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Comment Bienvenue dans la NHK évoque la solitude

Second épisode d’Anime 4 Saisons, ayé, on y croit, c’est un vrai format maintenant alleluia. Disponible donc depuis aujourd’hui, avec un focus sur Bienvenue dans la NHK ! Deux fois d’affilée qu’on reste en 2006 mais si ça peut vous rassurer (ou vous décevoir, je ne sais pas), le troisième épisode partira vers une autre année, vers un autre anniversaire.

La vidéo peut donc être vue ici, et je vous laisse la transcription en seconde partie d’article !

Avant ça vite fait mes impressions: vidéo plus compliquée que je ne l’avais envisagé à la base. Je savais que NHK allait m’inspirer, mais je ne savais pas que ça allait être à ce point – j’ai eu beaucoup de mal à me concentrer sur un angle précis, et pendant longtemps l’écriture aura été trop généreuse pour son propre bien, avec beaucoup de paragraphes tapés sur beaucoup de sujets qu’évoque la série, au risque de faire de la vidéo un énorme juggernaut de presque une heure que, hélàs, je n’aurais pas eu la possibilité de pouvoir monter dans les délais requis. J’ai donc sacrifié un grand pavé sur la rareté des animes traitant de sujets de société, idem sur un laius centré sur la manière dont NHK évoque la culture otaku de cette époque – j’ai favorisé un focus sur le sujet de la solitude, à la fois par simplicité, mais aussi parce que c’est un sujet qui me tient à coeur.

Avec le recul, si relire tout le manga aura été très utile, je crains que ça m’a un peu influencé dans l’écriture de l’article et il y’a des choses que j’évoque qui sont surtout le fait du manga – par exemple le Tatsuhiro de l’anime est globalement jamais très méprisant ou méchant envers Misaki, là où dans le manga ça peut être plus électrique par moments. Mais en général le manga va beaucoup plus loin que l’anime sur pas mal de sujets – les discours de Kaoru sont encore plus miso, les machinations de Misaki sont encore plus intéressées et les passages pathétiques de Tatsuhiro sont encore plus cringe. Mais, eh, comme dit dans la vidéo c’est vrai que l’anime édulcore pas mal les deux formats.

La Misaki de l’anime ne ferait jamais ça !!!

C’est une des vidéos qui m’aura finalement demandé le plus de taf – longue écriture, long enregistrement, long montage – et c’est là que je suis content d’avoir été au chomage cette semaine parce que caler tout ça dans cet été assez cauchemardesque aura été casse-dents. Hélàs quelques soucis techniques qui ruinent mes efforts – un encodage un peu chelou sur certains passages liés au manga (première fois d’ailleurs que j’utilise du manga comme source visuelle donc j’ai essayé de faire de mon mieux), une incapacité navrante à fixer la caméra quand je fais mes speaks du coup j’évite le regard du spectateur en permanence, et un micro enregistré trop bas, ce qui m’a pas mal fait galéré sur les équilibrages sons – j’ai pas encore écouté le réequilibrage Youtube, le pire c’est que souvent il fait pas mal le taf. J’ai aussi remarqué après upload qu’on voit UN sein pendant 1s, je sue un peu mais ça devrait aller… J’espère ?

Mais bref, j’espère que cette vidéo vous plaira et même si je regrette un peu de pas avoir eu le temps ou l’énergie d’explorer tout ce que NHK peut permettre de visiter, je pense quand même avoir choisi le meilleur angle. Peut-être pas assez clair sur le fait que ça reste un anime de 2006 donc que y’a des scènes qui aujourd’hui passeraient mal (la fin de l’épisode 3 en particulier, ça reste un sacré délire) mais je fais confiance aux gens pour remettre la série dans le contexte de son époque et surtout comprendre que c’est des choses que la série elle-même condamne assez explicitement. Mais là aussi y’a deux paragraphes qui ont sautés où j’essayais de développer cette idée mais je trouvais que ça alourdissait la vidéo donc je leur ai dit au revoir !

Prochaine étape, donc: la vidéo preview, dans environ deux semaines. Par rapport à cette vidéo, ça va être simple et facile à faire – surtout vu la saison pas ouf qui s’annonce – donc let’s go 👍👍 ! A noter également que j’ai mis un peu de temps à faire cet article donc entre temps je n’ai pu que constater le très bon démarrage de la vidéo – 1500 vues en 3 jours pour cet anime et ce sujet, c’est vraiment au délà de mes attentes, je m’attendais à un public plus restreint, comme avec la vidéo sur Haruhi qui aura mis 3 mois à arriver à la barre des 1000 vues. Alors j’ai cru comprendre que Youtube avait chamboulé sa manière de comptabiliser les vues pour désormais compter chaque visionnage, donc ça gonfle les chiffres, mais ça reste quand même pas mal ! Merci beaucoup du coup !

Allez, place à la transcription –


Retournons 20 ans en arrière… Retournons à l’été 2006. Un été qui en France était sous le signe d’une canicule exceptionnelle et une actualité pas mal tournée autour de l’Equipe de France et de Zinedine Zidane, bref rien de nouveau sous le soleil – et c’est la même chose au Japon où l’animation japonaise vivait alors un boom sans précédent. Si l’on a déjà dit à quel point l’année 2006 fut riche en séries de qualités, il faut aussi mentionner à quel point elle fut riche en animes tout court – sur l’été 2006 c’est 87 séries qui étaient alors en cours de diffusion. 

Car oui on dit souvent que l’animation japonaise est actuellement dans une période de surproduction mais au final… c’était déjà le cas à l’époque. 87 séries diffusées à l’été 2006, c’est finalement assez proche des 92 diffusées à l’été 2026. La seule différence, c’est que si cet été on a 68 nouveautés et 24 séries qui continuent leur diffusion des saisons précédentes, c’est quasiment l’inverse à l’été 2006 où il n’y a “que” 24 réelles nouveautés, le reste étant des séries majoritairement démarrées les 2 ou 3 saisons d’avant. 

