Quel est le meilleur film de Mamoru Hosoda ?
Alors alors alors… Mamoru Hosoda ! Un des réalisateurs modernes les plus renommés de l’animation japonaise, en tout cas un des rares qui parvient à faire de la sortie de chacun de ses films un mini-évenement. Et ça tombe bien, il sort un film en France cette semaine ! C’est Scarlet et l’éternité, c’est un long-métrage qui marque un changement de style dans sa carrière, carrière dont c’est peut-être le bon moment d’explorer tous ensemble ! Et pour cela, quoi de mieux que l’outil le plus simple: le bon vieux ♪ classement ♪.
Concept donc évident: j’ai pris ses 9 longs et moyens-métrage, et je les ai classés en fonction de l’affection que je porte pour chacun. J’ai ptet essayé d’être un peu objectif mais à un moment j’ai lâché l’affaire donc prenez ça comme une expression de mes goûts et de mes opinions – c’est un blog, on est là pour ça finalement.
Généralement, Mamoru Hosoda est un réalisateur que j’aime bien – je trouve que tous ses films ont quelque chose d’intéressant à faire valoir, et que même ceux que j’aime le moins me laissent quelques bons souvenirs en tête, où ont des choses que je trouve un peu remarquables. Je pense que cette affection se ressentira tout le long de ce billet… billet qui est d’ailleurs une retranscription un peu retravaillée de la vidéo que j’ai sortie hier sur Youtube, eh oui !
C’est une vidéo dont je suis plutôt content ! Donc n’hésitez pas à y jeter un oeil ♪.
Mais si vous préférez lire mes opinions alors pas de problèmes – accrochez-vous, on est parti !
9/ Scarlet et l’éternité

L’histoire de vengeance d’une héroïne envoyée dans le monde des morts, qui va essayer d’y retrouver le meurtrier de son père, accompagné d’un médecin japonais gentiment con. C’est très inspiré de Hamlet et techniquement c’est le premier film d’Hosoda a être plus en 3D qu’en 2D – on va le voir, le mélange des genres et des styles c’est un truc qu’il bosse depuis plusieurs années donc c’est pas surprenant. C’est un film où les bandes annonces m’ont vite fait peur, mauvaise vibe, pas confiance en Hosoda pour se lancer dans la dark fantasy et…. du coup…
C’est effectivement pas très bien MAIS…
MAIS…
D’une c’est mieux que ce que je m’attendais…
Et de deux… bah c’est ptet en vrai son film le plus intéressant en dix ans !

Des défauts y’en a et ils sont très explicites: les séquences en 2D sont extrêmement laides la faute à une intégration médiocre entre les personnages et les décors, y’a des séquences de danse ultra bizarres qui viennent stopper le film de manière régulière et pourrir le rythme, l’univers du purgatoire a tout un potentiel que le film n’exploite jamais vraiment, le personnage du médecin dépasse souvent les limites de l’insupportable et globalement y’a un message sur le cycle de la vengeance qui est pété du cul et apparaît au mieux hyper niais au pire super néfaste.
Après ok l’héroïne est sympa et honnêtement c’est un film que je vous recommande quand même d’aller voir au cinéma parce que visuellement ET SURTOUT AUDITIVEMENT c’est un film pensé pour le cinéma. Le sound design il est vraiment super bien ! Et pareil, la 3D sur les bandes annonces j’étais vraiment pas emballé, mais au ciné ça passe bien mieux que ce que je pensais !

Donc ouais film bordélique, mal écrit – on dirait qu’on a eu un brouillon de scénario, mal relu, pas fini… On en reparlera plus tard mais Hosoda écrit ses films seul depuis maintenant dix ans, avant il avait une co-scénariste nommée Satoko Okudera, qu’il va lâcher autour du Garçon et la Bête. Bref maintenant il pense qu’il peut faire ça tout seul et Scarlet est vraiment l’ultime preuve SI IL FALLAIT ENCORE LE PROUVER qu’il a besoin de quelqu’un pour le guider, le recentrer, éclaircir son propos, le rendre moins con ou juste le forcer à virer ce qui est en trop. Y’a un vrai bon film qui se cache derrière ce qu’on a eu, j’aurais bien aimé l’avoir – en attendant ça reste un film assez bizarre, pétri de défauts, mais qui a il est vrai une certaine personnalité… C’est pas bien mais c’est pas inintéressant… donc je reste mitigé !
8/ Le Garçon et la Bête

