Voyage au Japon 2026

[Voyage 2026] Jours 14 & 15 – Pomme d’Amour

Bonjour c’est Amo 👍. Vous m’avez déjà vu dans des films tels que « je voulais voir le pavillon d’argent mais j’ai croisé un salon anime manga sur le chemin du coup j’y ai passé que cinq minutes » ou bien encore « Moi, français de 35 ans, je visite en solitaire un parc d’attraction thématisé sur la Hollande !? » Aujourd’hui j’entame donc avec vous ce septième billet de voyage, qui va finir de couvrir mon séjour à Aomori. Après avoir pris le train pendant des kilomètres entiers pour visiter Hirosaki ou Hakodate, on s’offre un rythme plus doux et moins frénétique en restant dans la ville et ses alentours. Ce qui ne va pas nous empêcher de monter (longtemps) dans des bus, de faire face à des orages et de voir des gros Bouddha géants !

Je vais faire un peu le bilan d’Aomori avant même de commencer l’article – à la base j’avais choisi d’y passer cinq nuits, un peu par hésitation parce que je me demandais si j’allais vraiment trouver des choses à faire chaque jour. Au final, non seulement c’était parfait, j’ai pu voir pas mal de choses tout en me reposant un peu, mais j’aurais bien pris un jour ou deux de plus car y’a pas mal de choses que je n’ai finalement pas pu faire, souvent parce que très exigeant physiquement ou limité d’accès en transport ! Je pense ainsi aux gorges d’Oirase (2h30 en bus depuis Aomori, et y’a 4 a/r par jour), la randonnée le long de la côte de Tanesashi (12km de marche, ça a l’air superbe mais je doutais de mes compétences physique) ou bien encore la visite de la péninsule de Shimokita et du Cap Oma (où là faut être juste véhiculé, les transports y étant quasiment inexistants.) Faut que je me motive vraiment à passer le permis auto pour pouvoir me permettre, dans quelques années, un voyage plus sous le signe du road trip, qui facilitera forcément mon accès aux parties plus naturelles du Tohoku – sachant que je l’ambitionne aussi pour Hokkaido et, pourquoi pas, Kyushu.

Mon séjour au Tohoku n’est donc pas encore totalement terminé puisqu’au moment où j’écris ces lignes, je m’apprête à rejoindre le lendemain Akita pour deux nuits, mais je sais que j’en garderais un très bon souvenir, émerveillé par pas mal de panoramas que j’ai pu voir. Et je sais bien que je n’ai ici que vu le dessus de l’iceberg, en me cantonnant aux espaces les plus « touristiques » d’une région bien moins visitée que beaucoup d’autres. J’espère un jour avoir plus de liberté et un plus grand esprit d’aventure ! Et ça implique, en plus d’un éventuel véhicule, un corps et surtout des pieds moins fragiles, moins dans la peine permanente ! Mais on va essayer de faire de son mieux en rentrant…

En attendant, place donc à cet article qui va s’intéresser donc à quelques attractions d’Aomori plutôt historiques et culturelles, qui sera suivi par un petit détour en bord de mer avec… (lis ses notes) … un nouvel aquarium parce que je suis excessivement prévisible, je le crains.

Jour 14 – Aomori

Bon du coup jusqu’ici on a pas trop parlé de Aomori elle-même ! Le centre-ville est ok – il a une grande rue commerçante parallèle au bord de mer, sur lequel on trouve surtout un port, une jetée et, je le rappelle une nouvelle fois, un putain de bâtiment-triangle qu’on va révoquer plus tard dans l’article. C’est une ville qui me rappelle un peu Cherbourg sur certains aspects, avec un front de mer qui n’est pas vraiment là pour offrir des plages et des baignades, mais plus pour s’y balader. Bon, contrairement à Cherbourg vous n’avez pas de dénivelés de ouf et vous ne risquez pas de vous faire shooter par la marine nationale si vous prenez une photo au mauvais endroit, mais en tant que normand qui a grandi ses premières années à Equerdreville ça me parle un peu. Puis on y retrouve le côté grand port du nord, moi je dis ça colle.

