Sound! Euphonium et le prix de la passion

J’avoue avoir toujours été un « bon public » envers les œuvres produites par Kyoto Animation: K-On!!, Clannad, Hyouka, Nichijou ou bien La Mélancolie de Suzumiya Haruhi font partie de mes séries préférées, et même des trucs un peu plus mineurs comme Amagi Brilliant Park ou Free m’ont pas mal plu, malgré le fait que, pour le second, j’y aurais sans doute jamais jeté un oeil si ce n’était justement pas du Kyoto Animation. Bon, j’avoue pas non plus être totalement fanboy et être super vener envers la seconde saison de Chuunibyou et montrer un dédain assez manifeste pour Beyond the Boundary. 

Alors, logiquement, j’ai beaucoup aimé Sound! Euphonium l’an dernier et ça ne devrait du coup pas vraiment être une surprise.. Mais j’ai tellement aimé Euphonium que je peux proclamer avec une certaine assurance que c’est sans nul doute ma série préférée de l’histoire du studio, un poil devant – ou un poil derrière – la seconde saison de K-On!!Oui je sais, dit comme ça, vous allez sans doute être beaucoup à lever le sourcil et à vous dire qu’est-ce que je raconte mais, eh, je l’ai dit mille fois et je change pas d’opinion: la seconde saison de K-On elle est VRAIMENT excellente, là ou la première est plutôt poussive et, si elle a des trucs sympatoches, n’est pas si mémorable que ça. Au pire, dites vous que derrière je met Hyouka et Clannad. 

Mais du coup quand Sound! Euphonium avait été initialement annoncé, il y’a eu finalement peu de personnes convaincues par le projet. Le roman de base était inconnu chez nous et revoir Kyoto Animation sur une série musicale située dans un lycée faisait également penser très très fort à K-On, dont la série allait en plus partager la même réalisatrice, la très discrète Naoko Yamada (à qui on doit également Tamako Market et qui va s’occuper du film A Silent Voice à la fin de l’année, ce qui explique pourquoi je suis méga à fond sur le projet.) Du coup bon, on était pas forcément ultra curieux, même si les premiers visuels étaient très très jolis. Mais bon, c’est Kyoto Animation, n’y est t-on pas habitué ?

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Mais le premier key visual rappelait l’amour de la réalisatrice pour les jambes

Et la surprise aura été grande car au final la série m’aura foutue une vraie claque. Mais si je l’ai adoré c’est pas uniquement pour ses personnages attachants, sa qualité visuelle époustouflante, son soin extrême apporté aux détails ou son usage parfait de la musique mais aussi parce que personnellement il m’a beaucoup touché via sa thématique principale et la question que la série pose: à quel point s’impliquer pour une passion ? Comment se donner les armes pour réussir dans ce qui est à la base un simple hobby ? Comment évolue t-on de « je fais ça pour m’amuser » à « je fais ça pour réussir » ?

C’est un thème assez intéressant, qui m’a rappelé mon adolescence, et du coup allez, discutons en ensemble: être adolescent lycéen, avoir une passion qu’on a envie de transcender, comment ça se vit, concrètement ? .

On va discuter de l’ensemble de la première saison. Il n’y a pas forcément énormément de choses à spoiler dans Euphonium mais, évidemment, y’en a quand même et si vous n’avez pas vu la série, il se peut que cet article vous largue. Alors allez voir la série, c’est gratuit sur Crunchyroll ! 

Note secondaire: j’ai ouvert un Facebook pour Néant Vert et – plus largement – toutes mes prods (podcasts, articles, collab, etc.) Hésitez pas à y jeter un oeil et à aimer ça si vous souhaitez suivre au quotidien ce que je fais ! 

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En plus les personnages y font plein de têtes débiles

Ok, résumons donc l’intrigue principale de cette première saison: l’héroïne, Kumiko, rejoint un peu sans trop de passions le club de fanfare de son lycée, reprend l’Euphonium qu’elle utilisait à l’époque du club de fanfare de son collège. Elle retrouve d’ailleurs dans ce club Reina, une élève de son âge qui faisait également partie du club de fanfare de son collège en tant que trompettiste et que, c’est pas de bol, elle se souvient avoir mise en colère à l’époque. Du coup elle stresse un peu.

