Pourquoi Sword Art Online: Ordinal Scale aurait pu être excellent (mais connaît son public)

Pourquoi Sword Art Online: Ordinal Scale aurait pu être excellent (mais connaît son public)

Ah Sword Art Online, succès inattendu de 2012, qui s’est imposé depuis avec calme et sérénité comme un véritable blockbuster de l’animation japonaise, trouvant un public qui dépasse les limites habituelles du média pour devenir une véritable porte d’entrée à l’animation japonaise, qui continue de séduire, cinq ans après sa sortie, un public toujours plus large et nombreux. On peut détester l’oeuvre, et dieu sait que c’est pas déraisonnable tant SAO tend souvent le bâton pour se faire battre, mais nier son impact concret sur l’industrie contemporaine de l’animation japonaise serait au mieux manquer de recul au pire porter des œillères. 

Mon avis sur Sword Art Online, vous le connaissez peut-être déjà bien: j’ai une profonde affection pour l’univers et ses personnages, mais je suis constamment agacé par le fait de voir la série trop souvent se tirer des balles dans le pied pour briser son élan et s’effondrer aux moments clés. J’avais ainsi dédié deux longs articles à la question, le premier analysant qualités et défauts de la première saison 1, le second s’attaquait à la seconde saison, sans surprises 2 . Encore aujourd’hui c’est les deux articles les plus lus de l’histoire de ce blog, ils sont toujours fréquemment commentés, bref, le sujet anime encore beaucoup.

Du coup, voilà, on est en 2017, Sword Art Online II va quand même arriver sur ses 3 ans et beaucoup de gens attendent non sans désinterêt une adaptation de la suite du light novel, ce qui passera donc par le fameux arc Alicization. Arc qui débute sa parution en France pile ce mois-ci mais qui va en étonner plus d’un de part sa longueur puisque c’est ni plus ni moins que sur neuf tomes que tout cela va se dérouler, là où Phantom Bullet, par exemple, n’en durait que deux ! Si l’arc s’est conclut au Japon, permettant de démarrer l’adaptation, il restait important, vraisemblablement, de remettre Sword Art Online dans tous les esprits, ce qui va donc être l’objectif du premier film cinématographie de la franchise qui est, en l’occurrence, ce Sword Art Online Ordinal Scale. 

Ordinal Scale conte une histoire inédite, écrite pour l’occasion et censée se dérouler entre la fin de Mother’s Rosario et le début de Alicization. Les fans pourront en outre être rassurés car Reki Kawahara – l’écrivain du light novel – est crédité au scénario mais est accompagné, pour l’occasion, de Tomohiko Ito, assistant réalisateur de La Traversée du Temps mais, surtout, réalisateur des deux premières séries. Un homme qui connaît donc bien le sujet puisqu’il était aux premières loges pour le toujours délicat travail d’adaptation. Bref, si souvent on a toujours ce mauvais pressentiment vis à vis des « films de », qui peuvent certes parfois être excellents mais sont plus souvent négligeables voire abyssaux en terme de qualité. Car si ils reprennent une franchise à succès, le fait qu’ils n’auront jamais la moindre importance dans l’oeuvre qu’ils adaptent force les scénaristes à rester cantonnés à des limites claires, qui vont les empêcher de se lâcher ou de prendre le moindre risque: c’est certainement pas dans un film Naruto random que un personnage important va perdre la vie, ce qui va atténuer considérablement les enjeux.

Ajoutez à cela la souvent nécessaire contrainte d’insérer dans l’univers des personnages originaux et inédits qui donnent souvent l’impression d’être des rajouts artificiels au récit, et on a donc logiquement bien du mal à prendre au sérieux ces films d’animation qui, pourtant, sont souvent au Japon des non négligeables succès du box office local.

Bref, tout ça pour dire que j’allais voir ce film sans vraies attentes. J’avais pas vu les trailers, j’avais pas lu l’intrigue, j’y allais en aveugle total avec juste l’espérance d’avoir deux/trois scènes d’actions qui pètent un peu. A 13€ la place, c’est un peu bizarre comme investissement, vous l’avouerez. Dans tous les cas, ça m’a permis de découvrir la fameuse grande salle du Grand Rex et sa capacité de 2700 personnes – la salle était pleine. Je pensais pas un jour dans ma vie assister à un film depuis un balcon situé au second étage, et c’est une manière étrange de voir un film, mais le cadre superbe et, surtout, le public à fond, ajoute beaucoup au plaisir. Car, après tout, quoi de mieux pour voir un blockbuster que le voir avec des gens qui se chauffent à certaines scènes clés ?