Toute la grande avenue commerciale est mine de rien assez modeste – pas forcément énormément de boutiques, pas mal de rideaux éternellement descendus, une grande quantité de restos qui sont surtout des izakayas destinés aux salarymens locaux qui viennent se crasher dans le centre, on sent que le public touristique international n’est pas spécialement le public majoritaire de ceux-ci, avec d’ailleurs quelques boutiques de ci de là qui disent direct dès leur entrée qu’ils n’y connaissent pas grand chose en anglais donc merci de ne pas en attendre trop d’eux. Malgré tout, tu sens que la ville et la préfecture tentent de faire des efforts pour que les rares étrangers occidentaux qui viennent passent quand même un bon moment – pas mal de choses restent traduites en anglais, et les musées / sites touristiques en particulier font en sorte que les non-japonisants ne soient pas totalement largués. Et puis là, en ce vendredi 12 juin, tous ces sites sont mis à l’épreuve parce qu’en plus de moi, ils ont affaire à beaucoup plus de touristes que d’habitude parce que c’est le jour d’escale d’une des plus grosses croisières autour du Japon, avec le bateau Diamond Princess accosté au port d’Aomori pour une journée. Oui oui, le Diamond Princess, celui qui en février 2020 avait quelques patients qui avaient chopés un sale truc en Chine et nous avait donc permis d’observer en direct l’évolution d’une épidémie ! Que d’émotions…

Du coup j’ai passé la journée à faire un peu le même circuit touristique que pas mal de couples de vieux retraités australiens, hong kongais ou américains, c’était un peu rigolo et ça me permettait pour une fois de ne pas trop détonner avec mes chemisettes absurdement colorées pour un pays comme le Japon. Y’a un moment j’ai failli avoir mon heure de gloire quand j’ai vu un vieux britannique galérer à comprendre comment marchait le bus, mais une autre touriste est intervenue pour lui expliquer une seconde avant que je ne le fasse… j’ai failli revitaliser l’amitié franco-britannique… a ça… a ça…

(Autrement, quand il n’y a pas de croisières, les autres touristes que j’ai pu croiser à Aomori sont souvent des gens comme moi, c’est à dire en solo-travelling, comme cette artiste mexicaine qui a passée tout un trajet de bus a dessiner, ce qui était incroyable compte tenu des bus ultra bruyants et ultra vibrants proposés par le Japon. Mais j’ai aussi croisé pas mal de groupes qui clairement étaient là en escale d’une nuit, Aomori n’étant souvent que leur dernière étape de leur road trip avant d’aller à Hokkaido.)

Bref, début de journée – on visite la maison Nebuta Warasse située à côté de la gare ! Je vous ai déjà expliqué dans le billet précédent le concept du Nebuta / Neputa, c’est à dire cette grande parade annuelle où de nombreux artisans issus de tous les quartiers de la ville d’Aomori font défiler de gigantesques chars allégoriques sur lesquels sont dépeints en papier des figures légendaires et historiques du Japon, souvent avec des figures monstrueuses, des visages énervés, et beaucoup de couleur car l’attrait du Nebuta c’est qu’on fait ces personnages avec du papier légèrement translucide sous lesquels on met plein de petites lumières, ce qui leur permet de rayonner dans la nuit ! Et ces chars ne déconnent pas niveau taille, comme on peut le voir dans ce musée qui va surtout exhiber les « vainqueurs » de la dernière parade en date…

C’est un musée très sympa ! Je l’ai trouvé surprenamment un peu court, mais c’est parce que le bâtiment est tellement grand vu de l’extérieur que je m’attendais à quelque chose de gigantesque à l’intérieur mais non, c’est juste que le bâtiment doit être grand vu la taille ahurissante des chars qui y sont exposés ! Quand j’y suis passé, c’était assez chargé en terme de fréquentation mais honnêtement c’est parce que plusieurs lunes se sont alignées: en plus des nombreux touristes venant du Diamond Princess, il y’avait aussi au moins quatre ou cinq classes en voyage scolaire ! Et de tous les âges, allant de l’élémentaire au lycée à priori – enfin je crois… Du coup c’était un peu bruyant avec tous ces mioches mais en même temps le musée lui-même est bruyant, avec pas mal de musique traditionnelle qui joue en fond, quelques vidéos de parade et des démonstrations régulières de taiko.

Mais si vous passez à Aomori, n’hésitez pas à dédier une heure à ce bâtiment, c’est un pan de la culture régionale qui est très sympa à découvrir, et les chars sont vraiment somptueux. On peut vraiment les regarder dans le détail, parfois même voir leurs dessous (😳😳), les panneaux de présentations des chars sont des tablettes qui switchent entre le japonais et l’anglais, pas mal de chouettes informations et de mise en contexte donc c’est une bonne découverte de cet art. Les artistes sont d’ailleurs aussi mis en avant, entre autres via des plaques d’infos présentant les créateurs et créatrices les plus emblématiques d’Aomori dans le domaine.