Le club de fanfare est dirigée par une présidente un peu mis là par défaut pour son côté consensuel et récupère un nouveau professeur – Taki – en tant que responsable qui, lui, a la fanfare dans la peau et constate que le niveau de cette fanfare est loin d’être au top. On va alors découvrir le passé du club, qui a été composé de multiples dramas, et de nouveaux qui refusaient de trop s’impliquer dans ce qu’ils considéraient être un simple hobby, à la grande frustration des anciens qui voulaient faire du bon taff.

Malgré tout ça, le club se donne pour ambition celui de récolter des trophées, à commencer par la qualification aux concours nationaux, mais le niveau n’est vraiment pas au rendez-vous et, si cette presque soixantaine d’élèves veulent réellement des trophées, ils vont devoir commencer à sérieusement bosser. Ce qui va créer d’autres tensions, pas aidé par un professeur qui peut être plutôt sec dans ses remarques et par Reina, qui se révèle non seulement une trompettiste très douée, mais très exigeante et très ambitieuse, qui va créer quelques accrocs avec d’autres camarades de son club.

Heureusement, le club va trouver la motivation, le niveau va s’élever – au prix du sacrifice des élèves les moins doués, qui vont être mis sur les bas côtés et ne pas participer à la grande performance finale – et la première saison va se conclure sur une prestation magistrale qui va qualifier le groupe au concours national. Maintenant on attends la saison deux.

Ici des gens qui attendent la saison 2
Ici des gens qui attendent la saison 2

J’ai évidemment été très en diagonale mais maintenant qu’on a bien résumé cette première saison, on va pouvoir en parler sereinement. Du coup on aurait pu croire qu’on allait avoir une série sur une fanfare de 50 meufs et 10 mecs moe qui allaient faire des trucs mignons en parlant de trucs mignons mais c’était oublié qu’entre K-On et Euphonium y’avait Hyouka qui était sorti et qui, déjà à l’époque, traitait pas mal de la vie au lycée sur un ton mille fois différent. Au final y’a pas trop de moe, y’a de la comédie mais c’est pas le sujet principal et on passe trois quarts de la saison à se poser la question: et si c’est pas ce que le Japon a produit le plus proche du film Whiplash ? On en vient même à se demander quand est-ce que le prof – qui ressemble méchamment à Ben Whishaw – va lancer une chaise à la gueule d’une élève à cause d’une mauvaise note. Même si au final il reste gentil. Il est juste parfois très honnête. Ce qui au Japon doit être la quintessence de l’ultraviolence, je sais pas, je tente les stéréotypes.

Un des principaux atouts de la série, à mon sens, ça reste le personnage de Kumiko. C’est un personnage souvent décrit comme « manquant de charisme » mais qui en fait est vraiment pleine de petites qualités et remplit parfaitement son rôle de main character, entre autres grâce à une excellente évolution. Elle débute comme une lycéenne vraiment indécise, motivée par rien, qui veut « changer » mais se retrouve à refaire les mêmes choses qu’au collège. La fanfare elle le fait un peu par automatisme, un peu parce qu’elle suit les copines, et c’est un choix par défaut. Elle veut changer d’instrument mais, encore une fois, est incapable de faire autre chose que ce qu’elle faisait déjà avant, c’est à dire de l’Euphonium. C’est un personnage qui n’est que très rarement acteur, toujours en retrait quand les situations s’enveniment mais qui sait observer et réfléchir, quitte à toujours douter.

Et pour le coup c’est vraiment sa relation avec Reina qui va la transformer. C’est en se rendant compte de la passion de Reina pour la fanfare, des efforts que celle-ci fait avec sa trompette et de ses exigences poussées que, au départ assez effrayée, elle finit par se demander comment attirer son attention. Et attirer l’attention de Reina elle va le faire en se dévouant à son instrument et en essayant de corriger ce qui s’était mal passé au collège: essayer de faire vraiment de son mieux et tâcher de ne pas se contenter de « l’or de consolation. »

C’est là que l’interprétation change selon la personne: ces changements, Kumiko le fait-elle par passion, par volonté de reconnaissance ou par amour envers Reina ? Car tous les détails semblent trahir des sentiments amoureux adolescents qu’on a un peu tous connus: mal à l’aise devant elle, toujours à la recherche de son regard, prête à la mettre en avant dans ses priorités (quand elle part seule avec elle faire de la musique en haut d’une colline au lieu de profiter, comme toutes ses copines, du festival traditionnel.) Il y’a une relation très particulière entre ses deux jeunes filles, qui s’écrit comme une histoire d’amour sans jamais vraiment se confirmer. Et en soit, que ça soit confirmé ou non, on s’en fiche: la relation entre ces deux personnages est suffisamment particulière et fusionnelle pour être mémorable, shojo ai ou non.

