Soredemo Boku wa Kimi ga Suki – Tournent les rateaux

Soredemo Boku wa Kimi ga Suki – Tournent les rateaux

Parfois j’aime me dire que j’ai des gouts simples. J’aime la vanille et j’aime la fraise ? Alors je prends une glace vanille/fraise. J’aime bien gérer une ville dans Simcity et j’aime gérer des lignes de transports dans Cities in Motion ? Alors je joue à Cities Skyline. J’aime les intrigues politiques et j’aime Kevin Spacey ? Woh, c’est super bien House of Cards.

Mais parfois c’est plus compliqué de mélanger des trucs que j’aime bien: j’aime beaucoup la Formule 1 et j’aime beaucoup le hentai vanilla, mais faut avouer que des hentai vanilla avec des F 1, y’en a pas des masses. De même, j’adore Nobuo Uematsu et je surkiffe jouer à Rock Band, mais ça va être difficile de caser You’re not Alone dans le jeu d’Harmonix 1

Puis parfois un miracle arrive, un mélange qu’on attendait pas se produit. Tenez, j’aime beaucoup Que sa volonté soit faite 2 et je suis faciné par les histoires d’amour malheureuses à la Makoto Shinkai. Comment mélanger ça, c’est pas incompatible ? Une série ou un garçon doit draguer un maximum de filles pour sauver le monde face à un univers ou aucune histoire d’amour ne laisse le spectateur comblé ?

Et bien, au Japon, le miracle a eu lieu, la salade a été cuisinée, mes prières ont été exaucées et ça donne lieu à un très beau manga en 44 chapitres et 7 volumes. Son nom ? Soredemo Boku wa Kimi ga Suki. 

Couverture du premier tome aux Etats-Unis, ou il sort depuis hier sous le nom Forget Me Not aux éditions Kodansha USA.
Couverture du premier tome aux Etats-Unis, ou il sort depuis hier sous le nom Forget Me Not aux éditions Kodansha USA.

Le pitch, il est pas mal: Serizawa est un trentenaire un peu paumé dans la vie, qui fait un boulot pas forcément très passionnant et qui vit seul. Il a le spleen, le marasme, le seum, la déprime. Un jour, alors qu’il rentre chez lui avec son petit scooter, il croise une jeune fille qu’il croit reconnaître, se crashe à cause de la surprise et tombe inconscient sans voir le visage de celle-ci. Tout ce qu’il sait c’est que celle-ci appelle l’hopital et le contacte peu après par téléphone. Il croit reconnaître une ex à lui mais n’arrive pas à retrouver quelle ex pour une raison simple: il a beaucoup d’ex et a chaque fois il était la raison pour laquelle ces relations ont échouées.

Il va la rencontrer le lendemain mais avant ça il va se retrouver seul avec ses mémoires pour répondre à cette question: parmi toutes ses histoires d’amour ratées… laquelle est cette fille, qui semble laisser entrouvrir un nouveau départ ?

On va donc explorer ses souvenirs et revivre toutes ses histoires ratées, une par une, du début à la fin. Ici, pas d’amourettes non réciproques, juste des vrais bons gros gadins amoureux qui vont parfois lui faire très mal, du collège jusqu’a sa vie adulte.  Et malgré ce postulat qui pourrait paraître très déprimant, ce qui est chouette est que Soredemo Boku wa Kimi ga Suki est loin de n’être qu’un arrache-larmes de plus !

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Quand le premier baiser avec ta future ex est trop trop chou

A l’heure ou j’écris cet article, c’est la moitié du manga qui a été traduit, ce qui couvre à l’heure actuelle quatre arcs, tous de plus en plus longs: le premier prend un chapitre, le second trois, le troisième un volume et le quatrième s’étend sur deux volumes, ce qui laisse augurer du meilleur pour la suite. Ici, comprenez que le mot « arc » veut dire « fille » puisque chaque arc est dédié à un personnage féminin que le héros va aimer, ce qui n’empêchera pas qu’à la fin – c’est écrit dans le marbre – des coeurs seront détruits. Parfois par sa faute, parfois par celle de l’être aimé.