La boutique à la fin est aussi méga chargée, entre autres via une collection de t-shirts dédié au Nebuta qui sont très très stylés. C’est une esthétique un peu rock n’roll, avec ses démons et ses personnages aux airs très énervés, c’est une énergie sympa…

Après ça, direction la gare voisine et, surtout, sa station de bus car il est temps d’aller à ma prochaine destination, elle située aux bordures de la ville et hélàs relativement loin d’une gare. Pour les touristes non véhicules, une ligne existe qui y mène mais attention voilà une ligne qui n’est pas pour les faibles d’esprit, de corps et d’organisation – elle passe environ une fois tous les deux heures, et c’est loin d’être direct puisqu’elle met cinquante minutes à la rejoindre, passant avant ça dans pas mal d’endroits de la banlieue d’Aomori. Et cet endroit c’est le Showa Daibutsu Bouddha qui est… bah un gros Bouddha de 21m. Presque aussi grand que le château d’Hirosaki ! Le petit château d’Hirosaki là !

Et effectivement il en impose – mais il n’est pas tout seul puisqu’il fait surtout partie d’un grand complexe nommé le Seiryu-ji, un ensemble de temples bouddhiques relativement récents car manifestement fondé en 1984. C’est d’ailleurs assez intéressant de visiter un temple aussi récent, car ça se sent ! Le grand portail d’entrée par exemple ne date « que » d’une trentaine d’années, et utilise donc des méthodes et surtout des matériaux de construction clairement plus modernes – le bois fait plus industriel, plus travaillé. Et surtout ça se sent dans la géographie générale puisque cet ensemble de temples… est au milieu de rien ! Entouré soit de forêts sauvages, soit de montagnes, soit de rizières, le Seiryu-ji n’est pas entouré par des commerces, des gares ou de la ville, contrairement à beaucoup d’autres ensembles de ce genre. Logique historiquement: souvent ces temples étaient les centres névralgiques des villes pendant plusieurs siècles, ce qui a laissé le temps aux gens de fonder beaucoup de choses autour. Mais bon, quand tu fais ton sanctuaire en pied d’une montagne désertée en 1984, faut convaincre un peu plus d’investisseurs et d’agents immobiliers si tu veux que ça devienne le coeur d’un nouvel espace urbain… Et pas certain d’ailleurs que ça soit l’intention !

En dehors du grand Bouddha, le Seiryu-ji hébèrge aussi une des plus grandes pagodes du Japon – 40m, mazette !

C’est dans l’ensemble un joli endroit, que je vous recommande donc pas mal si vous êtes dans le coin – si vous n’êtes pas véhiculé, à priori les bus passent de manière à vous laisser environ deux heures pour la visite, ce qui amplement suffisant à mon sens. Je recommande aussi de visiter l’intérieur du Bouddha, car c’est possible: l’entrée est un peu planquée en arrière mais elle existe belle et bien ! L’intérieur est un mini musée, très silencieux, avec pas mal de mantras, d’illustrations autour du thème des enfers bouddhiques et même un petit passage dédié au festival de musique que le complexe héberge chaque été, avec à priori une thématique jazzy si j’en crois les photos exhibées – j’avoue que n’étant pas très connaisseur de ce genre, je n’ai pas reconnu beaucoup des artistes montrés…

Après ça, dans l’attente du bus de retour, prévu pour une heure plus tard, je me suis un peu posé dans le café installé au sein du complexe, avec l’occasion de découvrir l’anmitsu, un plat mélangeant fruits avec glace au haricot rouge et gelée, refroidis par des glaçons. Il m’a fallu un petit moment pour comprendre que certains des glaçons n’étaient pas des glaçons – c’était de la gelée ! Gelée sans trop de goût, mais c’est là que la petite fiole de sauce fourni avec joue son rôle puisqu’on le verse sur la gelée, et l’eau formée par les glaçons qui fondent en prend également la saveur ! Mais quel goût est-ce, me demanderez vous ? Je sais pas, je suis pas parvenu à reconnaître ! En règle générale je suis pas fan des gelées et j’ai pas trop apprécié cette partie du plat. Mais les fruits étaient bons – ça fait toujours plaisir de se faire un peu de kiwi -, et la glace haricot rouge c’est une petite expérience, pas fondamentalement désagréable ! Mais je sais pas si je retenterais l’expérience anmitsu, la gelée joue une place trop importante à mon goût… Tragique…