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Et au final, de personnage indécis et démotivé au premier épisode, Kumiko se transforme en fille passionnée, investie dans sa passion et son club, et qui trouve en Reina un modèle et une amitié qui lui permet de se sentir vivante et décomplexée.

Bien joué !

(Petite parenthèse rapide: comme à chaque fois qu’ils adaptent quelque chose, KyoAni respecte le support de base de manière très… libre. Beaucoup de choses ajoutées ou modifiées. Donc le fait que Kumiko et le mec random sortent ensemble dans le bouquin est pas spécialement très pertinent, surtout quand on voit la série et qu’on constate que 1/ Kumiko passe son temps à lui foutre des vents 2/ Il développe une relation assez mignonne avec la copine à Kumiko, Hazuki. Surtout dans l’OAV.)

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On a dans la série un autre exemple d’admiration, cette fois entre Yuuko « Ribbon-chan » et le personnage de Kaori. C’est intéressant de faire le parallèle entre les deux duos, surtout pour constater les différences (Kumiko et Reina, avec leur admiration mutuelle, se tirent vers le haut et progressent ensemble, alors que Yuuko va en tirer pas mal de sentiments négatifs, qui ne vont clairement pas aider Kaori)

Maintenant plus concrètement: est-ce si irréaliste de voir un club qui se touche un peu soudainement devenir bon grâce à l’arrivée d’un prof super sérieux ?

Voici l’instant histoire personnelle. Accrochez-vous, vous allez comprendre pourquoi je kiffe autant cette série.

Donc on remonte onze ans en arrière, on est dans mon année scolaire 2004/2005. Je suis dans ma première seconde et le lycée que j’avais rejoint proposais une option Théâtre. Option légère. Donc 3h par semaine dans l’emploi du temps et un coefficient plutôt bas pour une note trimestrielle gentiment ignoré en conseil de classe. Si j’ai choisi de faire du théâtre c’était avant tout parce que lors de la visite de l’établissement on avait visité le soul sol qui servait de salle de classe de théâtre et ils étaient en pleine répétition. En plus la prof m’avait promis un « chapeau rigolo » parce que j’étais jeune et j’aimais bien poser des questions débiles. Bref, je l’ai fait surtout parce que pour moi c’était l’opportunité de porter des déguisements et de m’amuser.

En vrai si ma prof avait promis un chapeau rigolo, il faut comprendre aussi que c’était une dame très passionnée par le théâtre. C’était un peu une good cop: très gentille, très à ton écoute, qui avait eu une vie assez ouf mais qui par contre était très très sérieuse sur le goût du travail bien fait. On était donc une belle bande d’adolescents de 15/16 ans qui étions là parce que ça avait l’air fun de porter des costumes et elle comptait bien faire de nous des apprentis acteurs qui allaient sortir de là en prenant le théâtre au sérieux.

Dit comme ça ça paraît pas fun. Et c’est vrai que au début ça pouvait nous paraître bizarre: on s’attendait à des rires et de la déconne puis, en fait, on a découvert que le théâtre c’était pas que ça. C’était quand même pas mal d’amusement mais entre deux rires c’était aussi des exercices contraignants, des critiques qu’il fallait apprendre à encaisser et, surtout,  apprendre à y dédier beaucoup de temps. Genre passer des week-end et des soirées entières au lycée pour répéter quand la date de la représentation finale se rapproche. Je me souviens par exemple d’une semaine de mai ou j’ai passé près de cinquante heures au lycée, entre mes cours normaux et toutes les répétitions finales de théâtre qui bouffaient mardi soir, mercredi après-midi, jours fériés et les deux jours de week-end. C’était ouf. 

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Mais du coup: la note était négligeable sur notre bulletin, elle valait que dalle à notre Bac et le public de notre représentation ça allait être nos proches, donc des gens qui allaient applaudir à la fin même si on faisait de la merde. On préparait pas le festival d’Avignon, on faisait juste la pièce de fin d’année dans le sous-sol d’un lycée d’Herouville Saint-Clair dans une salle à la capacité folle de, allez, cent personnes grand max. Alors vous vous demandez peut-être: pourquoi on se cassait autant le cul ?

Parce que la prof nous forçait ? Pas vraiment… On aurait pu mille fois refuser d’autant s’investir et, de toute façon, elle nous obligeait pas à venir !