Rassurez vous, je suis pas quelqu’un qui habituellement apprécie beaucoup les gens qui parlent au ciné mais dans ce cadre là – 2700 fans au garde à vous -, ça a paru souvent naturel et ça n’a apporté que des bons sentiments. Bon, ok, sauf si t’es mon voisin de derrière qui passait son temps à se plaindre fortement à chaque scène un peu fanservice parce que, là, bon, si t’es un peu cul coincé et que des plans décolletés te choque, qu’est-ce que tu fous devant SAO. 

(Photo issue du Twitter officiel du Grand Rex) (j’étais au second balcon) (tout en haut)

Un peu décevante, néanmoins, fut l’intervention des deux invités japonais en l’occurrence le chara-designer et animateur chef Shingo Adachi accompagné du producteur Shinichiro Kashiwada qui, en bons invités japonais typiques, ont sortis les banalités et la langue de bois car, évidemment, à quoi bon avoir une personnalité quand à la place on peut réciter froidement et à la virgule près le discours composé par l’équipe marketing japonaise comme l’impose la culture du pays. Instant un peu étrange où le producteur insiste sur le fait que le film a été réalisé avec l’objectif que « même ceux qui n’ont pas vu les deux séries puissent l’apprécier. » Spoiler alert: pas trop. 

Maintenant que le contexte a été posé, je vais donc parler en profondeur du film. A partir du prochain paragraphe, je vais donc spoiler.  Si vous voulez une opinion sans spoiler, la voici: en gros, le film remplit réellement ses objectifs. C’est une vraie oeuvre ultra fanservice, qui va s’appliquer à faire les bons clins d’oeils au bon moment, qui va tâcher de mettre sous le projecteur tous les personnages les plus appréciés et qui, surtout, met le paquet bien comme il faut sur ses scènes d’action, qui envoient vraiment du lourd avec des effets dans tous les sens tout en restant lisible, clair et en offrant quelques plans assez dingues. Rien que pour ces combats, le film vaut son pesant de cacahuètes, et ça se conclut même sur une baston finale qui en une poignée de minutes va déshydrater tous les fans de la franchise tant chaque seconde sera une ribambelle de références, de clins d’oeils et de moments forts. Après, vous vous en doutez, le film n’est pas non plus dénué de défauts: si il possède des vraies bonnes idées, le scénario ne s’empêche pas de partir dans certaines incohérences stupides et possède même quelques répétitions mal venues qui donnent parfois la vague impression que le spectateur est pris pour un con. 

En bref, c’est un « film de » qui fonctionne très bien, qui donne au fan ce qu’il a envie de voir sans le choquer mais qui se cogne la tête sur des trucs couillons et ne convaincra sans doute pas vraiment ceux qui méprisent déjà la franchise. Bref, ça donne du plaisir à ceux qui ont déjà un faible pour l’univers de SAO mais ça n’ouvrira clairement pas le cercle à un nouveau public. Je doute que ce soit vraiment un objectif visé.

Tous les screenshots proviennent du PV4, si vous vous posez la question (y’a des plans du film tellement cools que j’aurais adoré les screener pour illustrer l’article mais va falloir attendre, hélàs)



SPOILER A PARTIR DE CE POINT



Bon, déjà, le fait qu’on passe de la réalité virtuelle à la réalité augmentée comme centre de l’intrigue est pas inintéressant. Comme on sort de six mois de Pokémon Go, le concept du jeu Ordinal Scale nous apparaît finalement assez concret, on comprend assez vite l’idée. Par contre là où mine de rien SAO faisait un peu rêver d’une réalité virtuelle qui permettait d’explorer et ressentir un monde totalement différent, j’ai du mal à être chaud pour des jeux full réalité augmentée après Ordinal Scale mais c’est ptet juste parce que je suis pas un pro de l’exercice. Et en parlant de ça, oui, l’aspect RA est extrêmement important dans le sens où ça justifie d’emblée le fait d’avoir un Kirito clairement faiblard pendant la première moitié du film. On aime tous que Kirito soit pété et grobill mais faut avouer que si tu crées un film totalement original et que tu as un héros qui peut exploser tous les ennemis d’un seul coup, tu te coinces toi même en tant que scénariste.

