Spec Ops The Line – Malaise Warfare

Spec Ops The Line – Malaise Warfare

Oui donc voilà j’ai terminé Spec Ops The Line y’a quelques jours et j’avais besoin d’en parler. Enfin je me sentais dans le devoir d’en parler. Histoire de rajouter une pierre dans l’édifice. Et d’alimenter ce blog. Aussi. Un peu.

Donc. Spec Ops The Line.

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Sorti l’an dernier peu avant l’été, Spec Ops The Line se présentait comme un Third Person Shooter dans un contexte militaire et oriento-désertique désormais ultra connu du joueur qui s’est tapé les Call of Duty, les Medal of Honor ou bien les Ghost Recon.  Boîte à la couverture ultra classique, gameplay comme présenté ultra basique, et la seule particularité annoncée, elle est ultra folle: ça se passe dans un Dubai ravagé par une tempête de sable. WOW C’EST OUF DIRAIS-JE SUR UN TON SARCASTIQUE. Et puis des gens y ont quand même joués (sans doute parce que payé pour ça) et ont remarqués que, oh putain de merde, en fait le jeu est pas juste un TPS. C’est une putain d’adaptation officieuse en jeu vidéo d’Apocalypse Now qui lui-même était une putain d’adaptation officieuse en film du bouquin Au Coeur des Tenèbres de Joseph Conrad.

Et donc oui, surprise: Spec Ops The Line prend un univers « Call of Dutyien »… pour le déconstruire, le parodier, l’analyser et le critiquer. Et c’est pour ça qu’aujourd’hui tout le monde en parle et que le jeu a acquis une aura quasi intouchable. Car on était nombreux, très nombreux à en avoir ras le cul de la guerre contre la Terreur. Ras le cul de ces 3000 jeux qui, depuis le 11 septembre, poussent comme des champignons pour permettre aux hommes occidentaux de continuer à fantasmer la guerre, de massacrer du russe et de l’arabe maléfique sans arrières pensées, de vivre une vision idéalisée de la guerre ou les soldats du « bon camp » sont des héros ou des martyrs face à des milliers d’ennemis sans identités, sans personnalités. Enfin, là on parle évidemment des campagnes en solo qui sont de toute manière ignorées par des milliers de joueurs qui sont là que pour un multijoueur online souvent de qualité. Mais, euh, là n’est pas le sujet.

Spec Ops vient remettre tout ça un peu à plat. C’est difficile d’aller plus loin sans spoiler mais dites vous juste ça : la grande qualité de Spec Ops c’est son écriture. Parfois très subtile, parfois grosse comme un camion, il reste difficile de nier sa réelle efficacité. A la fin du jeu, on se sent pas forcément très bien pour le héros… et pour une partie de nous même. Le jeu est d’ailleurs très court : je l’ai terminé en six heures dans la difficulté normale (sachant que j’ai du perdre une heure sur l’avant-dernier chapitre, diabolique de difficulté.)

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Cette courte durée de vie n’est pas un défaut : non seulement le propos du jeu n’aurait pas été si efficace en continuant à s’étirer (au bout d’un moment on aurait fini par comprendre que la guerre c’est mal) mais le gameplay de Spec Ops n’est pas ce qu’on peut appeler un modèle de diversité. Des couloirs, des zones vastes ou les ennemis vous attaquent, vous les tuez, vous pouvez continuer, et ainsi de suite jusqu’à la prochaine cutscène, qui vous proposera ensuite un schéma similaire. Déjà lourd dans un Call of Duty, le jeu ne possède pas spécialement de particularité qui rendent les gunfights amusants, surtout que ceux-ci peuvent se réveler très difficile et vous faire manger vos erreurs avec un poing américain. Les checkpoints n’étant pas toujours idéalement placé, c’est souvent beaucoup de temps perdu.

Les développeurs ont justifiés ce gameplay banal en insistant sur le fait qu’ils ne voulaient pas faire du jeu quelque chose de fun. Au moins ils ont réussis à ne pas rendre le gameplay particulièrement attracif sans le rendre en contrepartie pénible. Contrairement à un Deadly Premonition, par exemple, qui va tellement loin dans son délire qu’il en oublie de ne pas être agaçant. On a le sentiment de faire notre devoir et quelques variétés dans les situations et les ennemis suffisent à nous maintenir eveillé.

Donc pas de surprises : ne jouez pas au jeu pour son gameplay, mais pour son histoire. Et, surtout, sa morale. Comme Far Cry 3 après lui (mais auquel j’ai joué avant, paradoxalement), il y’a des vraies questions sur le rôle du joueur, sur pourquoi celui-ci aime autant pratiquer des tueries virtuelles et, en plus, le jeu possède toujours une frontière tenue entre fantasme et réalité. Ce qu’on voit à l’écran se passe t-il réellement ou se déroule t-il dans la tête du héros ? On ne sait jamais. Enfin si, on le sait, mais à la fin du jeu, donc ça ne sert à rien de spoiler.

Donc je ne vais pas vous surprendre et je vais donc me rajouter à la longue liste de personnes qui vous conseillent de vous faire ce jeu.

Attention maintenant je SPOILE LE JEU et je vais plus en détail dans ce qui m’a plu ou même gêné. C’est réservé à ceux qui ont finis le jeu et qui veulent savoir mes pensées plus en détail.

SPOILER APRES L’IMAGE.