Ok je pense que je suis un peu sévère avec ce film… mais il m’énerve…
Donc je vais commencer avec le positif: j’adore la première partie du Garçon et la Bête. Rencontre entre un gamin japonais un peu paumé et un furry baraqué qui va devenir son père de substitution, y’a une première heure assez magique où on découvre un monde et un univers très détaillé, avec ce qu’il faut de sentiment d’aventure, de détail et de petites émotions pour que ça offre un démarrage très grisant, très inspirant.
Mais par contre, wah, qu’est-ce que je déteste la seconde partie du Garçon et la Bête ! Le héros grandit, revient au Japon pour un arc narratif pas très intéressant, la romance est insérée au chausse-pied, l’antagoniste marche pas des masses, le combat final je le trouve confus et pas très bien mis en scène… C’est une sacrée redescente ! C’est dommage parce que le film conserve quelques vraie belle qualités visuelles (pour peu qu’on regarde pas les foules en fond) et puis ouais ça reste suffisamment bien rythmé pour qu’on s’ennuie pas, mais le décalage entre cette première moitié assez fascinante et cette seconde partie un peu pénible et pas toujours très inspirée est vraiment dommageable…
Bref, c’est un film qui me promet quelque chose, part soudainement dans une autre direction pour aller faire n’importe quoi et arrive à la fin tout fier de n’avoir exaucé aucune promesse. J’aimerais l’aimer mais… j’y arrive pas vraiment. Donc allez, voilà, avant-dernier… C’est la vie…
7/ Belle

Bon alors ça fait 4 ans que j’ai vu le film et, honnêtement, je ne sais aujourd’hui toujours pas trop quoi en penser !
Quelque part c’est vraiment le film Hosoda le plus Hosoda n’ayant jamais Hosodé, avec son délire d’univers virtuels dans lequel va s’émanciper une lycéenne timide ayant récemment perdu ses parents. Mais au délà de cette histoire de confiance gagnée grâce à la pratique d’un art, on a aussi des bastons virtuelles, des ptites amourettes lycéennes, un protagoniste masculin très animal, une politique interne assez dictactoriale au sein du truc virtuel et en bonus des relations familiales cassées.
Pas mal de choses, quoi !
Ptet beaucoup trop de choses, quoi !

C’est un film qui essaie d’être une réimagination de la Belle et la Bête, tout en redéveloppant la thématique des relations virtuelles via l’univers de U, très détaillé et très complet, y’a une sorte de romance qui essaie de se mettre en place, y’a beaucoup de personnages, beaucoup de petits enjeux qui se cumulent, au point que le film s’allonge de plus en plus pour développer de nouveaux sujets à la dernière minute – je pense entre autres à toute la séquence liée à la violence domestique, qui vraiment est ajouté à la toute fin…
… et qui en plus a pas vraiment de conclusion…
… il sert un peu à rien ce passage on va pas se mentir…

Comme les 2 films qu’on a évoqué juste avant, c’est un film un peu victime de l’envie de Hosoda de faire trop de choses à la fois sans se concentrer vraiment sur un angle précis. Ca reste un film plutôt efficace, visuellement réussi, parfois très drôle genre le mec avec son kayak putain chaque scène où il apparaît jsuis content de le voir… Et puis oui y’a une bande originale prodigieuse… mais c’est aussi un film qui, en essayant de raconter plein de choses à la fois, finit par se disperser et ne parvient pas à bien développer ne serait-ce qu’un seul sujet. C’est un film sympa mais c’est aussi un film frustrant !
Bref je serais mauvaise langue je dirais que Kaguya Princesse Cosmique est un meilleur Belle que Belle… mais en vrai je pense que Kaguya Princesse Cosmique est un meilleur Belle que Belle.
Damn, Summer Wars est un meilleur Belle que Belle !
Donc… voilà !
6/ Mirai, ma petite soeur