Du coup on a toute une première moitié du film qui va s’appliquer à mettre en avant la vraie sportive du duo, c’est à dire cette bonne vieille Asuna. On l’a déjà dit au moment de critiquer la seconde saison mais ce qui était un vrai problème dans ALO et Phantom Bullet c’était d’avoir mis Asuna sur le banc de touche, alors que c’est un personnage fort, pas dénué de charisme et de charme, qui mérite largement un statut de véritable héroïne plus que de faire-valoir. L’erreur avait été réparée avec Mother’s Rosario et ce Ordinal Scale va aller toujours plus loin en la remontrant comme une stratège extrêmement douée, capable de diriger aisément et efficacement une dizaine de guerriers tout en pouvant assumer la lourde tâche de défoncer à coup d’épée les monstres les plus forts. On retombe donc en pâmoison devant ce personnage qui prend enfin la place sous les projecteurs qu’elle méritait.

De l’autre côté on a Kirito, donc, qui commence le film en pur membre de la team #NoFun, peu séduit par l’AR, trouvant ça comme un gadget et se méfiant des « vols d’informations personnelles. » Et c’est vrai que le film ne masque pas vraiment l’aspect très mercantile de l’Augma – le casque de réalité augmentée – qui, grâce à ses nombreux sponsors et entreprises partenaires, permet à ses utilisateurs fidèles des nombreuses promotions et cadeaux, en échange d’un suivi quasi quotidien de leurs actions, comme Lisbeth l’apprend à ses dépends quand l’appli lui signale qu’elle est en train de beaucoup trop manger. Et en plus, cerise sur le gâteau, le succès de la réalité augmentée voit la réalité virtuelle dépérir, menaçant à long terme la fréquentation d’ALO ! Maudite réalité augmentée, elle nous vole nos données, elle nous vole nos potes !

Rajoutez à cela l’introduction d’une idole virtuelle nommée Yuna, de son futur concert qui pourrait être important et on a une mise en place du film qui est un peu chargée, au point où le système de combat de Ordinal Scale – et l’apparition du premier boss – est introduit un peu abruptement, sans vraies mises en contexte. Il aurait pu être bien de montrer un combat « normal » du jeu avant de nous montrer directement un combat contre un boss issu de feu SAO. Bon, on va pas non plus trop bouder car direct, visuellement et musicalement, c’est le grand jeu que nous fait A1 Pictures: la métamorphose de la ville est très belle, Yuna débarque pour nous chanter du Kalafina-like, le monstre oneshot des joueurs péons de manière explosive, un mec détourne une roquette avec une épée et à la fin le monstre se fait détruire grâce à Asuna qui balance une pure technique d’épée holala vous m’en direz des nouvelles. Bref, ça va vite, ça présente au passage Yuna et le personnage d’Eiji, dont on découvre vite qu’ils sont ptet plus mystérieux qu’ils en l’ont air, c’est de la narration qui va direct où ça veut aller, ok ça passe.

Où étais-tu quand Eiji a joué au tennis avec une roquette

Bref, à partir de là le film va s’installer dans un petit train train qui sortira pas de son rythme, avec une alternance entre les passages en journée – qui seront soit de la gentille tranche de vie entre les persos ou de l’enquête par Kirito et Yui quand les choses commenceront à devenir sérieuse – et les passages de nuit où là c’est l’heure de la baston et de la réalité augmentée qui va commencer à bien foutre la merde. J’avoue qu’au départ je croyais qu’on allait se retrouver face à un mec qui allait profiter de l’AR pour buter les gens: quand il s’occupe de sa première victime, on ne sait pas ce qu’il advient et, du coup, je pensais qu’il l’avait refroidi. Le film joue finalement pas mal avec cette ambiguité et si on craint pour la vie de Klein – enfin pas trop non plus – c’est quand Asuna est mortellement touchée qu’on découvre que non, il tue pas les mecs ou s’amuse pas à les blesser gravement pour le fun de bolosser des anciens du jeu, il pique juste les souvenirs de SAO. 

