
From Bureaucrat to Villainess – More Mr.Nice Guy
La saison d’hiver s’est donc conclue la semaine dernière et j’en garderais pas mal de bons petits souvenirs: c’était une saison qui s’annonçait initialement comme plutôt tranquille et ça s’est confirmé, mais elle n’a pas été dénuée de plaisirs hebdomadaires: que ce soit les dramas explosifs de Ave Mujica, le golf passionné de Sorairo Utility, les émotions de Medalist, la très chouette seconde moitié de Zenshu ou bien l’humour outrancier des 100 petites amies, j’ai eu pas mal de satisfactions. Dont certaines que je développerais peut-être dans d’autres billets, qui sait ? Mais en attendant, là je voulais juste me focaliser le temps de quelques mots sur une série qui n’est peut-être pas dans mon top 5 hivernal mais que j’ai quand même bien apprécié et sur lequel j’ai des ptites choses à dire – en l’occurrence From Bureaucrat to Villainess !

Adaptation d’un manga, From Bureaucrat to Villainess ne fait pas dans la dentelle dès son pitch, voyant un salaryman de cinquante ans, Kenzaburo, se faire bouler par un camion. Ouch ! Il l’a fait pour sauver un enfant, ce qui est cool, mais pour sa peine voilà que son corps est désormais dans le coma. Son âme, elle ? Bah la voilà à désormais occuper le corps de Grace Auvergne, aristocrate grande héritière à la réputation affreuse, qui se prépare à une rentrée scolaire au sein d’un très grand établissement de magie – et notre héros se rend très vite compte que rien de tout ça ne lui est inconnu puisque cela correspond aux personnages et à l’univers de l’otome game favori de sa fille ! Et que Grace Auvergne en est… la méchante ! Essayant au départ de pas faire en sorte que le scénario du jeu soit trop chamboulé, il va donc essayer tant bien que mal de jouer la vilaine sauf que y’a un seul souci: c’est un gars super gentil de base, donc c’est pas forcément évident, et ce plan de faire le mal se déroule très vite… bah mal justement. Mais du coup deux négatifs ça s’annule et au final tout se passe bien parce que la nouvelle Grace va vite devenir amie avec tout le monde ! Houra ! Mission échouée avec succès !
C’est une série avec un pitch qui aurait paru très original il y’a dix ans et semble aujourd’hui juste surfer sur cette tendance des villainess, qui implique très souvent, et de manière très spécifique, des réincarnations dans un otome game magique et médiéval fantastique à la Angélique. On en a désormais presque un par saison, sur l’élan du succès de My Next Life as a Villainess. Le twist étant ici que non seulement c’est un homme qui s’est réincarné en vilaine, mais un homme de cinquante balais. Donc à priori pas le type le mieux adapté à cette situation, avec beaucoup d’humour de décalage à prévoir. Et c’est effectivement ce que la série propose majoritairement durant ses premiers épisodes !

Pourquoi j’ai commencé cette série à la base ? Bon déjà parce que si possible j’aime bien essayer d’avoir un isekai / truc de fantasy à chaque saison – j’ai beau vraiment être saoulé par la masse informe et assez impersonnelle d’œuvres du genre qui sortent chaque saison, ça reste souvent une source de détente qui marche bien quand tu veux juste un animé pour le RER ou la pause déjeuner. Puis bon y’a la règle du chiffre: avec dix ou quinze animés chaque saison, les probabilités pour que y’en aie au moins un dans le lot qui soit au minimum sympa sont quand même présentes, et ça m’ennuierais de pas passer un bon moment devant un anime sympa !
Mais là pour cette saison d’hiver, le choix était pas folichon: beaucoup de merdasses tièdes, duquel ne semblait vraiment se distinguer que The Red Ranger (un isekai avec des sentais et une sorcière à gros seins ? Ok vous avez mon interêt.) et ce From Bureaucrat to Villainess. Atout pour lui: les trailers étaient très chouettes, montrant pas mal de dynamisme et de plans rigolos qui ont tout de suite attirés une vaillante sympathie de ma part à son égard.