Écoutez… J’aime bien Mirai. De tous les films de Hosoda c’est clairement son plus personnel – c’est quelqu’un qui est plutôt obsédé par la question de la famille, qui a eu beaucoup de mal à créer la sienne et qui, du coup, quand il est enfin devenu père au milieu des années 2010 semble avoir du mal à retenir sa joie et son envie d’en parler à tout le monde. C’est un peu l’équivalent de Hughes dans Fullmetal Alchemist, en gros. Et tant mieux pour lui, finalement ! Faut juste qu’il évite les cabines téléphoniques, ce qui devrait aller en 2026…
Bref ! Du coup le voilà à raconter l’histoire d’un gosse super pénible qui va mal digérer l’arrivée d’une petite soeur dans sa vie et va partir dans des trips oniriques un peu chelous, rencontrant entre autres son ancien grand père, le RER D et sa soeur venant du futur. Et ptet apprendre au passage que brailler tout le temps et vouloir l’attention en permanence c’est un truc de bébé cadum et que maintenant qu’il grandit faut ptet qu’il arrête ça. C’est un film assez léger, tu sens que Hosoda y raconte son expérience de père, il réussit à la perfection à retranscrire un gamin à l’âge chiant, du coup c’est crédible, réaliste mais votre appréciation du film dépendra sans doute pas mal de votre patience face à son caractère de petit merdeux. Comme pour un vrai gosse, finalement !

Mais moi ça va, j’ai tenu le coup – du coup j’ai trouvé que c’était un film… SYMPA. Pas grand chose de très mémorable, pas grand chose de ouf, pas une envie fantastique de le revoir, mais pas de mauvais souvenirs, pas de regrets, pas de frustration. Juste un daron qui a envie de parler des conneries de son gosse pendant 1h40. Ecoutez, pourquoi pas ! C’est vrai qu’on a pas ça tous les jours ! C’est déjà ça !
5/ Digimon War Game

Nous sommes en mars 1999 et se prépare du coup à démarrer une série qui va lancer une franchise encore aujourd’hui bien vivante: Digimon ! Les aventures de Tai, Matt et ses potes qui vont se retrouver enfermés dans un univers virtuels avec des monstres qui apparaissent bien réels. Mais pour introduire le public japonais à cet univers, la veille de la diffusion de la série est diffusé un court-métrage prologue, se déroulant dans le passé, quand Tai et sa petite soeur Kari vont faire une étrange découverte. Ce court-métrage, avec son ambiance très particulière, presque horrifique, est donc réalisé par un Mamoru Hosoda qui va grâce à lui être vite sous le feu des projecteurs !
Donc, très logiquement, quand la série va avoir besoin d’un réalisateur pour la production d’un moyen-métrage c’est lui qui va être invoqué…ça donne donc un film nommé Digimon War Game, qui va être diffusé en combo avec le second film One Piece – celui où les ennemis sont des crétins dictactoriaux nommés les trumps… Ce qui rend le film… un peu ironique à regarder en 2026…
Mais bref, tout ça pour vous dire que Digimon War Game… C’est un super film !

Je trouve que y’a un vrai fossé entre Mirai et celui-là parce que autant pas mal des films qu’on a parlé jusqu’ici avaient tous ce défaut commun d’avoir trop de remplissage, autant celui-là il a 40mn et il compte bien utiliser chaque seconde. Pendant ces 40mn on va donc suivre Tai et Izzy qui, enfermés dans leur chambre, vont lutter du mieux qu’ils peuvent contre un Digimon-virus devenu cinglé. Alors au départ va pirater les comptes en banque du monde entier mais après il va se dire que lancer un missile nucléaire sur le Japon c’est plus fun et là bon c’est chaud. Leur combat va donc se faire sur l’Internet, avec l’aide de leurs Digimon et de leurs quelques copains vaguement disponibles durant des vacances d’été qui semblent bien les occuper. Du coup ça donne un film assez intense, bien ciselé, avec pas mal d’idées visuelles vraiment cools pour un film à licence, ce qui file au film un vrai bon rythme, une vraie bonne personnalité, avec des choix radicaux qui paient bien.
Par exemple je peux concevoir que ça soit frustrant pour les fans mais j’aime bien ce choix qui est de virer ¾ du casting ! Moi aussi j’aurais bien aimé retrouver Mimi ou Sora, mais au final ça aurait alourdi le film… et à l’inverse je suis content qu’on nous épargne ce gros relou de Joe… Du coup en se contentant d’utiliser Tai, Izzy et un peu Matt et son frères, on a un film qui peut se concentrer sur son intrigue et son histoire sans briser son rythme et son message, y’a des combats dans un espace 3D qui est plutôt réussi pour son temps, y’a du suspens, y’a de la tension… et y’a de l’humour ! Entre autres avec la daronne de Tai qui semble cuisiner le truc le plus maudit de tous les temps pendant tout le déroulé du film. Et puis bon j’avoue que c’est un film qui me rend nostalgique de l’époque Windows 98, avec ses plans fenêtres, dossiers, Internet où on discutait par fenêtres de discussion… On était trop tôt pour le wizz et les sons débiles sur MSN+ mais si le film serait sorti 3 ans plus tard, on les aurait eu !