Bon à partir de là, c’est vrai que toute l’explication technoblabla à base de « ouais le casque AR touche des neurones bien particuliers et pique uniquement les souvenirs liés à SAO » c’est un peu gros, c’est subtil comme un bébé qui sortirait d’un utérus avec un bulldozer mais, bon, écoutez, on va dire que ça passe. Le problème c’est que même si Kirito sait ça, jamais il l’enlèvera quand la situation devient critique. Qu’est-ce qui empêche, fondamentalement, qu’on retire le casque AR pile avant de se faire toucher et de mourir « dans le jeu » ? Ca devient un peu problématique lors de la scène finale quand plein de joueurs dans une salle de concert sont au bord de se faire lobotimiser voire même tués par des monstres… qui deviendraient ultra inoffensifs si t’éteins juste ta merde. Pire: le mec du ministère demande à Kirito d’aller dans cette salle de concert pour justement dire aux gens de retirer leurs Augus et devinez qui est le mec qui oublie de dire aux gens de retirer leurs augus ? Indice: son nom commence par K.

Dans la main, loin du cerveau: le meilleur endroit où ranger son foutu Augus

C’est en gros une des incohérences les plus étranges du film et une de celles qui vont mettre le plus à l’épreuve votre suspension consentie d’incrédulité. Au pire on peut comprendre que les joueurs de SAO sont des joueurs jusqu’au bout et que si ils commencent une baston, ils veulent la finir et ils veulent tuer le boss parce que bon eh on rigole pas. Mais même quand ceux-ci savent que leurs mémoires sont en jeu, les voir ne faire aucun effort pour désactiver l’objet quand ils le sentent mal, c’est un peu fort de café. D’autant que les mémoires sont parfois… sélectives. Asuna est censée ne se souvenir de rien de SAO mais a deux trois phrases qui, si je ne m’en souviens plus vraiment en détail, m’ont fait tiquer car elle est pas censée se rappeler de ça (le pattern d’un boss, par exemple.) 

Et temps qu’on est dans les incohérences ou les trucs un peu gros, tant que j’y suis, je veux bien que Kirito soit capable d’affronter l’adversité et de disposer d’une volonté de fer mais comment je suis censé gober le fait qu’il passe de « méga-nullos-à-ce-jeu » à « mec-qui-défonce-tout-et-est-9e-du-leaderboard » en, genre, à peine 24h ? Ok, sa soeur l’entraîne au kendo via Skype et il défonce plein de boss tout seul mais, euh, je suis sûr qu’il faut plus de temps que ça afin d’être suffisamment prêt physiquement pour défoncer un mec qui, plus tôt dans le film, était décrit comme disposant de l’agilité et de la rapidité d’un gymnase professionnel. 

Mais tant qu’on est sur le sujet, la bonne nouvelle c’est que les deux méchants du film – Eiji et le professeur Whatever – sont… des antagonistes corrects. Dans une franchise qui avait cultivé les méchants de merde – je sais toujours pas qui est le pire entre Obéron et le copain nul de Sinon -, ici on a deux personnages qui ont des raisons claires, précises et justifiées de faire ce qu’ils font, portés par le désespoir de la mort d’un être cher qui, et j’en suis le premier heureux, a été victime de SAO. Et le film traite justement un poil du sort réservé à ces « victimes anonymes », ces personnages morts hors champs, qui étaient pour nous lecteurs et spectateurs que des simples statistiques.

Oui, on avait assisté à la mort cruelle de Sachi mais quand on nous dit que le jeu a tué plusieurs milliers de personnes, c’est pas un fait qu’on a pleinement acquis et que, par la suite, l’oeuvre avait réellement bien exploité, continuant même à l’inverse de romantiser Aincrad, en en faisant un jeu dans le jeu dans ALO, sans vraiment mentionner les victimes, dans l’ombre des succès des héros. Bref, c’est un point que j’aurais vraiment aimé voir développer à l’époque de la première saison, donc voir Ordinal Scale en faire un vrai enjeu central, c’est noté et apprécié. Je regretterais juste que Eiji ait été incapable de voir la faille dans son plan parfait – bah oui gros malin, le père de la fille que tu aimais veut reconstituer sa progéniture grâce aux souvenirs de tous les joueurs de SAO, bien sûr qu’il va pas laisser le mec qui a passé le plus de temps avec elle s’en tirer comme ça.