Après ça retour dans le bus, pile à temps puisque deux minutes après être monté dedans je ne peux qu’observer un énorme orage s’abattre sur nous. Déjà dans le complexe j’avais entendu 2/3 coups de tonnerre assez impressionnants alors qu’il faisait un grand ciel bleu, ce qui était un sentiment assez spécial, mais les nuages sont vite arrivés et avec eux une pluie diluvienne, qui n’a pas empêché notre brave chauffeur de rouler tranquilou vers Aomori comme si de rien n’était. L’autre magie du timing étant évidemment qu’une fois revenu dans le centre de la ville non seulement la pluie cesse mais elle est immédiatement remplacée par un très beau soleil ! Après un début de voyage marqué par une relation compliquée avec la méteo, ça fait plaisir de l’avoir un peu de son côté 😎…

Galerie – Matinée culturelle à Aomori – Musée Nebuta & Grand Bouddha

Après un passage rapide au Animate d’Aomori (très sympa, et un des rares avec un stamp !!!), je me rends compte que je n’avais pas encore vraiment déjeuné jusqu’ici et l’anmitsu était un peu léger pour tenir le reste de la journée, du coup désolé mon père j’ai péché à nouveau et je me suis refait un ptit Burger King. Cette fois-ci je voulais surtout testé le Wooper événementiel du moment, mélangeant mayonnaise et… avocats ? C’était tentant. L’expérience en elle-même fut médiocre: les morceaux d’avocats semblaient vouloir sortir du burger à tout prix, comme un patineur sur une glace savonnée, du coup au bout de trois bouchées ceux-ci gisaient dans le plateau, tristes et éloignés de la viande…

Après ça, petit arrêt vite fait à l’hotel pour m’asseoir et planifier la suite de la journée – l’occasion aussi de se débarbouiller un peu et se rafraîchir, ce qui fait du bien. Ce troisième voyage c’est celui où j’apprends à pas faire des journées marathons et à aussi retourner dans ma chambre en milieu de journée juste pour être au calme, réfléchir et se changer si nécessaire. D’autant que mon hôtel étant situé en plein centre-ville, pas de panique à avoir sur les horaires – le prochain objectif n’est qu’à 10mn, et c’est l’ASPAM ! C’est quoi l’ASPAM ? L’Aomori Sightseeing Products And Mansion ! Oui ça ne veut rien dire !

Mais bref, surtout, l’ASPAM c’est le grand bâtiment en forme de triangle évoqué dans le billet précédent. Et vous savez ce qu’il y’a dedans ? Eh oui ! Un observatoire ! Encore un !

Avec sa vue sur les montagnes

Observatoire assez modeste, offrant une vue sympa et à 360° sur toute la ville d’Aomori ainsi que sur sa baie. Quelques sièges de ci de là, donc je me pose avec plaisir pour observer tout ça, d’autant qu’on peut encore voir au loin quelques nuages de pluie et d’orage, ce qui amène avec le soleil commençant à se coucher une ambiance pas dégueulasse.

La vraie star de l’observatoire ce jour-là, cependant, bah ça reste le Diamond Princess, qui était à ce moment là en train de partir !

Pas mal de gens au rendez-vous pour prendre au photo son départ, des nerds de bateaux j’imagine – et je ne vais certainement pas les juger. En règle générale j’aime bien comment c’est assez normal au Japon de voir des gens prendre en photo le moindre train / bateau qui passe – quand j’avais pris le limited express entre Hirosaki et Aomori quelques jours plus tôt, on était 4 gus à remonter le quai en sortant pour prendre en photo l’avant du train, et à chaque fois c’était des vieux salarymens de 50-60 ans qui clairement faisaient ça pour leur petite collec personnelle de photos de train. C’est une passion pour l’ingénierie que je respecte et apprécie !

Après trois bons quarts d’heure dans l’observatoire, je redescends visiter le rez de chaussée de l’APSAM – dédié lui aux spécialités locales, avec quelques boutiques de souvenirs et des vendeurs de pâtisseries sous le thème de la pomme, afin de respecter la fierté agricole de la région. Je teste du coup vite fait un chausson aux pommes (que je demande évidemment en français dans le texte 😎) et autant la pomme à l’intérieur était superbe, autant la pâte était très sèche, hélas ! Et en parlant de souvenirs, je me hâte pour la suite et retourne au niveau de la gare, déjà pour retourner à la boutique du musée Nebuta et récupérer un t-shirt qui me faisait pas mal de l’oeil, ensuite pour aller au niveau de la jetée proche et visiter mon dernier objectif de la journée, en l’occurrence le Hakkodamaru, un bateau transformé en musée !