Bref, très chouette film que Digimon War Game ! Je le recommande très fort à tous les amateurs d’animation japonaise, vous n’avez même pas tant besoin que ça d’être un expert en Digimon pour l’apprécier, il vaut le coup et, en plus, ça vous permettra aussi d’apprécier encore mieux un autre film de Hosoda…
Lequel ?
Mmmm, mystère…
4/ Summer Wars

… Oui je pense à Summer Wars oui, y’a pas de mystère. Digimon War Game est un prototype de Summer Wars, ou est-ce que c’est Summer Wars qui est juste un développement des idées posées par Digimon War Game ? Qui sait ! En tout cas on retrouve un pitch commun, avec un héros nerd et programmeur de génie qui va se retrouver à devoir gérer deux choses terribles en même temps: le développement d’un virus complétement cinglé qui va pourrir le réseau social méga omniprésent qui gère tout l’Internet de son monde et en même temps rencontrer toute la famille de son crush lors d’une réunion de famille très très animée, dominée par une grand mère au caractère inébranlable.
Pour faire simple, ayé, là on trouve le bon équilibre de chez Hosoda – c’est 2h bien remplie, où on va donc suivre en parallèle plusieurs intrigues, plusieurs ambiances, où ça va mélanger comédie, action, thriller, romance et passages plus émouvants. Ca parle autant de la place envahissante qu’Internet commence déjà à avoir dans la vie et la société que des liens particuliers qui unissent les membres d’une grande famille, avec leurs personnalités différentes, leurs histoires, leurs dramas et leurs joies unies. Et tout réussit à bien coller, à bien résonner ensemble. Rien ne semble de trop, le rythme est bien pensé à part, allez, peut-être un combat final que je trouve un chouia trop long.
Mais à part ça ? Ah c’est bien fait !

Un bon divertissement très complet, pas con, fun et bien fait et qui marche peut-être même encore mieux aujourd’hui, dans le monde post-COVID et ultra-connecté que nous vivons. Le Oz présenté dans le film semble être initialement une utopie mais qui devient vite la preuve que mettre tous ses oeufs dans le même panier peut très vite couter cher quand les Etats-Unis d’Amérique mettent leur nez dedans, alors qu’en parallèle le lien humain, concret, physique, semble lui plus que jamais nécessaire pour réaliser des miracles et tirer le meilleur de chacun.
Donc oui un film un peu d’actualité, et un film que je recommande de revoir ! Et cela étant dit, temps d’entrer maintenant sur le podium…
3/ One Piece: Le Baron Omatsuri et l’île secrète

On est en 2002 et Hosoda réalise un rêve: il rejoint le studio Ghibli, où il commence à travailler sur une adaptation d’un roman de Diana Wynne Jones nommé le Château de Hulle, une adaptation qu’on va mieux connaître sous le nom… du Château Ambulant.
Ok, vous vous dites, cool ! Mais c’est Miyazaki qui l’a fait ce film !
Oui !
Oui oui oui… C’est vrai…
Pour faire simple: ça ne s’est pas bien passé.