Non c’est vraiment simple: parce que, comme elle ou grâce à elle, on a commencé à vraiment vouloir fournir un travail bien fait. On a très vite assimilé cette idée selon laquelle que, quitte à proposer quelque chose, autant bien le faire, autant proposer un truc dont on allait être fier. C’est là que l’esprit de groupe a aussi fait des merveilles: comme la fanfare, une pièce de théâtre c’est quelque chose de commun. Même si tu as un tout petit rôle, si t’es pas là, on peut pas répéter les scènes ou t’es absent. Dès que la majorité du groupe a commencé à développer un état d’esprit « travailleur », le reste a commencé à suivre. C’est simple.

S'entraîner à en saigner
S’entraîner à en saigner

Alors après on restait des adolescents: y’avait des moments où ça nous saoulait, des moments où on voyait pas où ça allait mener, ou les esprits s’échauffent, se démoralisent. La seconde année où j’y étais, les blocages de lycée ont même fait qu’on a du annuler la pièce de fin d’année parce qu’on savait que ça allait être faiblard niveau représentation, vu qu’on a jamais pu vraiment répéter pendant toute la période de février à avril. On a clairement sacrifié LE moment de l’année (faire l’acteur devant la famille et ceux qu’on aime) parce qu’on avait peur de pas être au niveau. En même temps ça a tué toute notre motivation pour le reste de l’année, c’est certain.

Mais en plus de notre prof on a eu des intervenants, l’un d’entre eux, venant chaque semaine pendant, allez, trois/quatre mois, était même un putain de metteur en scène de théâtre contemporain. Qui avait produit pas mal de pièces au sein de la scène caennaise, dont une bien absurde qui est même le stéréotype de ce que vous imaginez en terme de théâtre contemporain totalement wtf (je me souviens de mixers, de mecs qui dansent à poil, bref, du théâtre contemporain dans sa forme pas forcément la plus subtile) Et là le choc des cultures il a été encore plus grand parce que autant ma prof elle était good cop, comme je disais, autant lui il était violemment bad cop. Il nous donnait un avant gout de ce qu’il exigeait de ses acteurs et pour nous c’était pas forcément simple à gérer. Si ma prof était Taki-sensei, lui il était ultra méga Taki-sensei. C’était une expérience ultra enrichissante, qui a vraiment fait gonfler nos compétences à vitesse grand V,  mais dire que c’était agréable, eeeeh… Certains en ont pleurés, quoi. Omelettes, casser des oeufs, tout ça.

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Tout cet épisode beaucoup plus sombre au milieu de la série est assez oppressant …

Bref TL;DR – ce club de fanfare ça m’a totalement rappelé les cours de théâtre parce que c’est exactement pareil, concours régionaux en moins.

Du coup quand dans la série je vois les élèves faire des répétitions tous les jours, se lever à 6h pour aller passer un dimanche à travailler leurs partitions, eh, c’était droit dans mes émotions. Parce que j’ai connu ça quand moi aussi j’étais au lycée. Quand ils se battent pour savoir qui aura le droit d’être dans le fanfare ? On avait la même tension au moment de l’attribution des rôles. Quand on accuse le premier rôle d’avoir eu son premier rôle parce qu’il est  plus pote que les autres avec la prof, en nonobstant son talent… bah c’est pareil que quand la fille aux rubans pète un câble sur Reina dans l’épisode 11 !

C’est vraiment important pour moi tout ça parce que des histoires de clubs culturels dans les lycées ça fait une décennie qu’on en voit des tonnes dans l’animation japonaise. Mais y’en a aucun qui arrivait vraiment à me faire ressentir ce que j’ai pu ressentir à l’époque du théâtre au Lycée. C’est souvent juste l’occasion de mettre max 5/6 personnages dans la même pièce et de leur faire faire des trucs comiques.

En soit Euphonium est même clairement l’anti K-On: J’adore vraiment K-On mais Afterschool Tea Time qui te tape un truc cool comme Fuwa Fuwa Time alors qu’elles ont jamais vraiment super répétées, c’est pas forcément très intéressant. On sent pas forcément les larmes, la sueur, l’effort et ça contribue toujours plus à donner cette illusion que l’art c’est « facile. » Dans Euphonium la vie des héroïnes,  finalement, est très secondaire. Ici l’objectif c’est vraiment l’évolution de cette fanfare et quels sacrifices ils doivent faire pour obtenir le Graal. Le concert du dernier épisode sert ici vraiment de point final, et le fait de manière magistrale: non seulement il est superbement mis en scène, visuellement incroyable, diffusé en totalité mais il est une véritable récompense. On a souffert avec ces personnages, on a connu leurs doutes, on les a vu s’interroger, du coup on partage avec eux les résultats de ces efforts, résultats qui sont incroyables.