Du coup, quand je me suis concentré sur l’été 2006 pour préparer ce second épisode d’Anime 4 Saisons, mon choix était au final limité car des nouveautés intéressantes à traiter il y’en avait peu et j’en ai retenu surtout trois ! Le premier c’est Kemonozume, qui marquait à l’époque les débuts de Masaaki Yuasa à la réalisation de série avec une série aussi gore qu’unique visuellement – mais au fond si je veux un jour évoquer la carrière de Yuasa en vidéo il y’a d’autres séries qui me motivent plus, comme Ping Pong ou Tatami Galaxy, donc j’ai mis ça de côté.

Le second choix lui était plus historique puisque juillet 2006 c’est le début de diffusion de Zero no Tsukaima, qui raconte l’histoire d’un jeune japonais projeté dans un monde avec des écoles magiques, des elfes et une tsundere qui va devenir sa maîtresse… C’est une série surtout intéressante parce qu’elle est considérée comme la naissance de l’isekai moderne, à la fois pour les codes qu’elle amène mais aussi pour avoir été indirectement lié à la naissance du site Shosetsuka ni Naro, sur lequel va être publié des webnovels comme Mushoku Tensei, Shield Hero, Re:Zero, KonoSuba… bref c’est le Ground Zero d’un genre aujourd’hui omniprésent. 

Quand j’ai réfléchi au potentiel d’une vidéo sur Zero no Tsukaima

Et c’était certes tentant du d’y dédier une vidéo mais en vrai parler d’isekai en 2026 je trouve que c’est un peu lassant… d’autant que la troisième série qui m’intéressait… bah c’était Bienvenue dans la NHK. Qui est une de mes séries favorites, qui est une série qui a été très importante pour moi quand je l’ai vu à l’époque et sur lequel je trouvais intéressant qu’on remette un coup de projecteur 20 ans plus tard.

Donc bienvenue à tous et à toutes, je suis Amo, voici donc le second épisodes d’Anime 4 Saisons, le format où on évoque en profondeur un anime qui fête cette saison un anniversaire et après Suzumiya Haruhi dans le premier épisode on va donc rester en 2006 et évoquer Bienvenue dans la NHK, une série qui n’a pas peur de traiter frontalement des sujets lourds avec un ton très particulier, misant beaucoup sur une forme d’humour très noir et un casting composé de personnages tous profondément pétés par la vie. Qu’est-ce que la série raconte sur la solitude, sur le rapport aux autres et sur la société japonaise ?  Les sujets qu’elle aborde sont-elles encore d’actualité 20 ans après ? La série vaut-elle encore le coup d’être vue aujourd’hui ou bien a t-elle beaucoup trop vieillie pour avoir le moindre impact ? Toutes ces questions, et bien d’autres, on va tâcher d’y répondre… dès maintenant !

Bienvenue dans… Bienvenue dans la NHK !

Bienvenue dans la NHK, nom original NHK ni Youkoso est donc une série animée en 24 épisodes qui raconte l’histoire de Tatsuhiro Sato, un gaillard d’environ 22 ans, venu de la campagne pour étudier à Tokyo, un beau projet qui aura…. tourné court. Parce que quand on commence la série, le brave Tatsuhiro bah ça fait quelques années qu’il n’a pas mis les pieds à l’université ! En effet, celui-ci vit reclus chez lui, passant ses journées à fumer des trucs, parler à son mobilier et subir le tapage de son nouveau voisin qui blaste des génériques d’anime à longueur de journée. Une vie pourrie, que notre héros tente de relativiser en partant dans certains délires paranoiaques. 

Car Tatsuhiro, c’est un hikikomori: une personne isolée, solitaire, qui évite au maximum le contact humain et qui ne sort de chez lui qu’en cas de nécessité absolue. Pas de travail, pas d’ami, et ses seuls contacts avec sa famille se font par téléphone, ce qui est souvent l’occasion pour lui de leur mendier un peu d’argent pour qu’il puisse quand même payer son loyer et pas mourir de faim. 

Bref, vous l’aurez compris Tatsuhiro vit une mauvaise passe ! Seulement, tout pourrait bien changer quand il va faire la rencontre de Misaki, une jeune femme d’environ 17 ans qui après quelques premiers contacts un peu gênants va proposer à Tatsuhiro d’entrer dans un mystérieux projet, qu’elle chapeaute, qui est voué à le faire sortir de l’hikkikomorisme et le faire redevenir normal. Sachant qu’en parallèle, notre héros va également se rendre compte que son voisin bruyant est Kaoru, un de ses anciens camarades de classe, qui va lui faire découvrir le monde des jeux vidéo érotiques et même lui proposer un projet fou: en développer et en écrire un. Est-ce que ces deux nouveaux liens permettront à Tatsuhiro de sortir la tête de l’eau ? Peut-être ! Est-ce que ça va être facile ? Absolument pas ! Car pendant 24 épisodes, nous allons donc suivre les joies, les peines et les malheurs de notre groupe de héros, qui vont autant se soutenir que se détruire mutuellement car, vous l’aurez peut-être déjà compris, pas grand monde ne va très bien ici…

NHK c’est donc une série qui se veut sociale, et qui veut tenter de décrire pas mal de choses qui allaient pas fort au sein de la société japonaise de l’époque – si le sujet des hikkikomoris est évidemment le thème principal, d’autres seront brassés au fur et à mesure des différents épisodes car nos personnages vont vite tomber dans tous les pièges possibles et inimaginables: les sectes religieuses qui gangrènent le pays, le complotisme, le commerce pyramidal, l’isolation sur les jeux en ligne, l’addiction sous toutes ses formes, les suicides collectifs… bref pas mal de sujets assez lourds seront au programme ! Mais la série va choisir de traiter tout ça en utilisant régulièrement le ton de l’humour et de la comédie – que ce soit via l’exagération des situations, les visions hallucinées et décalées de Tatsuhiro ou bien différents choix de mise en scène, NHK choisit ainsi de diluer son propos afin de le rendre plus digeste, moins brutal… sans pour autant l’édulcorer, je vous rassure.

Et c’est là d’ailleurs que la qualité d’adaptation est à saluer ! 