Quand je disais plus tôt qu’on va suivre la relation du début à la fin, c’est étape par étape: d’abord il va découvrir la fille, l’aborder, la découvrir dans une situation, créer une relation avec elle, d’abord d’amitié puis d’amour. A partir de là, soit il se mettra en couple avec elle, soit la relation restera bloquée à un certain stade, ce qui créera frustration, regrets et remords pour le héros. De toute façon, même si il se met enfin en couple, des ennuis vont arriver, des erreurs seront faites et il y’aura une rupture, inévitable. Donc, en somme, on a un nombre finalement assez limité de pages dans lequel on va passer par toutes les émotions de la romance: de la joie en voyant le couple se former, un coeur réchauffé devant des bons sentiments, un peu de colère quand un des personnages jouera l’idiot et de la tristesse quand la relation devra prendre fin.

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Quand tu dis à tout le monde que tu vis bien une relation ou ta copine a pas beaucoup de temps pour toi

Soredemo Boku wa Kimi ga Suki était un shonen initialement publié dans le second plus gros magazine shonen du pays, c’est à dire le Weekly Shonen Magazine de la Kodansha. Ce n’est pas spécialement étonnant vu que contrairement au Jump le Weekly Shonen Magazine s’est souvent targué de proposer une large palette de shonens romantiques: Suzuka, Love Hina, A Town Where You Live, School Rumble, Again, Good Ending, voire même des titres comme Koe no Katachi. Néanmoins, j’ai utilisé le passé dans la première phrase de ce paragraphe pour une raison simple: le manga va déménager en cours de parution de magazine, partant vers un mensuel alors en pleine explosion grâce aux succès de séries comme Arslan ou l’Attaque des Titans: le Bessatsu Shonen Magazine.

Du coup, parce que la série reste un shonen, le ton choisit pour décrire tout ça est assez terre à terre. Si Soredemo Boku wa Kimi ga Suki n’a pas beaucoup d’humour – je rigole peu souvent, soyons honnête -, il n’a pas pour autant un ton sombre ou antipathique, on ne déprime pas vraiment en le lisant, malgré les histoires racontées. On a des regrets, de la tristesse mais en même temps le postulat du manga est clair: toutes les filles vont rompre avec lui, donc on est prêt. Et ça va même plus loin puisqu’on sait que de toute manière, à la fin, il va revoir l’une d’entre elle et, qui sait, pouvoir réparer les erreurs passées.

C’est étrange comme avec ce simple procédé narratif on parvient à rendre une histoire de mec qui se mange déception sur déception pas aussi déprimant que ça aurait pu l’être.

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Contrairement à beaucoup d’autres shonens romantiques, la série ne repose jamais sur le fanservice. Pas de panty shot ou de décolletés plongeants: les rares moments de nudité ou d’émoustillements sont liés à l’intrigue et font avancer les relations entre les personnages ainsi que l’état d’esprit du héros. Exemple con: celui-ci va passer tout un arc collé à une fille qui a littéralement pas de temps à lui consacrer, les rares moments qu’ils passent ensemble le sont quand ils partagent un scooter. A ces moments là la poitrine de la jeune fille se colle à son dos, ce qui est l’un des rares contacts physiques que le héros va avoir avec elle, et ce qui va faire peu à peu monter son désir et sa frustration créant en lui un manque qui va être difficile à combler. Car notre héros n’est pas un héros « classique » de romcom shonen: il a des désirs, essaie de les masquer par politesse, mais ne les nie pas. Comme quoi, on peut être un héros de romcom et être un type normal,  pas un hystérique qui panique dès qu’il voit un début de décolleté.

Le tout s’accompagne d’un style visuel très doux, avec des personnages aux grands yeux brillants. On a un chara-design généralement très vivant et qui est particulièrement appliqué pour les héroïnes, qui sont toutes remarquables et extrêmement jolies, comme pour mieux participer à leur glorification. On notera que ce design beau et rayonnant a tendance à disparaître une fois « l’amour » pour le personnage passé, comme un symbolisme à peine subtil: sont-elles rayonnantes par naturel ou rayonnantes parce qu’on veut les voir rayonnantes ? Ah, l’amour…