C’est pas mal.

C’est une bonne fin, une bonne morale.

C’est ça qu’on veut.

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Puis même les périodes de « tensions » dans le club ça reste bien fait. Les doutes de la présidente, l’irresponsabilité de sa vice qui aime bien faire le show mais est incapable d’aider qui que ce soit, le sentiment de jalousie de certaines élèves envers Reina, les premières rumeurs bien nulles, les élèves qui se barrent, ceux qui restent sur la route à cause de leur niveau en déça. Ça reste très gentil, y’a pas de vraies coups de putes à l’ancienne, à la fin tout le monde est ami à vie une fois l’orage passé mais c’est pas spécialement décevant en soit: on leur veut le meilleur à ce groupe !

C’est ça qui est vraiment très bien fait avec Euphonium: y’a, genre, une soixantaine d’élèves, beaucoup dont on ignore le nom, mais y’a un vrai sens du détail dans leurs visages, leurs comportements et, au final, on commence à les reconnaître et à s’y attacher, alors que beaucoup resteront pour nous à jamais des anonymes… Y’a vraiment la volonté de mettre en avant ce groupe entier dont, au final, Kumiko et ses amies ne sont que des membres, qui ne créent pas forcément à elles seules des miracles: ce n’est ni Kumiko ni Reina qui sont responsables de la remontée du groupe, c’est ce groupe tout entier, qui, sur l’impulsion de leur professeur, commence à reprendre des couleurs et à retrouver son élan, parvenant à enfin utiliser comme il le faut les talents qui le compose.

J’ai dit beaucoup de bien de Kumiko & Reina mais même les personnages secondaires sont extrêmement intéressants: Asuka est extrêmement charismatique mais montre à de rares moments le visage qu’elle cache derrière son masque délirant et c’est intriguant ; Natsuki la démotivée commence comme une fille froide et vaguement antipathique, et termine comme une fille qui a su retrouver la passion qu’elle avait longtemps perdu ; On a même avec Sapphire le vrai comic relief nécessaire après certaines scènes. Même des personnages encore plus secondaires comme le couple adorable de la section des Euphoniums nous marquent d’une manière ou d’une autre (mais surtout l’adorable couple adorable parce qu’il est tellement adorable dans son adorabilité <333.)

En bref, c’est un groupe large mais extrêmement vivant. Qu’on apprend à connaître pas à pas. Une réussite, là aussi, qui n’allait pas forcément de soi: on aurait très bien pu se concentrer uniquement sur une poignée d’élèves sans jamais développer / montrer le reste. Mais non, le studio a encore une fois tenu à les détailler et à les mettre, à leur échelle, en valeur !

Enfin, tant qu’on est sur le sens du détail: il faut vraiment mettre en avant la qualité globale de la réalisation et de la technique. L’équipe était sous la direction de Naoko Yamada qui confirme ici, une fois de plus, son amour du détail et sa capacité à raconter des choses de la manière la plus simple qu’il soit: des belles images.

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Résumer Euphonium à un « beau visuel » serait néanmoins criminel mais c’est une de ses qualités les plus évidentes et les plus simples à appréhender. Quand chaque instrument est animé et dessiné avec précision, c’est un luxe auquel on s’habitude très vite, au point qu’un show de cette saison comme Haruchika, qui possède la même thématique, nous paraît bien pâle en comparaison. Et pourtant c’est PA Works derrière, qui est pas réputé pour son pauvre boulot visuel !

Mais encore une fois, ça nous paraît évident parce que c’est de Kyoto Animation dont on parle et qu’on est habitué à voir Kyoto Animation faire exploser les prouesses techniques depuis maintenant des années. Mais non il faut vraiment faire un tonnerre d’applaudissements au boulot fait sur cette série parce que c’est juste dingue. Cette scène ou Kumiko court, là ? Je veux dire, vous êtes putain de sérieux ? Vous sortez ça dans une simple série téléviséeSérieusement ? C’EST MÊME PAS LA VERSION DÉFINITIVE DU BLU RAY PUTAIN.