Bienvenue dans la NHK est donc une série réalisée par Yuusuke Yamamoto au sein du studio Gonzo. Et si aujourd’hui Gonzo est totalement tombé dans l’oubli, faut comprendre que c’était un studio très productif de cette période, reconnu pour ses projets ambitieux et des séries qui pouvaient être radicales dans leurs propositions artistiques et techniques. On retiendra ainsi d’eux Last Exile, série très forte à l’époque dans sa manière d’utiliser la 3D ; y’a aussi leur adaptation du Comte de Monte-Cristo qui voit le roman de Dumas prendre place dans un univers de science-fiction avec un Edmond Dantes devenu littéralement monstrueux… C’est aussi un studio qui essayait parfois de toucher un public plus international, ce qui n’était pas toujours fréquent à cette période et ça a donné des séries comme Afro Samurai ou l’adaptation du comics Witchblade. Et puis à côté vous avez leur adaptation très emblématique de Hellsing, le très chouette anime de cirque Kaleido Star, leur adaptation très libre de Romeo et Juliette ou bien la première saison de Full Metal Panic qui là aussi va marquer son temps en matière de mélange d’action et de comédie…

Bref là je suis enthousiaste mais… soyons honnête… Gonzo ça réussissait pas non plus à tous les coups, on leur doit par exemple les adaptations de Rosario+Vampire ou de Gantz qui sont, pour le dire poliment, pas très convaincantes… et pour la faire courte c’est aussi un studio qui s’est vite effondré en terme de gestion économique. A vouloir tout faire trop vite, il a commencé à péricliter dans la seconde moitié des années 2000 et Bienvenue dans la NHK est en réalité une de leurs dernières grosses séries avant faillite. C’est pas la dernière parce qu’après ça y’aura quand même des choses comme Seto no Hanayome ou Bokurano qui valent nettement l’attention, mais on est, hélas, sur un début d’agonie. 

Et ce début d’agonie ils vont donc le passer à adapter… un roman !

Écrit par Tatsuhiko Takimoto, qui confessera plusieurs fois qu’il a écrit tout ça en s’inspirant de sa propre vie… ce qui est, on va le voir, pas forcément très bon signe. Publié en 2002, ce fut à l’époque un vrai succès de librairie, et on notera une couverture illustrée par Yoshitoshi Abe, artiste là aussi très actif de cette période, connu pour son travail d’illustrateur sur Lain, sur Texhnolyze mais aussi créateur de l’excellent Haibane Renmei – quelque part un des illustrateurs les plus emblématiques du tournant du millénaire.

Et là sans transition je vais vous avouer un truc: tout le monde dit que l’anime adapte le roman, le wikipedia français dit même je cite “L’adaptation se veut très proche du roman et ne diffère que sur quelques détails” et…. en fait c’est faux… Parce que l’anime adapte aussi en grande partie…

… le manga ! 

Car oui, avant d’être un anime, le roman avait déjà été adapté en manga, dès 2004, le tout sur 8 tomes. Mais ce n’est en réalité pas qu’une simple adaptation: c’était surtout l’occasion pour l’auteur de revenir sur son oeuvre et de considérablement l’étoffer, au point que sur les 8 tomes, seulement les deux premiers couvrent ce qui est évoqué dans le roman, le reste étant du contenu inédit, y compris la conclusion qui n’est absolument pas la même !

Et autant le manga je le connaissais bien parce que je l’avais déjà lu à l’époque, autant le roman je l’ai enfin lu pour préparer cette vidéo et du coup quelle ne fut pas ma surprise de voir que beaucoup de scènes emblématiques de l’anime… sont absentes du roman, car inventées pour le manga ! Genre tout l’arc de l’ile déserte l? Absent du roman, c’est dans le manga. Le personnage de l’ancienne déléguée et tout l’arc qui va autour ? Absent du roman, c’est ajouté dans le manga. L’arc MMORPG ? Absent du roman, c’est ajouté dans le manga.

Je vais pas tous vous les faire mais, pour faire simple – l’anime adapte le début du roman, la fin du roman, et entre les deux se base sur tout le contenu qui a été ensuite ajouté dans les quatre premiers tomes du manga, en plus évidemment, d’ajouter des séquences et de dialogues qui sont eux exclusifs à l’anime afin que le tout puisse s’enchaîner de manière la plus fluide possible.

Du coup ça fait que NHK en roman, NHK en manga et NHK en anime… c’est trois expériences très différentes ! Le roman est ainsi beaucoup plus brut, beaucoup plus… crado… 

Par exemple ma plus grosse surprise c’est que ça tourne beaucoup autour la consommation de drogues très exagérée de nos personnages principaux – y’a pas mal de séquences, supprimées des autres adaptations pour des raisons mystérieuses, où les mecs sont juste méga stone en permanence et ça décrit leurs hallucinations pendant des pages entières, y compris pendant une séquence assez cheloue où ils vont aller visiter complètement défoncés la secte de Misaki pour aller se moquer d’elle et des autres croyants. C’est une lecture assez… dingue… encore plus quand tu pars du principe que tu lis une autofiction, où l’auteur a à priori expérimenté la plupart des choses dont il parle. Du coup ça donne quelque chose… d’assez sombre…

Et le manga aussi l’est, très sombre – toute sa partie inédite est un peu là pour enterrer les différents personnages et continuer à les voir échouer de manière inédite, au point où ça devient même un peu trop cynique pour son propre bien. Misaki, en particulier, y est dépeinte de manière plus négative – plus ouvertement manipulatrice, plus narcissique… 

Bref du coup, avec tout ça on a l’anime qui a mon sens, est une très bonne synthèse des deux – il prend les meilleures idées et les meilleures séquences de chaque format, atténue certains défauts, rend le tout plus fluide et cohérent et essaie de rendre la série moins sombre sans pour autant la dénaturer. On est sur un compromis réfléchi, se posant les bonnes questions, et mené par des gens talentueux au sein d’un studio qui parvient à les laisser s’exprimer.Ainsi d’un point de vue technique, l’anime est… pas mal, en tout cas n’a pas à rougir comparé à de nombreux animes de cette période… 

Mais c’est surtout la direction artistique que je vais trouver fascinante, avec des jeux de couleur bien trouvés, un soin certain apporté à l’expressivité des personnages, que ce soit via leurs visages ou leurs corps, la bande originale toute en folie qui accompagne à merveille les séquences plus ou moins dingues de la série… mais aussi les très chouettes génériques ! Les deux endings je les trouve ainsi vraiment fous – le premier c’est le aussi décalé qu’entêtant Odoru Akachan Ningen, ou des petits lutins complotistes viennent nous chanter le bonheur de rester bébé à vie, sur le son rock déluré du fabuleux Kenji Ohtsuk, tandis que le second ending, plus posé et mélancolique, voit la doubleuse de Misaki chanter une sorte de chanson d’amour un peu jaune, le tout sur des visuels plus étranges, où les personnages semblent isolés et noyés dans un monde qui les engouffre.