Genre Kora. Qui était Kora ? Son plat préféré ? Sa classe ? Pourquoi de ce mur on a retenu que Klein et Kirito ? LES VRAIES QUESTIONS.

Le personnage de Yûna est par contre un peu décevant dans le sens où son design a beau être cool, je trouve qu’elle manque d’une personnalité vraiment forte. Alors, après, vu que toute l’intrigue tourne autour du fait que justement elle est en train de reconstruire sa personnalité originale, c’est vraisemblablement fait exprès, mais du coup il faut attendre la fin du film pour ressentir quoique ce soit envers elle, et c’est pile à ce moment là qu’elle meurt et disparaît pour de bon dans une scène certes jolie mais qui n’atteindra pas la force de la disparition de Yuuki dans Mother’s Rosario. Néanmoins, voilà un personnage que j’aurais aimé suivre à l’époque de SAO car c’est vrai que cet arc manquait de barde ce qui est pourtant, vous en conviendrez aisément, la meilleure classe de l’histoire du jeu de rôle.

Mais au moins Yûna permet à Yuki Kajiura de se lâcher et si vous trouviez la compositrice à l’époque des deux premières saisons, ici elle fait péter les watts et compose plusieurs chansons dont beaucoup font penser à du Kalafina en plus animé. Les quelques chansons originales qu’on écoute au cours des combats accompagne efficacement l’action et si il faut bien avouer que la compositrice ne sort toujours pas de sa bien connue zone de confort, ça reste une bonne exposition de son style, avec une reprise très attendue du main theme qui débarque au moment le plus adapté et le plus jouissif… c’est à dire le fuckin’ combat final.

Car dans son dernier quart d’heure, le film se lâche et balance toute la sauce. Vous vouliez un retour à Aincrad ? VOILA UN RETOUR A AINCRAD. Vous rêviez de voir à quoi ressemble le putain de boss final du jeu ? VOILA LE VRAI BOSS FINAL DU JEU, ET MÊME DANS SHIN MEGAMI TENSEI ILS SONT PAS AUSSI BADASS. Vous vouliez voir tous les personnages de la série débarquer pour défoncer du cul de titan à goutte ? ILS SONT TOUS LA. Moment d’extase évidente quand les personnages changent de costume à mi combat et enfilent leurs uniformes de l’époque d’Aincrad. Kirito sort son pouvoir de double lames et se la joue Jotaro Kujo avec des épées, ça défonce les yeux et on oublie le fait qu’il avait juré ne plus utiliser ce pouvoir quelques arcs plus tôt. Leafa et Sinon défouraillent tout à coup de magie et d’armes lourdes. Asuna ? Non seulement elle nous sort ses plus belles techniques d’épées MAIS ELLE INVOQUE CARRÉMENT L’ESPRIT DE YUUKI POUR SON COUP FINAL, PUTAIN OUAIS.

La hype dans le Grand Rex pendant le combat final: une allégorie

Alors oui, à froid on pourrait se plaindre que SAO soit obligé d’invoquer Aincrad pour nous faire vraiment vibrer, un aveu d’échec vis à vis du fait que jamais la série ne sortira de l’ombre de son emblématique premier arc. On pourrait dire que c’est too much, qu’on nous sort tous les personnages du placard mais que y’en a certains qui restent inutiles dans cette baston. On pourrait se demander comment Klein et Sugiha, censés être loin du reste du groupe avec l’un à l’hopital et l’autre en voyage scolaire, puissent quand même venir taper l’incruste. On peut grogner sur le fait que c’est encore Kirito qui met le coup final, comme si il était incapable de laisser un autre personnage avoir la gloire. On pourrait se demander comment Asuna fait pour redevenir badass alors qu’elle est censée avoir oubliée ses compétences de l’époque de SAO. 