Hosoda monte une équipe, travaille d’arrache pied sur son adaptation, mais ça ne convainct ni Miyazaki, ni Takahata, ni le producteur Toshio Suzuki – c’est trop sombre, trop dépressif, bref ça ne colle pas et Hosoda se sent vite écrasé par le trio fondateur qu’il ne parvient pas à convaincre.
(Note Amo: entre la sortie de la vidéo et sa version billet, je suis tombé sur un extrait de documentaire où Hosoda explique que, à l’inverse, il s’est un peu trop enfoncé en solitaire dans l’écriture du storyboard, a galéré à l’avancer et à fini par se faire virer faute de choses à proposer au bout de quelques mois. Hosoda exprime surtout son regret de pas être allé vers les réalisateurs « installés » du studio pour leur demander aide & conseil, pensant par orgueil s’en passer. Même si on pourrait arguer du fait que le studio l’a aussi manifestement laissé galérer et a sa part de responsabilité, je regrette de pas avoir vu ça avant d’écrire / monter / publier ce paragraphe !)

Le projet va donc être lâché, le bébé être refilé à Miyazaki, et c’est la queue entre les jambes que Hosoda retourne chez Toei Animation, avec pas mal de seum et de rêves brisés par la même occasion. Et ça se ressent qu’il va pas fort ! Entre autres via un épisode de Magical Doremi, le 40e de la 4e saison, qu’il va réaliser et où il va raconter la rencontre entre Doremi et une vieille sorcière… l’occasion de parler du futur, des choix, des regrets. Un épisode très mélancolique, où Hosoda évoque presque explicitement son propre sentiment de confusion, de perdition, de choix qui ont mal tournés. Cet état d’esprit un peu blasé, un peu déprimé, on le retrouvera sur d’autres de ses travaux télé de l’époque, par exemple la série Nadja, où il bossera sur quelques épisodes…
Bref, vous l’aurez compris, le Hosoda de 2004/2005 a eu un échec artistique et professionnel qu’il digère pas, qui le fait douter sur ses propres capacités en tant que réalisateur et qui le rend incapable d’envisager sereinement l’avenir.
État d’esprit idéal du coup… pour faire un film One Piece !

One Piece Le Baron Omatsuri et l’ïle Secrète est donc le sixième film One Piece, sortant entre la nullissime Malédiction de l’Epée Sacrée et le Mécha Géant du Château Karakuri… que je n’ai pas vu donc je vais même pas préjuger de sa qualité….
Bref c’est l’époque où One Piece tournait à un film par an, et globalement l’époque où ils se posaient pas la question de savoir si ça allait être intéressant ou pas. Donc dans tout ce gloubi boulga voir Hosoda débarquer sur un des films c’est surprenant, encore plus quand on voit le film lui-même qui n’est PAS DU TOUT DANS LE STYLE HABITUEL. Dans tous les sens du terme: visuellement on change radicalement le chara-design et les couleurs, le style d’animation est là aussi vraiment différent de ce à quoi ressemblait la série à ce moment-là… Et en terme de ton, woooh, pareil, c’est pas le même style ! On va même dire que y’a des moments où ça part dans le sombre… Voire même dans le presque horrifique ?

Je vais faire simple et direct: Omatsuri c’est un film que je trouve vraiment fascinant. Dans ma vidéo Miyazaki j’expliquais à quel point j’adorais le Château de Cagliostro entre autres parce que c’était l’exemple parfait d’un réalisateur qui s’appropriait une grande licence sans pour autant la dénaturer. Juste offrir sa propre vision sur le casting, sur les thèmes, sur l’univers. Et ça j’adore quand ça arrive, tout comme un de mes films favoris de Mamoru Oshii ce n’est ni Ghost in the Shell, ni Patlabor 2 mais bien son second film Urusei Yatsura, qui crée une ambiance incroyable avec l’univers crée par Rumiko Takahashi. Et c’est entre autres pour ça que j’adore Omatsuri: c’est One Piece… mais en un peu différent. Un peu plus sombre, un peu plus chaotique… C’est un film qui installe sa propre esthétique, son propre humour, son propre rythme pour offrir une histoire d’action mais avec une vision assez mature de l’amitié et de la camaraderie, où les conflits sont légions mais les liens restent indéfectibles car au final la cause et les idées sont plus importantes que les petits dramas internes.
Alors c’est moins fun que Summer Wars, peut-être un peu plus chaotique que Digimon, mais tu sens que c’est le film que Hosoda fait pour enfin digérer ce qu’il a vécu à Ghibli et passer à autre chose. C’est un film un peu exutoire, où il avoue se projeter lui-même dans l’antagoniste, le Baron Omatsuri. C’est un film que j’aime beaucoup regarder mais que j’aime aussi beaucoup décortiquer, peut-être plus que tous ses autres films. C’est un de mes films à licence favori, et je pense que par rapport aux autres films One Piece y’a ptet que Red que je met plus ou moins au même niveau… mais c’est parce que Red y’a Ado dedans, ce qui n’a pas Omatsuri. Sans doute parce qu’elle avait littéralement deux ans à la sortie du film 👨🦳…..
2/ La Traversée du Temps