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Le film ne sera qu’un simple remontage de la série mais, évidemment, la seconde saison me rend fou. J’étais initialement convaincu que Euphonium était parti pour faire 24 épisodes mais je me suis rendu compte très tardivement (10e ou 11e épisode) que ça allait n’en durer que treize. Du coup, comprenez ma déception. Là pour le coup de quoi la série va pouvoir parler par la suite ? Le tournoi national ? Le groupe peut-il aller encore plus loin ? On nous a teasé des désaccords entre la présidente et sa vice-présidente, est-ce que ça va exploser ? Qu’est-ce que Reina et Kumiko peuvent encore apprendre l’une de l’autre ? Hazuki et Natsuki accéderont t-elles à l’orchestre ? A l’inverse, un membre important du casting va t-il voir son niveau chuter au point d’être tej ?

Je ne sais pas. Cette première saison se suffit presque à elle-même (elle mériterait simplement un meilleur épilogue) mais si les scénaristes et les réalisateurs (Yamada étant sur A Silent Voice, je me demande si elle va collaborer à ce Euphonium 2) gardent le même élan, il y’a moyen d’avoir quelque chose d’encore plus grand et encore plus fort. Quand Kyoto Animation est vraiment en très grande forme, ils peuvent vraiment faire exploser les émotions, et à ce titre il est légitime d’en attendre encore plus de cette suite.

Allez, vas-y KyoAni, on a grave confiance en toi.

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Fun fact: si y’a aussi peu de garçons dans la fanfare c’est parce que, au Japon, les clubs de fanfare sont de toute façon composé à 90% de filles en règle générale. C’est donc pas par ambition moe que le club est aussi féminin, mais surtout par réalisme. Eh oui, les clubs de fanfares japonaises, c’est un peu comme nos Terminale L.
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5 réflexions au sujet de « Sound! Euphonium et le prix de la passion »

  1. Intéressant d’avoir ton point de vue : c’est évident que tu as énormément apprécié Sound Euphonium grâce à ton expérience personnelle et à la nostalgie qu’il t’a inspirée. Mais qu’en serait-il si cela n’avait pas été le cas ?
    J’ai passé un très bon moment, les relations entre les membres sont plaisantes, l’histoire évolue de manière sympathique, etc.
    Mais de là à en faire l’anime de l’année / KyoAni, c’est un peu too much à mon goût.
    Bon par contre la réalisation, le graphisme, l’animation sont bien sûr au top.

  2. Tiens, ça change de lire qu’Asuka n’est pas juste « so cool, best girl, why is she so perfect, blah blah blah » mais aussi une grosse irresponsable qui a beau jeu d’amuser la galerie mais n’aide personne.

    @Skymil : Avoir une relation personnelle avec cet anime ne me semble pas nécessaire. Je n’ai pas d’expérience comparable à Amo, mais ça ne m’a pas empêcher d’en profiter.
    La qualité critique d’un anime en feuilleton est de réussir à garder une tension qui fait revenir chaque semaine. Le sujet peut être n’importe quoi tant que cette condition est remplie. Tout le monde n’y arrive pas et celui-ci l’a fait magistralement.

  3. J’ai beaucoup aimé cet anime aussi. Par contre, je ne crois que le problème de Reine soit que les autres en soient jalouses. Bien souvent, les clubs scolaire japonais impliquant de la compétition nous sont présentés comme basés sur un système social bien établi : les élèves de première année se cantonnent aux tâches subalternes (ranger les chaises) tandis que ce ne sont vraiment que leurs ainées qui sont amenés à prendre part aux tournois. Les premières années endurent les exigences de leur sempai sur la seule promesse qu’ensuite, ce sont eux qui mèneront la danse. Mais c’est généralement au début d’une série qu’apparait un petit nouveau hyper doué qui va chambouler la hiérarchie, refuser de s’écraser, et prendre la place d’un ainé qui comptait plus sur son ancienneté que sur son talent ; ce qui, du point de vue de ce-dernier, signifiera uniquement qu’il a enduré tout ça pour des prunes. Pour moi, c’est exactement ce qui arrive à Reina : le problème n’est pas de savoir si Reina est plus ou moins douée, mais uniquement son ancienneté et sa place dans le groupe. A ce titre, elle ne devrait pas interpréter le solo. Sauf que non seulement Taki-sensei mise plus sur les compétences que sur les privilèges, mais Reina a bien trop d’égo pour se mettre en retrait et laisser sa sempai prendre la place qui devrait lui revenir. Les autres élèves lui en veulent parce que, pour elles, ce n’est pas juste : l’ancienneté devrait prévaloir (quitte à échouer au tournoi), et Reina aurait dû le comprendre d’elle-même et ne pas chercher à prendre sa place.

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