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Si chaque arc est de plus en plus ambitieux, tous ne sont pas forcément d’un intérêt égal. J’avoue m’être un peu ennuyé devant l’arc dédié à Hermés, par exemple, sans doute moins par baisse de qualité que par désintérêt envers le personnage et l’archétype qu’il représente. Mais ce qui est bien c’est que malgré tout aucun arc ne semble pour l’instant souffrir de répétitivité: en cinq « ruptures », on a pour l’instant cinq cas différents, allant de la peur du héros de se faire isoler socialement par ses amis connards si il sort avec la fille jusqu’a, comme on disait plus haut, supporter une relation avec une fille pour laquelle tu as tout sacrifié mais dans lequel l’intime et le physique n’existe que peu.

Donc bref, Soredemo évite de tomber dans le piège de sa narration et malgré son schéma on ne s’y ennuie pas. Encore une fois, c’est un bon point.

Et, plus généralement, je reste surpris de voir à quel point le ton peut être juste. Les romances de Soredemo Boku wa Kimi ga Suki sont peu merveilleuses, elles sont assez concrètes et, oserais-je le dire, foutrement réalistes. Pas de fausse chasteté, pas de rencontres incroyables, pas de couples qui se forment après des déclarations sous un cerisier en fleur: ici les couples se forment « naturellement », les relations se créent de manière cohérentes et tout évolue de manière logique, loin de tout fantasme ou fausse perfection. Damn, une des héroïne va aider Serizawa après une soirée très alcoolisée dans ce qui est la scène romantique la moins glamour du manga mais est pourtant tellement pertinent en parlant finalement mieux d’amour que n’importe quel autre manga romantique à rallonge.

Et ça encore une fois, cette absence de longueurs, de fausse perfection, on le doit au schéma: comme l’auteur a un nombre limité de chapitres pour raconter une histoire d’amour sans suspens, il peut aller à son rythme pour la raconter, ce qui nous évite le syndrome A Town Where You Live 3 ou Nisekoi 4: tout va beaucoup plus vite. Ici l’enjeu n’est pas de savoir si ils finiront ensemble, mais comment ça va échouer.

Quand tu traites la gentille fille timide comme une merde
Quand tu traites la gentille fille timide comme une merde

Dernier point: ce manga est l’adaptation d’un roman taiwanais destiné à un public large. Je vous avoue foutrement pas savoir à quel point c’est fidèle mais, évidemment, ça peut expliquer pourquoi l’écriture globale nous prend pas pour des cons et pourquoi tout semble plus proche de nous, plus réaliste. Je suis d’ailleurs étonné de voir que c’est une première oeuvre puisque le dessinateur/dessinatrice 5 est Nao Emoto, dont on ignore à peu près tout et qui n’a jamais travaillé sur autre chose. Avec ce style doux, efficace et somptueux, j’espère très rapidement le/la retrouver sur d’autres séries du même style, la patte est vraiment incroyablement bien adaptée au style de la comédie romantique dans sa grande largeur.

La très jolie couverture du tome 3. Toutes les couvs tuent <3.
La très jolie couverture du tome 3. Toutes les couvs tuent <3.

Donc voilà, il me reste la moitié de l’oeuvre à découvrir donc, qui sait, ça va ptet devenir nul à un moment. Mais, honnêtement, j’ai du mal à concevoir comment ça peut craquer. Le concept est solide et la durée finale (7 volumes) me rassure: en ce laps de temps, il y’aura eu le temps d’utiliser tout le potentiel de ce concept sans vraiment l’étirer au délà du point de rupture. Comme chaque relation va aussi de plus en plus loin, il y’a une curiosité: quel sera le prochain archétype, que va t-il arriver au héros ? Est-ce que ça va être plus passionné encore ? Si oui, est-ce que ça va faire encore plus mal à la fin ?

Tout ça peut sembler un peu sadique mais Soredemo reste surtout une série ou le lecteur y met un peu de soi: si vous avez été heureux et malheureux en amour, vous allez forcément vous y retrouver un peu. Je dis pas que le manga est exclusif à ceux qui ont connu les affres de l’amour, je dis simplement que si vous avez une expérience en la matière, c’est toujours plus susceptible de vous parler.