… et puis il y’a l’opening, Puzzle, qui sent bon l’été et les vacances, avec ses jolies couleurs et ses jolies filles en maillot de bain, mais aussi quelques plans un peu teintés de tristesse, le tout sur une chanson du collectif Round Table qui chante la recherche d’une pièce de puzzle qui manque terriblement. générique visuellement superbe, avec des chouettes idées de transition entre les plans, mais ce n’est pas une surprise quand on sait qu’il est réalité par Masashi Ishihama, réalisateur que vous connaissez sans doute pour d’autres génériques – certains des meilleurs de Bleach, le premier de Spy x Family. Il sera plus tard le réalisateur de séries comme Shinsekai Yori, Horimiya ou le futur She Wasn’t a Guy qui marquera sans aucun doute le début de l’année prochaine – bref, un réalisateur très doué qui était encore à l’époque de Puzzle dans ses premières années à ce genre de poste, mais montrait déjà son talent.

Et du coup, si vous voulez voir NHK, où ça se trouve ? Et bah pas sur les plates-formes de simulcast, je le crains ! Il existe une édition physique, sortie très tardivement, autour de 2019, et souvent soldée en salon – genre je l’ai payée 10 balles à la dernière Japan Expo. Par contre, hélàs, oubliez l’idée de retrouver le manga, ça fait plus d’une décennie qu’il n’est plus commercialisé et certains tomes peuvent être retrouvés à un… prix très élevé en occasion. 

(Coucou c’est le Amo du montage – du coup en faisant mes recherches je viens de découvrir que la version française est dispo légalement sur amazon en format électronique, vous pouvez avoir tous les tomes pour 40€ donc… voilà… c’est moins pire que ce que je pensais !

Quant au roman il n’en existe qu’une traduction anglaise, là aussi publiée au sein d’une maison d’édition morte depuis quelques années – le pdf se retrouve plutôt facilement sur Internet mais l’édition physique… bah euh… faut gagner au loto quoi.

Par exemple…

Donc voilà un peu pour la longue présentation… mais du coup… et si on s’intéressait au contenu maintenant ? 

Bienvenue dans… la Solitude !

Depuis le début de la vidéo on tourne donc autour du sujet des hikikomoris – pour rappel, ce terme désigne donc les japonais reclus chez eux, volontairement isolés, vivant souvent aux crochets de leurs parents même très profondément au sein de l’âge adulte. C’est une thématique qui a été un grand sujet social à l’époque, au point d’avoir amplement dépassé les frontières du pays – pour schématiser, le Japon dans les journaux télévisés français des années 2000 il n’était souvent évoqué que pour trois trucs: Hayao Miyazaki, les catastrophes naturelles et les hikikomoris. Ca a longtemps fait partie de toute la mystique médiatique autour du Japon.

Bref, c’’est une thématique qui a marqué les esprits, et qui va donc être saisi par la popculture japonaise. Car des protagonistes reclus et hikikomori, si vous regardez bien il y’en a plein d’autres – à la même période on avait par exemple Rozen Maiden, avec un héros isolé et vivant seul chez lui qui va se retrouver pris au centre d’un conflit entre poupées magiques. Quelques années plus tôt, des épisodes de Doremi avaient déjà abordés le sujet de l’isolation par peur des autres… Au même moment on a aussi Chaos;Head, avec un héros reclus complotiste passant ses journées à surfer sur Internet, et on est alors 5 ans avant AnoHana qui va voir un adolescent reclus suite à un traumatisme d’enfant apprendre à ressortir de chez lui et recréer ses liens perdus quand il va commencer à être visité par le fantôme d’une ancienne camarade de classe. Je pourrais aussi évoquer Mekakucity Actors, Kamisama no Memocho ou bien encore ONIMAI… 

ONIMAI (2023)

Les possibilités sont donc multiples même si faut pas non plus se fourvoyer – si pas mal de séries ont des personnages hikikomori, peu parlent vraiment du sujet. C’est parfois simplement un archétype comme un autre, par exemple comme dans… j’en reviens pas que je vais citer cette série là mais bon… comme dans Eromanga-sensei… où la soeur du héros est certes recluse mais globalement le sujet va être peu poussé vu c’est surtout une excuse pour qu’elle soit ultra dépendante de celui-ci et que ça facilite la romance entre les deux…

Car en règle général le personnage du hikikomori il est là pour être sauvé, soit par un intérêt romantique soudain, soit par le personnage principal – ça va être le cas par exemple dans Chitose is in the Ramune Bottle où on demande au héros de faire revenir un camarade de classe reclus du coup le mec il fait quoi ? Bah y casse la fenêtre du gars, lui fait perdre 20kg en trois semaines par l’action du Saint-Esprit et l’effroi de tous les médecins du pays et voilà, c’est suffisant, le revoilà redevenu… ♪ social  Parce que finalement c’est facile d’arrêter d’être hikikomori, il suffit d’appliquer la méthode theobabac: t’es triste ? Arrête. T’es reclus ? Bah sors. Ah si seulement ça pouvait être simple ! 