Maintenant, seule crainte, comme d’habitude: ok le pitch est rigolo mais est-il capable de tenir sur la longueur, dans un genre qui a l’habitude de poser des concepts très pointus avant de pas savoir quoi en faire après seulement deux épisodes ? Et bah là aussi les trailers étaient rassurants parce qu’ils dévoilaient rapidement une partie du pitch qui, d’emblée, rassure et donne le sentiment que ça va ptet pas rapidement tourner en rond: la révélation que, très vite, la femme et la fille du héros (dans sa vraie vie véritable) sont spectatrices, sur la télé familiale, de ses aventures en tant que vilaine. Du coup elles vont souvent commenter ses actions, avec beaucoup d’humour, et parfois même pouvoir « intervenir » sur l’intrigue via des choix multiples ou une interface qui va soudainement apparaître à l’écran. Et rien que cette idée, qui pousse l’intrigue et les événements sur deux niveaux de réalité, est suffisamment chouette pour valoir l’intérêt.

Et au final ça a été effectivement une série fort sympa ! Pas le genre de comédie que je serais capable de me binger, mais à un rythme hebdomadaire ça a été un bon rendez-vous du vendredi matin pour m’accompagner durant mes trajets du matin. La série sait trouver le bon rythme et les gags parviennent à ne pas trop être similaires, bien aidé par une réalisation qui met l’accent sur la couleur, les expressions rigolotes et une petite forme de dynamisme, parfois soutenu par quelques jolis segments animés avec vie. C’est une de ces séries qui a clairement bénéficié d’un petit peu d’amour de la part d’une partie de son staff et, comment dire ? Ça se ressent un peu.
En léger bémol, les personnages secondaires ne sont pas forcément fantastiques: vraiment très simples, un peu limités à leurs clichés et leurs archétypes, mais tout cela semble raccord avec l’univers de la série – vu que ça se déroule justement dans un visual novel qui se veut être cliché et archétypal. Puis bon c’est pas tous les jours qu’on croise un personnage nommé Lambert Balance, ce qui est cocasse ! Littéralement une balance le gars ! Fallait pas être son voisin pendant la guerre ! Faudra pas être son voisin d’ici cinq ans ! Qu’est-ce qu’on rigole !

Mais par contre les deux personnages principaux – donc Grace/Kenzaburo et Anna, l’héroïne de l’otome game – marchent quand même beaucoup mieux et sont clairement au centre de l’écriture. Les deux ont une bonne dynamique entre elles, et autant Grace est rigolote avec le décalage qu’elle dégage de base, autant Anna est une bonne surprise, montrant de très nombreuses facettes au fur et à mesure des épisodes, permettant aux gags de souvent se renouveler. La série essaie même de nous créer quelques scènes un peu yuri-esque de ci de là, mais est-ce vraiment du yuri dans le cas présent ? Du yuri hétéro ? Mon cerveau se tord et se perd dans ce genre de réflexions.

En fait je pense surtout que si j’ai bien aimé From Bureaucrat to Villainess c’est parce qu’il m’a amené un truc qui, je trouve, manque quand même beaucoup aux oeuvres de ce genre: un protagoniste masculin vraiment sympa. Je dis pas ici « sympa » comme un adjectif désignant la qualité – non non il est littéralement sympa. Un bon gars. Il génère zéro degré d’antipathie durant la série, presque un miracle. Parce que ok, un protagoniste « adulte » c’est pas la première fois qu’on nous fait le coup mais au final on se retrouve souvent avec des trentenaires / quarantenaires qui se distinguent malgré tout pas trop des héros adolescents d’isekai. Parfois immatures, parfois embourbés dans des clichés typiques comme les harems d’adolescentes à leurs pieds ou les exclamations exagérées typiques d’une jeunesse inexpérimentée… bah malgré l’annonce initiale on a souvent que très peu le sentiment d’avoir vraiment des adultes.
C’est pour ça par exemple que je garde de bons souvenirs de séries comme La Valkyrie aux Cheveux de Jais (où le protagoniste adulte était effectivement adulte) ou même The World’s Finest Assassin (où le protagoniste a cinquante balais avant d’être réincarné… et se conduit comme un mec de cinquante balais pendant toute la série) qui avaient le mérite d’avoir du coup des protagonistes qui échappent aux ados émos et sous-Kirito un peu traditionnels.