Reste que c’est pour moi un vrai coup de coeur et que j’ai jamais encore vu pour l’instant manga aussi juste et aussi poignant sur l’amour. Si vous avez des protips pour aussi bien je suis toute ouïe mais, en attendant, je vous conseille très très fort d’y jeter un oeil et je commence à prier pour qu’un éditeur française suive les pas de Kodansha USA et sorte ça chez nous. Faut juste que le public derrière soit réceptif et euh… attendez j’essaie de me souvenir du succès moyen des mangas de romance en France… ah euh… Bon… Euh…

… J’y crois quand même ?

… Allez ?

Quand t'étais à deux doigt de te laisser embarquer dans une sale histoire à quelques pas d'une autre fille endormie
Quand t’étais à deux doigt de te laisser embarquer dans une histoire torride avec ta copine à quelques pas d’une autre fille endormie
  1. Notez que parfois un miracle arrive: je surkiffe Uematsu, je surkiffe le catch, donc je surkiffe voir des catcheurs faire le thème de victoire de Final Fantasy.
  2. The World God Only Knows / Kami nomi zo shiru sekai, ça me saoule de pas savoir lequel des TROIS noms utiliser, encore heureux que je parle pas d’Higurashi/Hinamizawa/When They Cry/Le sanglot des cigales
  3. Ou faut attendre littéralement une année dans l’histoire pour voir le couple principal enfin passer une nuit dans le même lit, ce qui est si faussement chaste que même le pape François trouve ça irréaliste, en tout cas moi j’ai parfois bien facepalm
  4. Ou après 3 ans de lycée et sans doute 250 chapitres le héros finira sans nul doute avec Onodera ET Chitoge, de toute façon
  5. Vu son nom Nao je suspecte que c’est une femme mais c’est facile de se tromper
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4 réactions au sujet de « Soredemo Boku wa Kimi ga Suki – Tournent les rateaux »

  1. J’aime bien ce titre mais il y a quelques petites choses que je lui reproche qui m’empêche de l’apprécier pleinement (attendons nous, je l’aime beaucoup mais il y a des choses sur lesquelles je tique).
    Déjà son héro, souvent dans ce genre de manga j’ai envie de les taper. Il souffre du syndrome du « nice guy », le mec trop gentil, trop serviable, qui sait pas dire non (trop bon trop con comme on dit) qui se fait mal traiter comme c’est pas permis, avec un certain manque de confiance en lui. J’en ai souvent vu dans des mangas pour créer des situations comiques et des quiproquos à foison avec les demoiselles, bon là comme tu le soulignes, c’est pas la poilade. Pour moi, ça c’est surtout ressentie dans l’arc Yamaguchi/Makino. D’ailleurs, je trouvais la fin de l’arc Makino un peu rapide.
    Après certains personnages féminins sont pour moi assez clichés comme Hermès et l’autre tsundere (qui est techniquement sa 1ere copine).
    Sinon notre pauvre héro devrait changer d’amis, vu comment les autres le traitent, la réputation qu’ils lui font etc…il est pas gâté. Et il essaie quand même de faire bonne impression devant eux et de leur prouver quelque chose.
    Bref…normalement je devrais pas l’aimer ce héro mais j’ai de la peine pour lui et c’est là que le manga est fort car j’ai de l’empathie pour ce pauvre bougre. Certaines situations sont bien traités avec des réactions normales qu’on pourrait tous avoir.
    Et moi qui me disais que c’est le genre de titres qu’on pourrait avoir potentiellement en France mais je ne suis pas doué en pronostics.
    Sinon les couv montrent les filles dans le désordre (n°3 & 4)?

  2. Un titre et un concept intéressant. Je le lirais bien parce qu’au fond c’est mon genre de came, mais j’ai vraiment trop peur du sentiment doux-amer de ce genre d’histoires. Ca va aussi probablement me rappeler de très mauvais souvenirs et je sais pas si mon body est lady pour ça en ce moment.

    Ca serait cool qu’il sorte en France en tous cas.

  3. Je suis assez intéressez par le titre, mais les histoire d’amour, ça me fout toujours le bad. Si un jour sorti en france il y a (Je verrais bien ça chez Akata), je pourrais me laisser tenter.

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