« Quand on veut on peut », répondra alors stupidement le stupide héros du très stupide Chitose is in the Ramune Bottle

D’ailleurs je pourrais aussi épiloguer sur la place importante de l’hikikomori dans le monde des protagonistes d’isekai – car là aussi c’est souvent des non-sujets. Les gars sont reclus pendant des mois voire des années, ils sont projetés dans un autre monde, et soudainement ça va mieux parce qu’ils ont désormais un rôle clair au sein d’un univers bien plus simple à comprendre, dans lesquels ils sont plus à l’aise. C’est pour ça que là vous voyez je vais faire une cascade sous vos yeux: je vais dire du bien de l’écriture de Mushoku Tensei ! Parce que le fait qu’avant d’être projeté dans ce nouveau monde Rudeus a été hikikomori pendant une quinzaine d’année bah c’est pas considéré comme un détail… Ce n’est pas vite oublié. Il continue à porter des mauvaises habitudes, des traumatismes et des symptomes de cette vie passée, où il a vrillé dans le pire dû à l’isolation et à l’impact que ça a pu avoir sur sa santé mentale. Est-ce que ça excuse tout ce qu’il est dans la série ? Pas vraiment ! Est-ce que le traitement et l’écriture de tout ça est bon ? Pas toujours ! Mais tu sens au moins que le sujet est… pris en compte. Ce qui est déjà… plus que beaucoup d’autres séries du genre !

Bref – tout ça pour vous dire que dans tout cet ensemble pop culturel, Bienvenue dans la NHK reste assez unique parce que la réclusion sociale EST le sujet principal de la série. Ici on lance la série pour savoir comment le héros est tombé dans cette situation, comment il vit cette situation et comment il va s’en sortir… Et même SI il peut s’en sortir. Car la série va nous faire même douter de cette possibilité à plusieurs reprises !

Les 24 épisodes vont être pour notre héros une succession de réussites et d’échecs, où on va alterner entre le it’s so over et le we’re so back. Parfois il va penser aller mieux, parfois il va évoluer… pour derrière rechuter, régresser, détruire ses efforts. Il va continuer de s’accrocher à des espoirs et de subir des déceptions… ça va être compliqué pour lui, parce que, en règle générale, c’est compliqué de se sortir de ce genre de situation. Mais ça marche entre autres parce que Tatsuhiro… est le protagoniste qu’il faut pour évoquer ce genre de sujet. 

On va le dire dès maintenant: Tatsuhiro ce n’est pas un personnage idyllique, ce n’est pas un personnage modèle – c’est même l’inverse ! Mais il est parfaitement écrit et conçu pour soutenir les thèmes et l’intrigue de la série. Tatsuhiro c’est quelqu’un qui est paumé de ouf – il n’a aucun rêve, aucun espoir, et même quand on a des flashback d’une période où il était plus entouré, on comprend vite qu’il est cynique, distant et ne croit globalement pas à grand chose. Sa vie est un grand ennui, ses études à Tokyo ont foirées et manifestement il a peur de sortir sans que la série ne nous dise vraiment quel aura été l’élément déclencheur. C’est un personnage qui est en attente d’un truc qui changerait magiquement sa vie mais qui est juste ça – en attente. Il n’entreprend rien, il ne fait rien, il attend en fumant et en dormant, dans une vie morne et sans passion.

Clairement, avant même d’être un hikikomori, Tatsuhiro c’est surtout un dépressif, et il est évident que l’un va rarement sans l’autre. On a donc quelqu’un de très vulnérable qui va passer l’ensemble du récit à alterner entre différentes obsessions. A chaque fois on va le voir être initié à quelque chose, il va y voir l’objet de sa salvation, il va pousser le truc à 3000%, se brûler les ailes, s’humilier, avoir peur, et rejeter le truc aussi sec avant de repartir s’isoler. Tatsuhiro c’est quelqu’un qui a tellement rien dans sa vie que dès qu’il a un truc, il va s’y accrocher à mort et s’en gaver extrêmement vite. On lui fait découvrir Internet ? Hop là boum il va devenir obsédé par le porno – au point de bourrer son ordinateur et de s’intéresser au plus illégal qui soit. On lui fait découvrir les jeux en ligne ? Il va y passer 20h par jour. Il découvre Akihabara ? Il y flambe toutes ses économies en deux heures. Il y’a une fille qui s’intéresse vaguement à lui ? Il va ne plus penser qu’à elle en permanence. 

Car oui tiens, il est pas tout seul dans la série le gars ! Y’a aussi Misaki justement.

Et Misaki, au départ, elle est vraiment établie comme une bonne vieille Manic Pixie Dream Girl, c’est à dire un archétype de personnage féminin qui apparaît dans la vie d’un protagoniste masculin, souvent déprimé, afin de lui servir de motivation principale pour qu’il améliore sa vie. Sauf que.. Misaki elle a pas des intentions si nobles que ça ! Elle propose à Tatsuhiro des rendez-vous psychologiques un peu nul parce qu’elle a que 17 ans et pas franchement de diplôme en la matière. Elle aime bien mentir sur elle-même et particulièrement sur sa scolarité parce qu’elle a pas envie qu’on sache qu’elle est déscolarisée. Elle aussi est plutôt isolée, et vit dans une famille adoptive qui est indifférente quant à son existence, la seule chose qu’elle fait avec eux étant du porte à porte pour leur église qui a l’air vaguement cheloue. Mais bon eh c’est toujours mieux que ses vrais parents qui ont l’air de lui avoir laissé quelques traumatismes assez vener. Bref, Misaki elle va en réalité pas très fort non plus, et tu sens qu’elle essaie de trouver un sens à sa vie… en essayant de sauver ce héros. Une sorte de syndrome du sauveur dont elle n’a guère conscience, et qui est alimentée par le fait qu’au fond elle voit Tatsuhiro comme quelqu’un d’assez pathétique.