On pourrait se plaindre et trouver ça trop facile. Mais en terme de fanservice pur, ça touche vraiment au coeur et il fallait entendre ce presque trois milliers de personnes hurler de joie en voyant l’ombre de Yuuki deux secondes où en voyant le monstre final exploser. Tout ça est vaguement justifié par l’intrigue, mais la raison est si débile que le film assume presque de juste fournir un gros Money Shot qui est là que pour toucher le fan ultime aux tripes. Et, écoutez, quitte à le faire, autant le faire très bien, autant y’aller à fond et là dessus les équipes de A1 Pictures ont vraiment assurées et offert une vraie récompense à destination des fans, ce qui est vraiment difficile à reprocher.

Rassurez vous Suguha a toujours ses… euh… qualités…

En parlant de fanservice, on notera que bien évidemment on reste dans la prolongation du film et des plans culs / plans boobs / plans Asuna-dans-son-bain-géant absolument inutiles et qui sortent de nulle part, on en trouve encore, gentiment dilapidé de çi de là. Je peux comprendre que ça ait saoulé mon voisin de derrière mais, quitte à rester cohérent, c’est dans l’ADN de la série et de la franchise, et ça fait vaguement partie du contrat. Tout comme l’aspect « harem » habituel, avec toujours les héroînes-qui-ne-sont-pas-Asuna qui continuent d’en baver pas mal pour Kirito, mais ça reste comme dans la série d’une réelle légèreté et plus objet de blagues que d’un vrai traitement sérieux: voir Sinon réagir au quart de tour en entendant parler de la moto de Kirito est plus rigolo qu’autre chose et, au moins, les héroïnes ne restent pas cantonnées au rôle de simple-membre-du-harem, comme dans hélàs beaucoup trop de light novels.

Et quant à la relation Kirito/Asuna, elle avance plus dans ce film que dans la seconde saison ce qui était, vous l’avouerez, assez peu dur, et on a la scène de baiser qu’on attendait ainsi qu’un truc un peu osé de Kirito qui, holala, pousse Asuna dans son lit. L’espace d’une seconde j’ai cru qu’on allait voir les trois années de foutre en action mais, non, eh, le film reste chaste et y’a Yui qui sera toujours là pour les cockbloquer, super.

Car oui, Yui reste un personnage toujours insupportable et dont l’existence amène toujours un très grand malaise d’incompréhension 3 et qui continue trop souvent à répéter de manière insupportable des choses que les autres personnages ont déjà dits, comme si on était trop con pour s’en souvenir. Mais, au moins j’ai le sentiment qu’ici un nombre pas négligeable de ses interventions font avancer le scénario et que quitte à avoir une fée qui semble hacker tout et n’importe quoi avec une facilité désarmante, autant l’utiliser pour qu’elle ramène plein d’infos sortis de nulle part qu’elle a sans doute eue hors-champ en hackant tout et n’importe quoi avec une facilité désarmante. Même si, vraiment, Asuna, Kirito, rangez cette webcam quand vous passez des moments en amoureux sinon vous aurez jamais de vrais enfants. 

Dernier point à évoquer d’ailleurs: si Asuna brille dans la première heure et le combat final, c’est dommage qu’elle redevienne une demoiselle faible en détresse dès que débarque le début de son amnésie: elle ne peut plus combattre, n’apporte plus grand chose à l’intrigue, redevient quasi invisible… au point où Kirito parle à sa place au docteur pour je ne sais quelle raison genre il est obligé de faire les choses à sa place.  Ok ça pourrait s’expliquer aisément par le fait qu’ils ont dédiés la première heure du film à Asuna et la seconde à Kirito mais ça aurait pu être fait plus adroitement et sans retransformer Asuna en pot décoratif, elle aussi aurait pu se battre à sa façon d’une manière où d’une autre, je veux dire. A la fin, c’est encore Kirito qui lui a sauvé le cul, quoi. Pas très malin.