Et j’aime beaucoup Kenzaburo parce que, pour la faire simple, il a un cliché assez bienvenu et mine de rien pas si représenté que ça dans la japanime: le vrai bon père de famille. Le boomer cool. Super sympa, super poli, voyant toujours le positif chez les gens malgré cinquante-cinq ans d’expérience de la vie, il offre même un modèle extrêmement positif pour les otakus. Ici pas d’auto-dépréciation en mode « non mais nous les otakus on est cringe et on est condamné à être seul dans notre gêne », loin de là: Kenzaburo est un méga otaku, qui a rencontré sa femme grâce à ses passions, et très encourageant envers les propres passions de sa fille.
En règle générale, même si c’est pas développé dans beaucoup de scènes, j’adore la relation qu’il a avec elle, où avant son coma il montre des intérêts sincères envers l’otome game qu’elle adore jouer, sans moqueries, ni mépris – il est juste heureux de voir que sa fille kiffe un truc, et il veut mieux comprendre ce qu’elle aime. Y’a zéro cynisme et zéro négativité chez ce gars, et c’est rafraîchissant quand on traite de ce genre de sujet. On peut être adulte et passionné, tout en étant professionnel et un bon père – j’aimerais à 55 ans être comme Kenzaburo ! La calvitie en moins, mais ça peut-on y échapper…

En vrai tout ça peut paraître assez gentil mais c’est vrai que c’est un profil qui me parle beaucoup en ce moment et qui me fait du bien – j’ai beau rester très passionné par la popculture japonaise, j’ai toujours ces moments de doute où je me dis que j’ai maintenant 36 ans et que c’est peut-être plus trop « de mon âge. » Que les communautés se rajeunissent et que ça va pas aller en s’améliorant, et que je n’y ai peut-être simplement plus ma place. Mais de l’autre côté je veux pas effacer cette passion d’une parce que c’est clairement le principal moteur de mon actuel bien-être et de deux parce que je crois sincèrement que y’a pas « d’adulte idéal », et que c’est peut-être même plutôt cool d’être encore passionné par des trucs – fut-ils assez mineurs – à cet âge-là. Et surtout que ça ne m’empêche pas d’avoir une carrière pro dont je suis très content ! Bon une vie de famille c’est un autre sujet, et y’a d’autres barrières, mais… du coup je suis content de voir un anime enfin me proposer un vrai personnage adulte et otaku qui soit vraiment « positif », loin du cliché de l’obèse qui pue, du quarantenaire gatekeeper ou du gars condamné à finir seul chez ses parents à boire de la Strong Zero en se branlant sur du lolicon. On peut aussi être passionné et quelqu’un de très bien, merci Kenzaburo d’être là…
(Puis en plus il nous évite les clichés un peu nul des récits à base de changement de corps – pas de moments où il se réveille dans le corps d’une fille et fait « omg j’ai des lolos je suis trop gêné 😳😳 », non c’est rapidement un non-sujet pour lui parce que c’est tout simplement pas un puceau de 15 ans.)

Donc au final, mettez moi un personnage principal un peu inspirant, qui porte des valeurs réellement positives et avec lesquelles je m’identifie, et ça me suffira pour que je vous dise que From Bureaucrat to Villainess est un des isekais les plus sympas que j’ai pu voir ces trois ou quatre dernières années. Aussi beaucoup de bien à dire du générique de fin assez délirant, reprenant un hit de soirée japonaise délicieusement beauf, ainsi que de l’opening, réalisé par l’excellent Kei Oikawa (réal de Hinamatsuri ou des trois premières saisons de Uma Musume.) La traduction d’ADN est aussi très chouette. Bon évidemment le bémol c’est que la série se conclut sans vraiment se conclure, le reste du manga étant toujours en cours de parution, et l’assurance d’avoir une suite est vraiment vraiment pas élevée au sein de ce genre. Manga qui sort d’ailleurs en France donc ptet que j’irais lire un peu tout ça !
Ah car oui ça adapte un manga et pas un webnovel – je serais méchant je dirais que ça explique aussi pourquoi c’est pas trop mal écrit mais là ça serait une critique un peu gratuite et un peu méchante, et est-ce que Kenzaburo approuverait ça ? Je pense pas. Est-ce que j’ai envie de décevoir Kenzaburo ? Absolument pas. Ca va être mon nouveau motto à partir de maintenant – essayer de ne pas décevoir Kenzaburo. C’est un peu comme ça qu’une religion démarre, maintenant que j’y pense…