Et globalement la relation entre Misaki et Tatsuhiro elle est… intéressante. On pense en commençant la série que ça va forcément déboucher sur une histoire de romance assez classique genre il est malheureux elle aussi mais ils vont finir par se tirer vers le haut et s’en sortir ensemble etc etc… mais, encore une fois, ça ne sera jamais vraiment aussi simple. Car au fond leur relation vont sans cesse être du chaud et du froid, une sorte de dépendance un peu malsaine entre eux, où l’affection et le mépris vont sans cesse se côtoyer. Tatsuhiro va vite se rendre compte du double jeu de Misaki ce qu’il va parfois accepter, parfois s’en offusquer. Misaki, elle, va conserver son obsession quant à cette idée de sauver Tatsuhiro ce qu’elle fera parfois par réelle affection, mais aussi parfois par pur orgueil, ce qui va derrière détruire ses efforts. Parfois ils vont se sauver, parfois ils vont se saboter… Mais ils vont toujours revenir l’un vers l’autre car au fond ils continuent de développer un lien unique, un lien cassé, fragile, pas toujours bon mais, malgré tout, un des seuls liens qu’ils ont pour ne pas être seuls au monde.

Et c’est là du coup qu’intervient le troisième personnage de tout ça, Kaoru, le voisin de Tatsuhiro, ancien camarade de classe de celui-ci, et pareil, les deux vont construire l’un avec l’autre un lien… encore une fois assez complexe. Kaoru démarre le récit en admirant Tatsuhiro – entre autres parce que celui-ci à l’époque du lycée l’avait défendu contre un bully – mais il va vite être déçu devant ce que son ancien héros est devenu. Du coup il va l’entraîner dans le monde de la culture otaku, lui faisant découvrir des animes, des visuals novels, l’amenant à Akiba et lui assénant de nombreux discours à la gloire des filles en 2D eux même accompagnés de discours plus critiques sur les vraies filles du monde qui serait selon lui, je paraphrase, toutes des putes. 

Bon on va pas tergiverser hein ! Le mec c’est un incel ! Il a une vision très idéalisée de la femme, il s’est mangé pas mal de rateaux mais a jamais envisagé l’idée que si tout puait la merde c’est peut-être parce que l’odeur était sous sa chaussure… Il lâche des longs discours selon quoi la romance c’est un concept de dégénérés occidentaux et que le Japon c’était mieux quand y’avait des mariages arrangés… Bref c’est un mec aigri, frustré, sous pression, qui ne trouve sa joie que dans les jeux de drague, la consommation de porno et le matage d’anime – je suis d’ailleurs au regret de vous annoncer que si dans l’anime il est fan d’une magical girl fictive nommée Puru Puru Pururin, dans le roman il est explicitement nommé comme étant méga fan… de Doremi Magique.

Voilà… Désolé aux fans de Doremi… Vous êtes dans le même fandom que Kaoru… Mais bon en même temps il n’existe pas donc… vous vous en remettrez… j’espère… 

Mais bref, là j’en dépeint un tableau assez noir mais les apparences cachent surtout un mec qui a zéro confiance en lui, qui vit encore sous le traumatisme des harcèlements qu’il subissait au lycée, qui succombe sous la pression monstre que lui inflige ses parents qui veulent lui faire reprendre la ferme familiale… Le mec est vraiment déçu par ses études de designer de jeu vidéo et évidemment il n’est pas parvenu à se faire le moindre ami à Tokyo, en plus d’avoir développé un crush sur une fille avec qui il n’a pas tant de lien que ça. Encore une fois ça n’excuse pas ses discours haineux et aigris, mais ça les explique – dans tous les cas le personnage est suffisamment pathétique pour qu’on comprenne assez facilement que beaucoup de ses souffrances il se les inflige à lui-même, que toute cette colère et cette haine qu’il dégage le rend de moins en moins désirable auprès des autres, entretenant du coup le cercle vicieux dans lequel il s’est enfermé. 

Et comme il n’a que Tatsuhiro comme connaissance dans ses environs, les deux vont essayer de s’allier pour écrire et développer un visual novel érotique afin de trouver gloire et fortune, un plan qui va pas toujours très bien avancer, d’autant qu’on va vite se rendre compte que, là aussi, la relation entre les deux est en permanence en dents de scie, alternant constamment entre camaraderie et mépris, chacun ayant du mal à vraiment faire confiance à l’autre – Kaoru voit Tatsuhiro comme un loser déchu assez glauque, Tatsuhiro voit Kaoru comme un puceau frustré assez épuisant dès qu’il parle de meufs, donc dur de vraiment bâtir quelque chose de fort – au final ils se tolèrent plus qu’ils ne s’apprécient.

Donc vous l’aurez compris, NHK c’est l’histoire de ces trois personnages, trois personnages qui sont reliés mais qui restent seuls et qui ont du mal à sortir de cercles vicieux, de traumatismes ou de pressions qu’ils subissent ou s’infligent. Des personnages paumés, qui vont essayer de se soutenir mais aussi de se saboter, car au fond chacun se pense meilleur que les deux autres, et chacun a cette petite pensée noire mais rassurante…

Je suis ptet une merde, mais je ne le suis pas autant que Tatsuhiro/Misaki/Kaoru.”

NHK c’est une série sur des gens qui vont mal, mais qui se rassurent en se disant que heureusement y’a quelqu’un qui va plus mal qu’eux. Un raisonnement qui leur fait du bien sur le moment mais qui va mener à leur perte sur le long terme ! Et ça la série va le montrer régulièrement – 

Par exemple prenons l’arc du commerce pyramidal, où Tatsuhiro va retrouver une ancienne camarade à elle, qui va réussir à le convaincre d’acheter 3 tonnes de produits de merde pour qu’il puisse les revendre derrière à d’autres gogos.

Et ce qui est intéressant dans cet arc c’est qu’il est pas là pour dire “le pauvre Tatsuhiro arrive et se fait arnaquer, fin de l’histoire.” C’est très vite plus complexe – Tatsuhiro est lui-même au courant de ce qu’est un commerce pyramidal, il sait comment ça fonctionne et il sait que c’est une course permanente à l’endettement. Mais il va quand même se faire convaincre de mettre le doigt dans l’engrenage parce que sa camarade va jouer sur… son envie d’être quelqu’un. La manière dont il va être convaincu c’est sur la promesse de devenir riche en escroquant des gens qui lui sont inférieurs, qui seraient trop bêtes pour savoir ce qu’est du commerce pyramidal, et qui se feraient ainsi avoir par un Tatsuhiro bien plus malin et plus intelligent. Le paradoxe étant, évidemment, que Tatsuhiro est lui-même en train de se faire avoir par quelqu’un qui s’estime bien plus maligne et bien plus intelligente que lui… et elle-même s’était faite avoir par quelqu’un de-

Bref, vous l’aurez compris, il y’a toute une réflexion sur le commerce pyramidal, sur pourquoi les gens, même ceux à priori très malins et très intelligents, y succombent, et pourquoi du coup c’est aussi efficace. Parce que ça mise sur le fait que tout le monde pense être plus malin que les autres, et que c’est ce sentiment de supériorité qui, inévitablement, va mener à leur perte.