Le Hakkodamaru a une histoire intéressante car il a été de la seconde guerre mondiale jusqu’à la fin des années 80 un des principaux ferry chargés de relier Honshu à Hokkaido, via de nombreux trajets quotidiens entre Aomori et Hakodate. Une histoire animée mais également tragique, avec entre autres en 1954, durant un typhon, le naufrage d’un autre navire de la flotte, le Toya Maru. Un naufrage qui va justement accélérer la volonté politique de relier les deux îles par un tunnel astronomique de 57km qui mettra plus de vingt ans à être construit. Donc visiter le Hakkodamaru c’est aussi visiter une relique centrale de l’ère Showa, un bateau emprunté par des millions de voyageurs, qui fut partie intégrante de l’économie, de la vie quotidienne et de la culture d’Aomori ainsi que d’Hakodate.

Ce qui est aussi intéressant avec le Hakkodamaru c’est qu’il ne transportait pas que des voyageurs et des biens: il transportait aussi des trains ! En effet les trains se stoppaient à la gare d’Aomori, décrochaient leurs wagons et empruntaient ensuite des rails spéciaux qui les emmenaient dans la cale du ferry, où à Hakodate ils feraient la manoeuvre inverse pour rejoindre le réseau ferré de l’île et continuer leur trajet jusqu’à Sapporo. Trajet du coup interminable, vous vous en doutez, ce qui explique pourquoi l’avion a, dès les années 60, était le moyen privilégié de relier la capitale d’Hokkaido à celle du pays. Mais n’empêche que mettre des trains dans des bateaux, c’est un peu cool ! Ils le font d’ailleurs toujours en Italie quand vous voulez aller en Sicile !

Le musée-bateau en lui-même est une visite que je recommande pas mal: elle offre un bel historique de l’histoire du bateau, avec de la doc certes intégralement en japonais mais vous pouvez scanner des QR Code pour avoir une « synthèse » de chaque section, ce qui est suffisant pour déjà comprendre l’importance historique du navire. Il y’a une belle reconstitution de l’ambiance des années 50 / 60 dans les premières parties, avec reconstitutions d’étalages, mannequins faisant office de faux passagers et nombreux objets exposés. Tickets, vêtements, outils… On retrouve même des vieux tableaux d’affichage des tarifs ou des horaires, une plongée dans un Japon moins accessible aux touristes, c’est certain !

Et puis surtout, le bateau est très généreux dans les zones qu’il permet de visiter: vous pouvez non seulement facilement monter sur le pont, mais vous pouvez même pénétrer dans des endroits habituellement peu accessibles à des publics, comme l’intérieur de la cheminée ou bien encore la salle des machines ! Alors évidemment y’a encore des zones fermées, et tu sens d’ailleurs que certains endroits sont inaccessibles parce que trop dangereux / trop bouffés par la rouille, mais la liberté offerte au visiteur est très grisante et plutôt bienvenue ! C’est un plaisir d’explorer ce ferry, de voir les compartiments dédiés aux gens qui travaillaient dessus, de voir les trains exposés dans la cale – paraît même que certains jours on peut monter dedans, ce qui doit être très sympa !

Et puis là aussi, calme de fou pendant la visite – le fait d’avoir débarqué 1h30 avant la fermeture m’a assuré de pas croiser grand monde dans le bateau. Seuls deux ptites dames et un duo d’allemands manifestement eux aussi fans d’ingénierie (en même temps, c’est un euphémisme: ils sont allemands) furent les visages croisés durant ma visite. Du coup j’ai pu profiter de chaque salle autant que je voulais, j’ai pu prendre mon temps, et c’était parfait. Un bon moyen de finir cette journée touristique à Aomori !

Après ça, bah le classique – rentrée à l’hotel, tapotage d’article, – la vie d’auteur quoi ! Mais une journée qui m’aura laissé très satisfait – j’ai vu pas mal de belles choses, ça a été très varié, bien profité de la ville… On aime !

Galerie – Après-midi à Aomori (Animate, Observatoire de l’APSAM, Hakkodamaru)

Jour 15 – Asamushi

Pour ce samedi j’avais projeté un plan maléfique: faire une grasse matinée ! Du coup nique le petit déjeuner ce jour, j’allais pas y’aller ! J’allais pas mettre de réveil et me lever quand je voulais ! Dormir à fond, profiter de mes vacances, pas de pression !