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Alors très vite le jeu m’a vraiment happé à partir du chapitre 8. Avant cela j’avais l’impression d’un jeu qui essayait trop fort d’être un jeu anti guerre sans trop savoir comment nous impliquer. Quelques heures avant de commencer à y jouer, je discutais du jeu dans le parc Monceau en compagnie de gens de qualité, et ceux-ci m’ont juste dits les mots « phosphore blanc. » Je m’attendais donc à une scène ultra marquante avec du phosphore blanc… et quand dans le chapitre 7 arrive, que je vois ces victimes détruites par le phosphore dans un flash aveuglant dont surgit la silhouette ultra menaçante du premier soldat lourd du jeu, je croyais qu’ils faisaient référence à ce moment et j’ai donc été un peu deçu. Quand une heure plus tard le jeu me dit « eh, tiens, si tu bombardais les soldats ennemis avec du phosphore blanc ? » je m’attendais donc à un mini jeu classique avec un sous-texte particulièrement cynique.

Et c’est là que j’ai compris, évidemment, à quel point le jeu peut te tuer l’esprit.

Quand j’ai commencé le mini jeu du bombardement et de la lecture des cibles sur radar thermique, j’ai tout de suite pensé à cette mission de Call of Duty ou on faisait la même chose. Et là je me suis dit « tin le jeu est tellement cynique que je vais découvrir à la fin que y’avait quelques civils dans le tas que je suis en train de bombarder. » Puis quand j’ai vu à la fin du mini jeu cette grande foule blanche immobile à coté du Tank bah là je SAVAIS. Soit j’attaquais des soldats sans défense en train  de se reposer, soit j’attaquais un groupe de civils ou de prisonniers.  J’ai hésité deux secondes, me demandant si le jeu allait me laisser l’opportunité d’éviter de bombarder ce groupe… et quand j’ai bombardé le tank à coté (qui était en train de m’attaquer), j’ai vu le groupe mourir en même temps. Ah.

Bon, vous avez joué au jeu vous savez : on bombarde donc au phosphore un groupe de civils parce que le radar nous donnait aucune indication sur ce qu’on bombardait. Bravo héros, sois hanté à jamais par cette mère et son enfant morts brûlés à vif l’un dans les bras de l’autre !

Je me suis senti légitimement mal. Et, de l’autre coté, j’étais énervé contre le jeu parce que, comme je l’ai dit, j’ai hésité et je sentais le coup un peu venir. Si ce groupe est mort c’est parce que j’ai bombardé le tank à coté, ce qui a crée une réaction en chaîne scriptée et inévitable. Quoiqu’il arrive, et même si on a des doutes, ce groupe ne peut pas être sauvé. Il est le point marquant du jeu, celui qui va transformer les personnages définitivement. Cette scène est forte, méchamment efficace mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on aurait pu et du l’éviter pour récompenser le joueur de ne pas avoir été trop « bourrin. » Elle aurait été bien plus forte si elle aurait été flanquée dans la gueule d’un joueur qui se serait amusé sur ce mini jeu à tirer sur des cibles inhumanisées sans se demander sur quoi il tirait.

Enfin. En soit ça reste de loin l’une des scènes les plus marquantes du jeu, et ça demandait une légère paire de couilles. Les développeurs se sont justifiés à plusieurs reprises et ont régulièrement expliqués avoir voulus rendre ce passage obligatoire. Donc ok j’accepte l’idée. Mais ce passage m’a un peu dégouté… et je crois que c’était l’effet recherché donc c’est parfait.

Pour le reste, pèle-mèle, y’a des idées géniale comme ce soldat lourd qu’on affronte de manière épileptique (ça n’a aucune justification mais ça en jette), le passage terrible ou on doit affronter un village entier de réfugiés en colère (même si là encore dès que ton coéquipier dit « eh je vais me réfugier dans un village », on a tous très peur de savoir ce qui ça va s’y passer) et, globalement, certains niveaux sont plutôt jolis et les passages dans la tempête de sable en imposent. Par contre je comprends pas comment les héros font pour parfois se retrouver au sommet d’immeubles alors qu’ils semblent rarement monter ?

 

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FIN DU SPOILER

 

Voilà, Spec Ops The Line c’est très bien, on est tous d’accord là-dessus, c’est chouette.

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5 réactions au sujet de « Spec Ops The Line – Malaise Warfare »

  1. J’ai eu l’occasion d’avoir le jeu en main grâce au PS+ et je partage globalement ton avis.

    J’ai vraiment accroché à l’histoire et la scène dont tu parles dans ton spoiler ne m’a pas laissé de marbre non plus. D’ailleurs, il est intéressant de parcourir le jeu une deuxième avec les révélations finales dans un coin de la tête, histoire de voir la narration avec un autre regard.

    Par contre, je trouve aussi le jeu très/trop difficile. Pour avoir tenté le mode FUBAR (difficulté maximale), j’ai du vrai « Die and Retry » comme c’est pas permis! Le plaisir de jeu en prend un sacré coup et vu la position hasardeuse des checkpoints, tu crises pour le moindre headshot mal anticipé.

    Toujours est-il que Spec Ops : The Line est un jeu vraiment intéressant. Moi qui n’aime pas du tout les environnements militaires, je me suis vraiment laisser charmer par ce Dubaï ensablé et son équipe Delta.

  2. Concernant la question des immeubles dans ton article , c’est un choix qui a pour but d’amplifier l’impression de descente sans fin vers les enfers.

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