Je pourrais d’ailleurs vous parler d’autres personnages secondaires, particulièrement de Hitomi, là aussi ancienne camarade de lycée de Tatsuhiro, devenue femme mariée et fonctionnaire dans un grand ministère, bref quelqu’un qui à priori a tout réussi… mais qui très vite révèle à Tatsuhiro à quel point elle consomme nombre de médicaments, calmants et excitants. Là ou Tatsuhiro se défonce à des trucs plus illégaux, elle elle a fait le tour de tout ce que les pharmacies mettent à disposition, pour essayer de calmer un mal de vivre absolu qui la taraude. Ça amène entre autres à l’arc de l’île déserte qui est un arc… pfffiou. Ouais un arc… waaah… si vous avez la série vous savez, si vous l’avez pas vu je vous dirais rien pour que vous le découvriez mais disons que… ah il a une sacrée ambiance… ouais ouais ouais… 

Donc bref, tout ça pour dire que j’aime beaucoup la manière dont NHK traite ses personnages. Ils ne sont pas des modèles,, surtout quand on voit certains trucs qu’ils font et y’a des scènes en particulier qui vous mettront certainement très mal à l’aise, mais la série parvient à suffisamment bien développer et expliquer les raisons de pourquoi ils sont ce qu’ils sont qu’au bout du compte on a sincèrement envie de les voir se sortir de ces spirales négatives dans lesquels ils se sont enfermés. D’autant qu’ils ne manquent pas de volonté ! C’est ça aussi qui permet de pas rendre la série trop plombante ou le casting trop antipathique – tu sens qu’au fond, ils veulent juste enfin parvenir à être meilleurs et c’est ce qui nous permet de les encourager, aussi difficile cela peut être…

Bienvenue en 2026

Mais du coup on parle on parle mais y’a une grande question qui se lève – est-ce que NHK c’est encore regardable en 2026, vingt ans plus tard ? Et bah la réponse que je vais vous apporter à cette question est claire: oui !

Et pour une raison simple: le sujet principal de la série est on ne peut plus d’actualité !

Alors oui bien sûr y’a des aspects qui ont vieillis – par exemple, si la série avait été écrite en 2026, pas certain que Tatsuhiro repasserait son temps à se goinfrer des Meuporg, nom barbare désignant les jeux de rôle en ligne auquel on prend part avec d’autres compagnons virtuels. Oui evidemment des MMO y’en a encore de nos jours, j’ai passé tout un confirment sur FF14 je suis bien placé pour le savoir, mais c’est clairement moins un sujet de société et c’est surtout des jeux qui sont moins imposant dans la culture gaming d’aujourd’hui que dans celle de 2006 !

Sans doute que le Tatsuhiro de 2026 il se serait surtout endetté à claquer toute sa thune dans des gacha mihoyo… Ou dans Fate/Grand Order… Ou dans les deux à la fois…  Où alors son temps sur Internet il le passerait surtout à traîner sur les réseaux sociaux et à se radicaliser sur je ne sais quel terrible sujet politique haineux – il existe peut-être un Bienvenue dans la NHK alternatif écrit en 2024 ou Tatsuhiro devient masculiniste à force de sombrer dans le côté sombre de Youtube… Où qui développerait une relation beaucoup trop parasociale avec une vtubeuse random… Il y’aurait de nouveaux sujets à explorer, c’est certain !

Bonjour c’est le Amo du montage à nouveau – je viens de découvrir qu’en novembre 2024 est sorti Shin NHK ni Youkoso, alias Bienvenue dans la Nouvelle NHK, où Tatsuhiko Takimoto reraconte l’histoire de Misaki et Tatsuhiro comme si ça se passait en 2026 ! Du coup ça aborderait de nouveaux sujets comme la réalité virtuelle où bien le porno en streaming mais bon je viens de foirer mon JLPT N5 donc je n’ai pas la confiance en moi pour lire le livre pour le moment – mais les reviews parlent d’une oeuvre plus légère que l’originale donc ça vaudra le coup d’être creusé ! 

(Je continue de parier que Misaki devient vtubeuse je pense que c’est obligé bref !)

La couverture de Shin NHK ni Yokouso – pas de Yoshitoshi Abe, terrible !

Mais cela n’empêche pas que le thème principal de la série, lui, il est toujours énormément d’actualité car ce sujet, bah c’est la solitude ! Car on est en 2026, plus qu’en 2006, dans une société où nous sommes de plus en plus seuls. Malgré Internet, malgré les réseaux sociaux, malgré toute une foule de chose qui en théorie sont censés nous rapprocher, nos liens humains se dissolvent de plus en plus et de plus en plus de personnes en souffrent. Bien sûr il y’a le sujet de l’isolement chez les plus âgés, mais ce sur quoi je veux me concentrer c’est celui chez les plus jeunes – le projet Mentalo de l’Inserm expliquait que 4 jeunes sur 10 se sentaient seuls et c’est un chiffre qui va en croissant au fil des années. 4 jeunes sur 10 ! On est pas si loin de la majorité ! 

C’est un sujet qui est réellement préoccupant parce qu’au fond la solitude, surtout quand elle n’est pas choisie, quand elle n’est pas voulue, c’est dévastateur. C’est quelque chose qui, irrémédiablement, n’aide pas quiconque à développer les meilleurs aspects de soi, c’est un terreau incroyable pour les mauvais sentiments, la haine de soi et la haine des autres – NHK évoque longuement tout ça, avec certes une certaine forme d’exagération dans son propos, tout le monde ne va pas forcément vriller reclus et parano comme Tatsuhiro, mais de plus en plus de monde peuvent commencer à comprendre ses sentiments, voire peut-être même hélàs… s’y identifier ? 