Du coup je me suis réveillé naturellement à 9h25…. J’aurais dû me lever 15mn plus tôt pour aller prendre mon petit dej… Bon tant pis… J’ai quand même passé une partie de la matinée au lit, à lire des bêtises sur Internet ou faire des recherches pour le reste de la journée donc au final ça va, j’ai quand même été un peu une grosse patate, comme je le méritais.

En vrai c’est un samedi où j’avais à la base un plan plus ambitieux qui aurait consisté à aller marcher sur la côte Tanesashi, entre la gare de Sama et la gare d’Okuki, prêts de Hachinohe. 12km de marche paraît-il dans des endroits absolument superbes, et j’avoue que j’étais saucé. Hélas la veille m’a un peu démotivé à le faire: je suis quand même sorti de ma journée touristiques une nouvelle fois avec des pieds très douloureux, une grosse fatigue et, surtout, la découverte de prédictions méteo pas favorables pour cette marche avec pas mal de pluie de prévue et même des avis de tornade (!) dans la région donc vous savez quoi ? Tant pis, je vais pas faire 1h30 de train pour marcher 6h dans la pluie et le danger, je peux m’économiser un peu !

Du coup, ce plan A à l’eau, me voilà sorti de l’hotel vers 12h30 en direction de mon plan B. Mais avant ça, déjeuner – et je visite un petit resto de curry nommé le True, situé pas trop loin de là où je crèche. Reviews superbes sur Google, envie de curry, allez YOLO. Et effectivement je tombe sur un resto assez petit, avec uniquement le proprio comme unique staff, quelqu’un de très gentil, qui va me donner une place et un menu intégralement en japonais (qui ne résiste pas à ma lecture des katakanas 😎… et un peu à l’aide de Google Translate 😎…) Je demande le « curry 2 couleurs » (Ni-iro eh oui je suis un pro du japonais 😎) un peu intrigué par le nom, et là 10mn après il me ramène un plat chargé de bonheur.

A gauche le curry classique, brun, légèrement épicé, plein de saveurs et de bonheurs, à droit un curry à l’ail, là aussi délicieux. Et au milieu un barrage de riz qui retient chaque côté, mais évidemment qui va se briser au fur et à mesure de l’avancée du repas, nous faisant arriver à la fin à un mélange des deux currys qui vont se compléter à la perfection !

Franchement délicieux, et là encore comme toujours, pour un prix qui me donne l’impression de commettre un vol. 1300 yens avec un coca, soit 7€ ??? Mais d’où ???

A noter que j’ai tenté de faire le poseur et j’ai lâché au proprio un « Oishi da !!! » avec un grand sourire, et il m’a fait « ooh nihongo jouzu 👍. » Donc voilà bravo tout le monde, j’ai eu mon premier nihongo jouzu pour avoir dit « c’est délicieux », même pas en forme polie, j’ai joué le jeu, j’ai fait « aaah mada mada » suivi d’une onomatopée bien française à base de « pfrrrrr » en secouant les mains vers le bas. Proprio vraiment très gentil jusqu’au bout puisque la pluie a commencée à tomber quand je suis sorti et, ayant oublié mon parapluie a l’hotel, il m’en a donné un ! Je suis retourné à mon hotel au sec, repris le mien et rendu le sien et il était trop content. J’avoue surtout que je ne savais pas trop ce que j’aurais fait d’un second parapluie donc j’ai préféré le lui rendre, d’autant qu’encore une fois il était à 5mn de mon hotel donc pas un détour horrible 😭.

Après ça je passe par la gare afin de recharger ma carte Suica, de récupérer mon tickets de train pour le lendemain et, surtout, de choper un bus qui s’apprêtait à partir pour ma destination du jour – et 40mn plus tard, après un voyage à travers la banlieue d’Aomori, me voici à Asamushi !

Asamushi c’est une ptite ville située au nord-est d’Aomori, sur la baie. Ça a été pendant longtemps un des principaux centres balnéaires et touristiques de la région, avec une rencontre parfaite entre la plage et les montagnes, supporté par un très important onsen et un gros complexe hôtelier. En outre non seulement la vue sur la baie y est belle, mais elle est magnifiée par la présence de l’île de Yuno, une sorte de grosse île ronde et verdoyante, interdite d’accès aux humains, à part quelques prêtres qui peuvent se rendre sur le temple qui se situe dessus car oui on construit vraiment des temples partout où on peut par ici.