Allez c’est parti – c’est la Traversée du Temps que je met en second. Premier long-métrage original, il sort dans la foulée du film One Piece, à peine un an plus tard, ça adapte très librement une nouvelle populaire des années 60 racontant donc le quotidien d’une lycéenne nommée Makoto qui va se retrouver avec le pouvoir de remonter le temps à volonté, ce qu’elle va utiliser d’abord pour rendre honneur à Ricky Martin et ainsi vivre la vida loca: faire du karaoké à gogo, manger tout ce qu’elle veut, tricher aux examens, bref tout ce que nous aussi on ferait avec ce pouvoir.
Bon évidemment, le pitch va gagner en intensité dramatique au fur et à mesure et de ptite tranche de vie comique on va vite se retrouver dans une course contre la mort avec une Makoto qui va se retrouver à utiliser ses pouvoirs pour éviter un drame… Bref, un film qui escalade doucement au fur et à mesure, avec un casting très resserré et quelques rebondissements assez bien trouvés, qui vont pas mal pimenter le film au fur et à mesure. Et comme souvent on va peu à peu entrer dans un mélange des genres bien maîtrisé, bien équilibré, avec pas mal d’humour, de l’action, de la romance et de la science-fiction entremêlés pour un final assez mémorable.
Dans tous les cas: très chouette film La Traversée du Temps !

Un film que je trouve particulièrement rigolo, avec pas mal de petits gags de mise en scène de ci de là qui aide à me rendre le film très sympathique. Et puis surtout un film qui était rafraîchissant dans l’étrange scène qu’était celle du cinéma d’animation japonais au milieu des années 2000, où pas grand chose ne semblait marquer les esprits en dehors de Ghibli et des films à licence, une période où les grands noms comme Otomo & Oshii s’enlisent et où le seul réalisateur à s’en sortir c’est un Satoshi Kon qui vivait alors sans qu’on le sache ses dernières années. C’est un film qui, avec Shinkai et son 5 centimètres par seconde, un Yuasa et son Mind Game ou un Koike et son Redline, apporte un certain vent frais dans la scène anime de cette époque et qui a peut-être un héritage plus fort qu’on ne pourrait le croire. Très chouette film, très chouette symbole – toujours un plaisir à revoir…
… en boucle.
1/ Les Enfants Loups, Ame & Yuki

Bah oui ! Encore une fois mon premier c’est le plus évident !
Mais putain qu’est-ce que j’adore Les Enfants Loups !
Film en trois actes, racontant l’histoire de Hana, qui va entrer en couple avec un mystérieux homme capable de se changer en loup, avoir deux enfants et, suite à un rebondissement tragique, devoir les élever seuls au milieu de la campagne japonaise. Sachant que les deux enfants ont hérités du pouvoir du père et peuvent donc se transformer à volonté…
Bon pour faire simple, ce que j’aime dans les Enfants Loups c’est que c’est trois films en un, et chacun est vraiment super: on a la première partie, qui arrive comme un Là Haut à construire en 20/25mn une histoire d’amour, à raconter la création d’une famille, bref à nous faire croire en quelques minutes à leur relation et à l’arrivée de leurs enfants. La seconde partie, qui voit Hana devoir s’adapter à une nouvelle vie, s’installer à la campagne et essayer de s’intégrer dans un village avec ses deux enfants dont elle doit protéger le secret. Et enfin la troisième partie, la plus longue, avec les enfants devenus adolescents, qui vont eux même commencer à s’interroger sur leur avenir et leur place dans ce monde.