Et c’est une série d’autant plus terrible qu’au fond, elle t’explique que… y’a pas de solutions facile à ce problème. C’est pas une série qui va te faire miroiter un miracle qui changerait ta vie et te ferait sortir illico d’années de mauvaises pensées ou de mauvaises habitudes dévelopées en étant seul. C’est pas une série qui va te dire “eh il te suffit de parler à des gens et c’est bon.” C’est même tout l’inverse: c’est une série qui te montre encore et encore que la solitude c’est un cercle vicieux duquel il est difficile de sortir, de s’extirper. Que la solitude est aussi un symptôme d’un mal-être plus grand qui est, là aussi, difficile à combattre mais qu’il faut au moins parvenir à identifier pour pouvoir envisager de s’en sortir.

Quand j’ai vu NHK c’était en 2007 et j’avais 18 ans – à l’époque j’étais encore au lycée, ça allait pas trop mal et j’avais surtout vu la série comme une forme d’avertissement… Mais, fatalement, j’ai ensuite connu des moments difficiles, j’ai connu des phases de dépression, et j’ai connu des phases d’isolement. Quand j’ai revu pour cette vidéo une partie de la série et surtout quand j’ai relu manga et roman, ça a été assez dur par moment parce que… je m’y suis parfois reconnu, tout simplement ! Sans que ce soit aussi extrême, rassurez-vous – j’ai toujours eu la chance d’avoir des amis qui me sont chers, et j’ai toujours eu du taf qui me forçait à sortir de chez moi et de parfois papoter avec des collègues de temps à autres, donc en vrai ça va ! Je suis pas là pour vous effrayer ! Je vais bien ! J’espère ! Mais ça n’empêche pas que des choses ont… raisonnés ! 

Et c’est un peu une des raisons pour laquelle l’écriture de cette vidéo a pris plus de temps que prévu – c’est parce qu’à force de gamberger sur cette thématique,sur la solitude en général, je me suis rendu compte d’à quel point elle est devenue centrale dans nos sociétés occidentales mais à quel point… tout le monde semble s’en foutre. Les lieux de rencontre s’effondrent, se ferment les uns après les autres ou deviennent hors de prix, l’état coupe à fond dans le monde associatif qui était un des principaux vecteurs de lien, on pense que les réseaux sociaux peuvent compenser alors que ça ne fait qu’accentuer nos isolements, nos jalousies, nos mépris, nos préjugés… On devient tous et toutes de plus de plus en plus comme Tatsuhiro et Misaki, et l’on essaie de plus en plus de se rassurer en se disant qu’on est moins fous et moins paumés que les autres – sans se rendre compte que les autres pensent peut-être la même chose de nous… 

C’est pour ça que je pense qu’encore aujourd’hui Bienvenue dans la NHK est une série qui vaut le coup d’être vue – parce qu’elle parle sans filtre et sans retenue d’un sujet important et que malgré toutes ses exagérations, elle expose assez clairement les mécanismes qui amènent au mépris et à la peur, et elle montre hélàs que c’est des choses dont les solutions ne sont pas forcément aisées à identifier. Elle le fait en plus avec un style visuel et un rythme qui continue de rendre la série facile à regarder aujourd’hui, à rester quelque part suffisamment divertissante pour ne pas non plus nous étouffer dans ses sujets lourds et qui peuvent parfois taper très pret du coeur de son spectateur. 

Si vous êtes seuls, si vous souffrez de solitude, surtout si vous êtes un homme, je vous recommande vivement Bienvenue dans la NHK. Ca ne va pas vous apporter de solution concrète, ça ne va pas forcément vous faire aller mieux, mais ça peut vous aider à réfléchr, ça peut vous aider à… comprendre votre souffrance, à mieux ll’identifier. La solitude c’est une souffrance qui n’est pas forcément facile à partager avec les autres, c’est une souffrance qui est encore même souvent moquée, et je trouve que c’est important d’avoir une série comme celle-ci qui… pose les termes. Qui n’est pas naïve. Je pense que vous en tirerez quelque chose, mais dans tous les cas, sincèrement, je vous espère dans tous les cas le meilleur…

Reste donc qu’encore aujourd’hui Bienvenue dans la NHK est un des animes parlant le plus justement de solitude et de dépression, où en tout cas qui le fait de manière la plus concrète et explicite. Ce n’est évidemment pas forcément le seul, et si vous aimez NHK vous apprécierez aussi des séries aussi variées que Serial Experiments Lain, que Tatami Galaxy ou que Watamote, qui traitent de sujets similaires avec des tons très différents. Sans oublier que, d’une certaine façon, l’anime récent le plus proche de NHK c’est ptet Yani Neko qui traite aussi de solitude et de pauvreté avec un certain humour particulier.. En tout cas reste que NHK est toujours aussi unique 20 ans plus tard, et toujours aussi efficace dans ce qu’il veut évoquer donc plus que jamais, ça vaut le coup d’être redécouvert !

Et voilà donc pour ce second Anime 4 Saisons, plus imposant et plus large que je ne l’avais prévu, j’ai été un peu noyé sous les différents angles et sujets à évoquer avec cette série, je sais pas encore très bien si je m’en suis bien sorti dans tous les cas n’hésitez pas à me le dire ! Comme d’habitude, un big up aux donateurs Patreon, en particulier à Takobiotech qui donne au plus gros palier donc je le cite oralement merci beaucoup à lui, mais merci à tous ceux qui soutiennent comme ils peuvent et merci à vous qui avez regardé cette vidéo et lui a donné une chance ! 

On se retrouve très vite – dans une quinzaine de jours pour la preview des animes de l’automne 2026, et j’espère dans environ deux mois pour le prochain Anime 4 Saisons, et là fini 2006, on va aller vers une série qui va fêter ses cinq ans cet automne ce qui va surtout me donner l’occasion de parler du travail d’adaptation – bref je vous laisserais découvrir ça très bientôt donc dans tous les cas je vous souhaite une bonne journée, une bonne soirée, une bonne nuit, plus que jamais prenez soin de vous !

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