The Garden of Words – Goutte à goutte

The Garden of Words – Goutte à goutte

Bon allez, on se fait un petit article à chaud, genre quick n’dirty ? 

C’était la première fois ce soir que j’allais au fameux cinéma Grand Rex. Le Grand Rex pour un gamin qui a grandi 23 ans en Province comme moi, c’était un de ces fameux lieux parisiens dont on en entendait partout le nom à la télé mais qu’on ne savait pas vraiment à quoi ça ressemblait en vrai. Un peu comme les théâtres dont on découvre une fois devant qu’en fait ils sont vachement petits. Enfin l’an dernier j’étais parti accompagné quelques amis à la séance des deux films Madoka Magica mais je n’étais pas entré parce que mieux à faire. J’ai eu du bol. 

Donc j’y étais pour une soirée dédiée à un moyen-métrage, en l’occurence The Garden of Words de Makoto Shinkai. Vous savez le réalisateur de Cinq centimètres par secondes, là aussi un moyen métrage, qui m’avait pris par surprise l’an dernier alors que je traversais une mauvaise période (oui je met le lien de l’article mais j’ose plus le relire aujourd’hui, il doit dégouliner de pathos.) Et The Garden of Words est mon second Shinkai parce qu’entre temps je n’ai pas trouvé le temps de regarder un seul de ses autres films ! Malgré tout, qu’est-ce que j’en ai pensé ? Et bien, je vais pas le nier: c’était pas mal du tout. MAIS…

Point fort du film: il est très vert
Point fort du film: il est très vert

Scénario: un jeune garçon a pour habitude celle de sécher les cours les matins de pluie. Il se rend alors à chaque fois dans un abri de parc et passe son temps à dessiner des chaussures car il rêve de devenir cordonnier. Une jeune femme d’âge adulte mais indéfini a elle aussi pour passion celle de squatter cet abri à chaque jour de pluie. Son travail est inconnu, son nom également. La seule chose qui la distingue c’est que dès le matin elle boit bière sur bière et manger nombre incalculable de plaquettes de chocolats. Ces deux êtres vont donc apprendre à se connaître, au rythme des jours de pluie. Mais, grande tristesse, viendra un jour ou la saison des pluies laissera la place à un été sec…

C’est du Shinkai: l’histoire d’amour se terminera t-elle bien ? Suspens !

Donc si vous n’aimez pas les trucs très très romantiques, passez votre chemin, vous risquez de vous faire chier. Ce film est donc centré sur l’évolution de la relation entre deux personnages, une évolution pas spécialement très rapide, qui échappe à pas mal de codes du genre romantique auquel on peut s’attendre. C’est une relation assez silencieuse, avec des mots rares: Makoto Shinkai reste un dialoguiste dont les talents trouvent leurs sources dans une certaine forme d’avarice. Chaque mot possède une certaine valeur. Mais du coup tout avance très lentement, scène par scène, mot par mot. Le tout bercé par une musique assez merveilleuse et, surtout, un décor à couper le souffle.

Un décor lambda
Un décor lambda, pas forcément le plus beau plan du film, et déjà, ouais

Makoto Shinkai nous l’a dit: la production des images du film n’a pris que six mois, et ça paraît dingue dit comme ça. Certes le film ne fait que 47 minutes mais chaque plan est d’une beauté à couper le souffle. Les décors sont extrêmement détaillés comme à l’accoutumée, la colométrie est juste à chaque fois parfaite, et il commence à faire mumuse avec des gouttes de pluie en images de synthèses histoire de bien se faire plaisir, et nous faire plaisir. L’animation est pas toujours parfaite mais sait être là quand il le faut. Bref, il est facile de voir The Garden of Words comme une sorte de gigantesque wallpaper qui éclate les rétines. Une ode à la beauté aussi bien du parc de Shinjuku que de tout l’environnement urbain qui gravite autour. Quand l’héroïne soupire à coté d’un tableau d’horaires, on peut s’amuser à voir à quel horaires passent les trains car tout est extrêmement détaillé. C’est comme toujours très plaisant.

Fun fact d’ailleurs: on peut apercevoir à un moment un livre sur les chaussures dont l’auteur serait un certain Cedric Littardi, c’est à dire l’ex PDG de Kazé qui aujourd’hui fait un bar avec des cocktails beaucoup trop chers. Mais c’est toujours marrant de voir ça – surtout qu’il s’agit d’un hommage assumé de Shinkai à la personne qui a fait un peu de forcing pour sortir en Europe une compilation DVD regroupant ses premiers courts-métrages, à une époque ou il était encore peu connu. Marrant d’ailleurs de constater que tout le long de la soirée, Shinkai avait plein de mots d’amour pour Kazé qui a légitimement fait découvrir son nom au grand public français mais relativement peu pour Viz Media… qui est la société internationale derrière Kazé, pour rappel, et qui a fait en sorte de virer Littardi. Huhu (Merci QCTX pour les détails et pour avoir posé les questions aux bonnes personnes.)

Garden03

 

Mais bon du coup mes pensées sur le film, plus concrètement: comme je suis un gros fanboy de Kana Hanazawa, il me sera difficile d’être objectif sur sa performance en tant qu’héroïne mais c’était bizarre au début d’entrendre cette voix, liée à des personnages comme Nadeko de Bakemonogatari, sur le corps d’une femme censée avoir entre 25 et 35 ans.

