flashbacks ou d’épreuves qu’ils vont devoir parfois traverser seuls. Des monstres vraiment balèzes commencent également à apparaître et vont exiger à nos héros pas mal de temps et de réflexion pour être vaincus.

Evidemment, le manga n’arrête pas ses recettes pour autant et on continue d’être régulièrement affamé par des trucs aussi bizarres que de la mandragore, quand ce n’est pas carrément de la kelpie. Le tout est toujours dit sur un ton très léger, qui sait se stopper quand nos héros commencent à être un peu en difficulté. Après, on ne craint jamais vraiment pour leur vie et ce pour une raison simple: dans ce donjon, la mort n’est pas définitive. Des soigneurs errent dans les étages et utilisent leurs sorts de résurrection pour les aventuriers tombés au combat, sachant que la seule contrainte est que tout cela a un prix. Mais comme nos héros non seulement sont pauvres mais ont en plus une sacrée deadline pour sauver leur amie (difficile de revivre d’une digestion), ils peuvent pas se permettre de mourir, ce qui va tout de même  jouer un rôle primordial et nous empêcher de nous ennuyer en mode « c’est bon, ils risquent rien. »

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Un des attraits du manga est également, du coup, son groupe de héros. Comme vous avez pu le voir plus haut, on a un truc très classique de prime abord, avec un chevalier héroïque mais pas toujours les pieds sur terre, un nain bourrin et riche en expérience, une elfe mage qui se plaint souvent mais veut à tout prix être utile pour son équipe et un voleur assez taciturne mais toujours présent pour sauver les miches de l’équipe le moment venu. La dynamique entre les différents personnages fonctionnent extrêmement bien et on s’attache rapidement à eux, d’autant qu’ils peuvent être très drôles.

Du coup petit kiff perso pour le personnage de Marcille l’elfe: elle est très fière d’elle, très fière de sa connaissance de la théorie et de ses capacités magiques mais est aussi en même assez prompte à se plaindre ou à faire des maladresses, ce qui crée des situations assez cocasses. C’est une des premières à disposer d’un vrai développement et tout le chapitre flashback qui est lié à elle réchauffe pas mal le coeur. Puis c’est aussi elle qui fait les meilleures reaction face, et c’est surtout pour ça que je la kiffe:

Meh

Le style visuel est plutôt pas mal. Vous attendez pas à de la bouffe aussi bien dessinée que dans un Food Wars, parce que le manga joue pas vraiment dans la même catégorie. Le style est plutôt simple, ne vous émerveillera jamais vraiment mais fait super bien le taff niveau découpage et construction des pages. Tout fait sens, tout est lisible, les transitions d’une case à l’autre sont naturelles, les monstres sont pas mal designés, les personnages sont très reconnaissables et les décors se laissent regarder. Le tout semble visuellement faire preuve d’une certaine modestie. 

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Et finalement, modeste c’est le meilleur mot pour désigner Dungeon Meshi. C’est une série qui se la pète pas, qui ne semble pas montrer d’ambitions particulièrement élevées et qui essaie juste d’écrire une histoire simple avec des personnages attachants, un univers bien pensé – mais qui se dévoile détail par détail à rythme très lent – et des recettes toujours plus originales soutenues par un bestiaire classique. Ici pas de fausse complexité, pas d’effets de style, pas de prétention, pas de volonté de révolutionner un genre: on sent un auteur qui fait ce qu’il aime, qui possède une grande imagination et qui se contente de faire le meilleur travail possible. Ça parlera beaucoup aux fans d’heroic fantasy mais même ceux allergiques au genre (comme moi) y trouveront un certain plaisir.

Le manga est publié dans le magazine Harta, qui publie aussi Bride StoriesGisèle Alain ou Immortal Hounds et donc dispose d’un rythme de parution mensuel assez bâtard (y’a que 10 numéros par an)du coup ça avance très lentement et c’est peut-être le seul vrai gros défaut du manga.

Maintenant la vraie question c’est: où est-ce que je risque le plus d’attraper une intoxication alimentaire ? Dans un donjon ou lors du repas de Noël de ma famille ? J’aurais aimé vous dire « donjon » mais…

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Une réaction au sujet de « Dungeon Meshi – Méchoui & Dragons »

  1. Ah non, filer acheter des ingrédients barbares à Opéra pour saloper les recettes de Food Wars, j’ai déjà donné! C’est quoi maintenant? Sortir d’Île de France pour chasser du dragon?

N'hésitez pas à commenter l'article~