Pas grand chose de plus à dire, si ce n’est que le film se conclut évidemment sur un Stinger post-générique qui nous introduit très très succintement à Alicization et offre un « SAO WILL RETURN » qui tease bien évidemment une vraie belle saison 3. Evidemment, si tu connais rien à Alicization, comme moi, le fait que le mec te parle de « Ruth » (ou Roth ? Ou Rath ?), ça te passe trois pieds au dessus mais, eh, le SAO WILL RETURN est là pour dissiper les doutes. Je trouvais juste dommage que Nick Fury soit pas dans ce stinger pour demander à Asuna et Kirito de devenir des Avengers mais je peux comprendre que niveau droits ça soit tendu, même pour Sony. Sony, d’ailleurs, qui pour rappel détient Aniplex et est d’ailleurs omniprésent dans ce film SAO où chaque écran, chaque smartphone semble être accompagné du logo de la marque japonaise, au point où le jeu de Playstation VR Summer Lesson est crédité dans le générique de fin sans que j’aie vu à quel moment ce crédit était justifié.

Notons que Working est désormais canoniquement dans la SAOverse

Enfin voilà. Dans l’ensemble, Ordinal Scale est donc un film pour fans qui remplit bien les attentes. Il traite le sujet de la réalité augmentée avec une certaine ambiguité un peu mollassonne – il montre les côtés cools des combats et des interactions sociales tout en insistant bien sur les défauts et l’aspect instrusif du bouzin – et possède une intrigue qui manque globalement de subtilité mais compense avec des excellents combats, une très réussie bande originale et assume jusqu’au bout son statut de blockbuster d’action. On aurait peut-être aimé moins de répétitions dans les dialogues – au bout de 4 ou 5 fois tu comprends que les mecs perdent leurs souvenirs si ils meurent dans Ordinal Scale, le film pourrait arrêter de nous le dire littéralement toutes les cinq minutes – et des scènes parfois un peu moins longues car il arrive que le film meuble cinq ou six secondes de ci de là. Dans un sens, ce film montre aussi que Reki Kawahara a bien grandi depuis Phantom Bullet ou Fairy Dance, sait mieux trouver le rythme et saisit mieux ce que son public attend de Sword Art Online. Il a un plus gros recul qu’à l’époque, aussi, faut bien le dire !

Mine de rien, donc, pas mal de choses positives en tête après avoir vu ce film dont, pourtant, je n’attendais vraiment que le strict minimum. Ce n’est évidemment pas le meilleur film « à licence » que j’ai jamais vu (je garde ce titre pour des films comme Le Chateau de CagliostroOne Piece et le trésor du Baron Omatsuri ou ce Doraemon Stand By Me que je n’ai pas encore vu mais dont tous les retours unanimes vont m’encourager à y jeter un oeil az soun az pozibeul) et en tant que film d’animation seul ce n’est certainement pas un classique mais je pense que j’aurais toujours une petite place dans mon coeur pour lui. Bref, du blockbuster d’action, quoi.

  1. TLDR – Aincrad pose trop de questions auquel il ne répond pas et Fairy Dance est sympathique mais est condamné à rester dans l’ombre d’un premier arc beaucoup trop imposant
  2. Et autant je déteste Phantom Bullet qui s’ultra cassait la gueule en cours de route, autant j’avais adoré Mother’s Rosario qui redynamisait pas mal la série
  3. L’enfant « artificiel » qui n’a que les bons cotés d’une fille mais ne sera jamais plus qu’une IA qui fait ce que ses « parents » attendront d’elle, ugh bizarre
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8 réactions au sujet de « Pourquoi Sword Art Online: Ordinal Scale aurait pu être excellent (mais connaît son public) »

  1. Salut Amo, très bon résumé et je suis assez d’accord avec toi 🙂
    Mais je voulais revenir sur 2 petits point que tu annonce comme incohérents, qui pour moi ne sont pas si incohérents, enfin dans un sens qu’ils ont essayé de lisser ces incohérences avec « certaine explications » :

    – Quand kirito arrive dans la salle à la fin, il essaye (bon qu’une fois et rapidement) de crier à tout le monde d’enlever leurs casques pour les éviter de crever, mais forcement personne écoute, comme ce qu’il a déjà fait précédemment sur le forum du jeux, et où tout le monde lui cracher à la gueule, car ils pensaient que kirito voulais tous les boss rien que pour lui.