Maintenant sur le film en lui-même: il m’a touché, je l’ai trouvé très beau mais j’y suis allé en espérant me prendre la même claque que Cinq Centimètres par Seconde, et je me la suis pas prise. J’ai un peu pleurniché lors du montage final, très beau, mais je n’ai pas été la fontaine de larmes que je croyais que j’allais être. Il m’a touché, mais pas autant que je l’espérais. Néanmoins je trouve que Shinkai a tout de même réussi à, encore une fois, créer une très jolie histoire d’amour en une quarantaine de minutes, avec encore une fois un final très sucré-salé. Un peu difficile à avaler, mais qui passe bien une fois digéré. Et comme d’habitude, il nous parle également de dépression et de sentiment de perdition, le tout souligné par une très belle scène dans des escaliers d’immeuble.

Bref je vous conseille de le voir. Il est plutôt court, très beau, bien écrit et très touchant, à nouveau. Le fait que j’ai été un peu déçu vient sans doute du fait que j’ai mis 5cm sur un piédestral à cause du fait que je l’avais vu dans un état d’esprit pathéthique. Si vous aimez les jolies histoires et les jolis décors, et que vous êtes un grand sensible, sautez dessus. Encore plus si vous avez aimé les autres films de Makoto Shinkai. Et si vous en avez jamais vu, il peut tout à fait être votre premier film. Sans soucis.

Fun fact: l'appareil photo de mon nouveau portable a l'air pire que l'ancien. Kiffez.
Fun fact: l’appareil photo de mon nouveau portable a l’air pire que l’ancien. Kiffez cette bonne grosse photo de merde après une page de screenshots du film.

Le reste de la soirée était tout à fait sympa. Makoto Shinkai (un peu pompette grâce au champagne) a pris le temps de répondre à diverses questions du public pendant prêt d’une heure. Evidemment les défauts habituels de ce type de rencontre est là: je déteste par exemple les Q&A avec des invités étrangers puisque le temps de traduction prend un temps fou et que parfois les interprètes sont moins compréhensibles que prévu… c’était un peu le cas ici. Mais well je chipote. Ah, puis les gens du staff qui tiennent les micros et qui te voient pas alors que tu lèves le bras à cinq centimètres de leur tête. C’était blessant. J’ai ragé. Je continue à rager. Tellement grave. RAAAA-.

Mais à part ça (RAAAAA-), force est de constater que Makoto Shinkai est un auteur attachant, plutôt libre dans ses réponses (« alors oui j’ai fait ce film en espérant que les jeunes garçons apprennent à apprécier les pieds des femmes. Et si ça peut les changer d’un point de vue sexuel, c’est un bonus »), qui prend le temps d’expliquer, qui n’a pas peur d’essayer d’être drôle et qui ne parle pas avec une langue de bois particulièrement explicite. Bref, un véritable plaisir, hélas bien trop court parce que tout doit prendre fin au bout d’une fois.  Si possible sans que je puisse poser ma question et RAAAA-. Enfin cela ne l’a pas empêché d’évoquer le sujet de pourquoi il aime les trains (« j’ai pas l’impression de les aimer plus que ça, c’est les Européens qui me le signalent à chaque fois »), de comment il gère son planning de réalisateur (« oui oui j’ai pu faire le film en six mois et ensuite enquiller sur une pub toute choupie pour un groupe immobilier mais je suis triste j’ai du rusher la pub »), de son film de Shinkai préféré (« si on pouvait faire disparaître Voices of a distant star je serais pas contre c’est de la merde ») ou bien encore le sujet tant attendu du « mais pourquoi y’a pas de chats dans ce film » (« j’ai pas pu en caser un =(. »)

Et donc là j’écris l’article, il va être 3h du matin et je me lève dans 6h pour aller revoir Makoto Shinkai à la fnac des Halles. Triste monde tragique. Mais l’homme est plaisant, bavard, et donne envie d’être écouté encore et encore. Et ça c’est bien.

 

Bref, The Garden of Words est un film beau, touchant et rempli d’émotions. Un poil moins bien que 5cm/s mais faut pas rigoler, on reste dans du solide.

 

PS: LOLJapon épisode 1 et épisode pilote sont dispos ! Là !

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2 réactions au sujet de « The Garden of Words – Goutte à goutte »

  1. >> parfois les interprètes sont moins compréhensibles que prévu… c’était un peu le cas ici. Mais well je chipote.

    Mec, c’est pas du chipotage, c’est de l’enculation drosophilaire, du découpage de poil de cul au laser moléculaire. La traductrice prenait des notes en permanence pour pouvoir donner les bon mots-clefs (même si elle pataugeait dès qu’il fallait aligner trois mot en anglais, dont le titre des films de Shinkai). Et là où l’on se rend compte de la très bonne qualité de ses traduction, c’est la justesse avec laquelle le maitre répondait aux questions : pas une seule réponse n’était à côté de la plaque, toutes les remarques faisait sens (même si on ne le voyait pas au premier coup, Monsieur ayant tendance à étirer ses réponses).
    Non, franchement, le boulot de la traductrice était remarquable. Je l’avais déjà repérée l’année dernière à JE et je continue à considérer qu’elle fait du très très bon boulot.

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