Chaque partie va amener sa propre ambiance, ses propres enjeux, ses propres questions, son propre rythme… et à chaque fois c’est vraiment fort, d’autant qu’on conclut à chaque fois sur des séquences fortes – un big up évidemment à la scène de la neige, qui est une scène qui m’a bouleversé la première fois que je l’ai vu. La musique, les images, les personnages qui laissent exploser leur joie après une demie-heure d’emmerdes… Vraiment fort. En règle général, l’OST, les décors, le chara-design… artistiquement je trouve que c’est le film le plus impeccable d’Hosoda – le plus cohérent, le mieux travaillé.
Après je ne dirais pas pour autant que c’est un film parfait, je le trouve peut-être maladroit dans son message final – sans trop en dévoiler, l’enjeu du troisième acte c’est les deux enfants qui doivent choisir si ils veulent vivre en tant qu’humain ou en tant que loup… ce qui est bizarre parce qu’ils peuvent… continuer à être les deux ? Leur père le faisait très bien, par exemple. C’est un message assez binaire qui me paraît pas très cohérent avec le ton du reste du film, mais ça n’empêche pas la fin d’avoir quelques scènes très fortes – le choix de Ame, par exemple, ayayaya, j’aime quand même bien ce que ça raconte et comment c’est mis en scène…

… Mais voilà, à part ça, c’est un film que j’aime énormément ! Quand je l’ai vu au cinéma en 2012 j’en suis sorti un peu sonné, extrêmement ému. Alors peut-être étais-ce parce que j’allais pas fort à ce moment-là, peut-être que certaines de ses thématiques me sont importantes, peut-être que c’est juste la scène de la neige qui m’a lobotomisé mais c’est un film que j’ai depuis revu deux fois, à chaque fois c’est toujours la même joie, la même émotion….
Donc allez… voilà… c’est mon premier ! Tout simplement !
Et ça permet donc de clôturer ce classement des films de Hosoda !
Bon !
Carrière intéressante !

C’est vrai qu’hélàs on pourrait tirer de tout ça que Hosoda c’était mieux avant… ce n’est pas tout à fait faux mais ce n’est aussi pas tout à fait vrai… je pense que le problème du Hosoda d’aujourd’hui c’est pas qu’il est moins talentueux… C’est qu’il surtout moins entouré. Il ne faut jamais oublier que les films sont des créations collectives, où un réalisateur, aussi talentueux qu’il soit, est complété par des scénaristes, des directeurs photos, des directeurs d’animation, des directeurs artistiques… Et aujourd’hui, bah Hosoda il est moins encadré. Du coup ça donne des films ambitieux, mais boursouflés, mal pensés, avec des trucs où très clairement personne était là pour lui dire non ou pour lui donner des conseils sur comment améliorer ça.
Enfin j’imagine, j’étais pas dans les studios à ce moment là !

Après, si y’a un autre truc que je ne vais pas retirer à Hosoda c’est qu’il continue à faire des films qui lui sont très personnels, où il met à chaque fois beaucoup de lui-même, ce qui est mine de rien pas si fréquent dans l’animation japonaise ! Il déprime à cause de soucis de taf il le met dans Omatsuri, il rencontre la famille de sa copine et il en parle dans Summer Wars, il rêve de devenir père et il évoque ça avec les Enfants Loups, il devient père et c’est le sujet de Mirai, il réfléchit 30s sous sa douche au moyen révolutionnaire qu’il a trouvé pour amener la paix dans le monde et ça donne Scarlet… Bon, on peut pas lui retirer ça et c’est ce qui fera toujours de ses films quelque chose d’intéressant et d’unique.
Après, eh, là Scarlet ça a été un ultra four au Japon, c’est un film déjà moqué et humilié partout dans le monde, c’est son premier vrai gros échec et va savoir comme il va le vivre – est-ce que ça va l’amener à se remettre en question et à s’entourer de gens qui pourront mieux l’épauler pour qu’il puisse mieux exprimer ses qualités ? Est-ce que ça va l’enfermer un peu plus dans sa tour d’ivoire et le continuer à faire aller dans la caricature de son propre style ? Est-ce que ça va le dégoûter ou le griller du monde de l’animation japonaise ? Difficile à dire…
… ptet qu’il refera juste un film One Piece pour cracher son seum.
Eh, pourquoi pas, je prends avec plaisir 😎 !