Après, je vous dis « ça a été pendant longtemps » parce que aujourd’hui Asamushi c’est euh… clairement l’ombre d’elle-même.

Le complexe hotelier dont je vous parlais plus tôt ? Abandonné depuis 2017 suite à une gigantesque faillite. Généralement on est sur un lieu qui n’a pas bien vécu l’éclatement de la bulle économique au début des années 90 et qui vit depuis cette période une lente agonie, où tout ferme peu à peu et de manière inéluctable. Du coup explorer la ville est une sacrée expérience parce que d’un côté t’as la plage, t’as la baie, t’as l’île Yuno, bref un panorama superbe, rafraîchissant, et tu te retournes pour regarder le bord de mer et tu vois le Japon sous sa forme la plus rouillée, la plus abandonnée. Les vestiges d’une époque lointaine et passée, des ruines où des bâtiments qui font de leur mieux pour survivre.

Après j’exagère sans doute un peu – ce sentiment il est surtout particulièrement criant quand on observe l’hôtel abandonné, bâtiment vraiment en train de crever de manière explicite, avec ses fenêtres pétées, sa rouille, son enseigne à moitié détruire. Mais des pans de la ville essaient toujours d’amener une forme d’activité: entre autres quelques restaurants et surtout le onsen qui essaie d’attirer au maximum les gens avec des tarifs attractifs et une petite boutique de souvenirs, le tout idéalement placé le long de la route nationale 4, qui le long de ses 750km relie Aomori à Tokyo… Mais est-ce qu’on s’arrête encore souvent à Asamushi ? Je ne sais pas trop.

Après, y’a aussi un autre truc sympa et important à Asamushi et c’est… son aquarium !

EH OUI C’EST DONC L’HEURE DU 🕺 SECOND AQUARIUM DU VOYAGE 🕺 !!!

Et là y’avait du monde ! En même temps on est samedi et il a fait moche tout le début de la journée donc normal que l’aquarium soit une idée qui s’impose à pas mal de familles du coin. Et même à quelques touristes étrangers ! Vous y trouvez donc toutes les bases de l’aquarium japonais avec son chemin balisé, ses grands bassins thématisés et son petit spectacle de dauphin à heures régulières. Rien de spécialement révolutionnaire ici.

Mais du coup je pense que des trois aquariums que j’ai visité jusqu’ici au Japon (Kagoshima & Niigata avant ça), c’est sans doute celui-ci mon favori jusqu’ici ! Particulièrement grâce aux bassins du début: entre le très joli tunnel à l’entrée où on peut observer requins, poissons et raie manta, et celui dédié aux espèces des coraux rempli de couleurs et de vie, avec des bancs idéalement positionnés pour rêvasser devant, j’ai eu pas mal de petits coups de coeurs. J’ai beaucoup aimé la présence d’animaux un peu surprenants comme des pieuvres géantes du pacifique, et même des phoques !

Le spectacle de dauphin était aussi assez rigolo, avec une grande emphase sur la participation du public: mon passage préféré est celui où ils donnaient aux dauphins des ballons géants qu’ils devaient envoyer vers le public, public qui se chargeait d’essayer de leur renvoyer. Et heureusement que c’était des balles assez légères parce que les dauphins ils étaient pas là pour rigoler: ils envoyaient puissamment. Façon second poteau Pavard si vous avez la référence d’il y’a 8 ans !

Donc non je suis sorti satisfait, relaxé mais par contre avertissement si vous y allez: si vous prenez la porte « sortie » au niveau du bassin des dauphins… vous sortez directement dehors, sur le parking ! Je pense qu’on peut ré-entrer easy en montrant son ticket à l’entrée, mais vu que j’ai fait cette bévue une demie-heure avant la fermeture j’ai pas osé tenter le coup. Du coup je suis pas repassé par la boutique de souvenirs où ça sentait la gaufre, ce qui m’attriste parce que du coup j’avais envie d’une petite gaufre ! Tant pis ! A la place je vais aller à la plage tiens !

Très chiant d’ailleurs le trajet de l’aquarium jusqu’à la plage – les deux sont à quelques centaines de mètres à peine l’un de l’autre mais entre les deux y’a la route nationale et, évidemment, elle a pas énormément de passages piétons ou même de passerelles / chemins souterrains. Du coup faut faire un loooong détour et marcher le long de la nationale jusqu’à arriver au seul passage piéton disponible. C’est un peu nul ! Heureusement y’avait un Mini Stop sur le chemin, c’est le seul combini que j’avais jamais fait jusqu’ici, et du coup j’ai pu prendre de l’eau et un pain à la crème. Et j’ai pu les déguster sur la plage, en regardant la ptite île, avec le soleil couchant aptement caché par des nuages, pour pas trop m’éblouir la gueule !