    – Sur le fait que Kirito devient « apte » à se battre en AR, pour moi déjà si cela n’avais pas été le cas, je pense que le film aurait été un peu fade et il y aurait eu un « manque ».
    Mais ils ont « essayé » de l’expliquer du fait qu’il s’est vraiment entraîne en vrai (il y a deux ou trois scène qui le montre, dont au kendo comme il le faisait déjà avec sa sœur avant et non pas que via skype). De plus es ce qu’il y a vraiment 24h qui sépare le moment où il commence à s’entraîner et le moment où il enchaîne les boss pour lv up ? je n’en suis pas certain, à vérifier ?

  2. salut, je n’ai pas voulu me spoiler donc je n’ai pas lut, et je compte le lire très prochainement. mais j’ai une question pour toi, il me faudrait connaitre le nom de l’épée d’asuna dans ordinal scale justement , t’en souviendrais tu ?

    j’en ai besoins car je vais la fabriquer et c’est donc pour la nommer correctement :).
    j’ai lut quelque pars qu’elle s’appeler « courage » mais je n’en suis pas très convaincu.
    merci à toi si tu me répond ce serait super coul !
    bonne journée 🙂

  3. Moi, j’ai surtout relevé ça comme incohérence:
    « Vous rêviez de voir à quoi ressemble le putain de boss final du jeu ? »
    Ben c’est « Akihiko Kayaba ».
    Qui sachant qu’il est le boss du 100ème palier ne va jamais s’amuser à développer un truc qui ne sera jamais utilisé et qui donc ici ne peut exister 😀

    Sinon: Oui, ces casques sont « sans danger », ils répondes aux normes de la FFC et… Ah ben finalement non? Comme c’est étrange 😀

  4. Bonjour
    <<>>
    Je l’ai déjà vu 6 fois est au bout de la 6eme fois tu cherche vraiment la petite bête mais ce qui est des incohérence il y en a pas mal rien que sur le temps au début sa dit qu’ils on fini le 100eme palier mais a la fin ils dissent qu’ils le découvre enfin ou qu’ils sont emprisonné pendant 3 ans et plus tard sa baisse.
    Ce qui est pour quand il dit au joueur de retiré l’augma c’est certe ridicule comme il le dit enfin il se foule pas a le crié plusieurs fois mais après faut ce mettre dans le film tes un des joueurs ta 15 boss qui peut te rapporter plein de point t’es as fond dedans d’écoute pas les petites voix en arrière plan. :’)
    Et pour le fait qu’il arrive bien a ce battre en peut de temps alors oui c’est en plus ou moin 24h même une nuit ou il parcoure toute la ville pour tué les boss mais faut pensé que c’est Kirito , il repousse toujours c’est limite ( c’est peut être un Sayan :’) )déjà dans SAO il arrive a « revivre » pour tué Kayaba alors maîtrisé un jeu c’est du gâteau pour lui mdr.
    Pour Asuna ,c’est vrai que sais pas vraiment elle de ce laisse abattre comme sa et que Kirito parle a ça place mais bon elle a quand même perdu tout c’est souvenir de SAO , elle a retrouvé la peur de mourir c’est normal qu’elle sois traumatisé non ? Et pour la fin avec elle ,elle reprend juste courage et surmonte ça peur et en ce qui concerne les compétences elle utilise « Mother’s Rosario » qu’elle na pas oublié vu que c’est après SAO donc elle sais toujours ce battre.
    Je m’excuse de toutes les fautes que j’ai dû faire!
    Très bon résumé sinon! 🙂

  5. Tres bon article juste question. C’est quoi la musique que chante Yuna sur le pont avec Kirito ? Je sais quelle vient de la saison 1 de SAO mais je n’ai plus le nom :/ Merci d’avance !

  6. Je viens de lire tes trois articles sur SAO. Je suis bien moins critique que toi en ce qui concerne les animés, je suis trop nouvelle dans ce genre de série pour faire vraiment autre chose qu’aimer ou ne pas aimer un animé.
    Il ressort de ma lecture de tes articles que je suis d’accord avec toi sur de nombreux points (le plus important étant le fait que l’auteur ne développe pas du tout un univers qui se révèle super intéressant et bien pensé !)
    Comme toi peu importe les défauts de SAO j’aime beaucoup cet animé et le véritable plaisir est maintenant de lire le light novel pour redécouvrir cette histoire plus en détails.

N'hésitez pas à commenter l'article~