Quelques badaux sur la plage, une équipe de beach volley en train de s’entraîner… en ce samedi soir ce n’était pas la grande foule, donc parfait pour profiter de l’instant présent. Réfléchir au sens de la vie, marcher dans le sable, se sentir coupable, écouter le son des vagues faire spourtch spourtch, mettre ses lunettes de soleil quand même parce que pfiou le soleil quand il est pas caché par les nuages il est quand même bien vener malgré tout… Bref, moment sympa ! Et puis après on se retourne pour aller jusqu’à la gare, on retombe sur le gros hôtel abandonné aux odeurs de tétanos et ayé, la bonne ambiance est effondrée, maintenant on repense au déclin du monde moderne, aux politiques désastreuses de la droite amenant à des échecs économiques certains et à la situation géopolitique actuelle laissant envisager la possibilité d’un hiver nucléaire empêchant d’aller acheter des goodies à Akihabara dans quelques années, et on se sent triste et vide. Mais, eh, on fait de notre mieux !

Mais oui, retour en train du coup, le timing étant bien calé pour choper un des trains de la ligne Aomori qui circule dans le coin à un rythme le rendant non-éligible pour un Hide & Seek Jet Lag, avec un passage toutes les 2 heures environ. C’est aussi une ligne gérée par son propre opérateur, Aoimori Railways, ce qui est pas fréquent dans une région très dominée par JR East ! Du coup pas de JR Pass possible, ni de paiement en IC Card, donc faut prendre son billet à la ticketterie. Cela se fait sans problème, même si je suis interpellé dès l’entrée par un panneau « ATTENTION OURS APERCUS DANS LES ENVIRONS LE 15 MAI 2026. » Woh, ok, donc c’est vrai ces histoires d’ours de moins en moins peureux au Japon ! Je m’attendais pas à en voir dans ce coin-là, je les imaginais plus profonds dans les terres, mais faut croire qu’eux aussi ont envie de goûter à la vue d’Asamushi et ptet aux poissons de l’aquarium ! Ptet que si l’hotel était encore ouvert ils réserveraient des chambres… Y’a un business qui s’est un peu effondré là…

Retour en train très tranquille, arrivée à la gare d’Aomori sous fond de musique puisque y’a un petit festival installé sur la plage, à proximité de la gare. Je pensais reconnaître la voix d’une des artistes mais après vérification du line-up, non, inconnu au bataillon, c’était majoritairement des groupes locaux ! D’ailleurs en explorant le site, je vois que y’avait un stand Go Go Curry d’installé… Ah j’aurais su j’y serais allé chercher mon dîner… Parce qu’à la place j’ai pris un gyudon pas super au Yoshinoya local. C’était pas cher (4€), ça a rempli l’estomac mais… mmm… la satisfaction n’était pas totale pour autant. Surtout que la soirée derrière allait être chargée parce qu’il fallait commencer à préparer sa valise pour la suite du trajet ! Laver ses vêtements, ranger ça, classer les goodies accumulés jusqu’ici entre différents sacs, préparer la paperasse pour le takkyubin, regarder les qualifs du Grand Prix de Barcelone, commencer à tapoter cet article… Bref, beaucoup de choses, et on finit par se coucher un peu tard ! Surtout que le lever du lendemain s’annonce challengeant, avec un réveil mis à 6h40 ! Mais c’est pour la bonne cause, comme vous le découvrirez dans le ♪ prochain article ♪ !

Galerie – Samedi à Aomori & Asamushi

Voilà donc pour ce billet ! Mis un peu de temps à l’écrire car j’étais assez fatigué hier… Normalement il reste donc deux billets pour ce journal: le prochain couvrira donc mon voyage vers Akita et mon séjour dans la ville elle-même – ça devrait être assez court – avant les trois derniers jours à Tokyo et le vol de retour. Le segment final à Tokyo devra un peu laisser tomber l’aspect nature & culture que ce voyage au Tohoku avait imposé, et on sera surtout sur de la visite de boutiques et d’endroits otakus mais j’ai quand même un ou deux trucs sympas à visiter avant de partir ! Comme toujours, merci de votre lecture, en espérant vous donner envie de visiter quelques lieux et, comme je disais en début d’article, un séjour à Aomori qui me laisse très satisfait !

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