Mangas & Animes

Liz and the Blue Bird – Enjoy The Silence

Bienvenue sur Néant Vert, je suis Amo et je vais redire un truc que je dis en boucle depuis deux ans: ok ouais le monde s’est barré en couilles à un certain point mais putain le cinéma japonais d’animation a jamais été aussi incroyable à suivre que depuis ces dernières années. Entre Your NameDans un Recoin de ce Monde, Silent Voice, Night is Short Walk On Girl, Penguin Highway… même des films qu’on aurait pu croire plus « négligeables » restent remplis de qualités et on salue donc Lou et l’île aux sirènes, Mirai, Mary et la fleur de la sorcière ou Maquia. Et je vous parle même pas de Girls und Panzer der film car là vous me direz qu’on arrive dans une niche très particulière, mais même là ça reste extrêmement bon. Bref, les gros films se succèdent, c’est pas prêt de se terminer car toute une nouvelle pousse de talents sont prêts comme jamais à investir le format du film d’animation, surtout quand celui est plus profitable et mieux exposé que jamais. 

Nouvelle étoile dans cette période dorée, donc, voilà Liz and the Blue Bird et je vais pas vous mentir, ce film là j’étais sur les startings blocks depuis son annonce. Déjà parce que c’est un film issu de l’univers de Sound! Euphonium qui est, genre, ma série favorite de la décennie, ensuite parce qu’il est réalisé par Naoko Yamada qui est, genre, ma réalisatrice favorite de la décennie, et surtout parce que visuellement dès l’affiche et dès les premiers teasers, on nous annonçait un truc radicalement différent, avec un style beaucoup plus unique, éclatant en terme de couleurs et, là aussi, dès que tu me proposes du beau, du coloré, de l’esthétique et du différent, bah y’a pas besoin de me demander deux fois si j’en veux ou pas, bien sûr que je me gave.

Donc j’ai attaqué le film avec la certitude énorme que non seulement il allait me plaire, mais qu’en plus ça ne pouvait être qu’un grand film tant toutes les étoiles étaient alignées. Il avait été projeté à Annecy, il a reçu autant de louanges que de critiques acerbes mais même ça motivait encore plus ma passion car les louanges venaient des rares personnes dont je suis toujours en phase avec les opinions en terme d’anime, alors que les critiques, à l’inverse, viennent de personnes dont je suis régulièrement en décalage total. Là j’ai passé toute la journée au taf à trépigner et à être limite en colère d’être là parce que je savais que le film m’attendait à la maison et que j’étais pas en train de le mater. Comme quand j’étais gosse, que j’achetais un jeu alors qu’on était en voyage, et que je devais attendre 48h de rentrer chez moi pour y jouer. 

Bref, dès le début je suis parti dans un enthousiasme démesuré qui était très risqué parce que le moindre détail qui m’aurait déplu dans le film, je l’aurais pas pardonné. Un peu comme quand je suis allé voir Le Garçon et la Bête avec Les Enfants Loups encore en tete, en m’attendant à encore mieux, et au final je suis sorti de la salle déçu et presque énervé de voir que Hosoda avait fait moins bien. J’aurais pu donc à nouveau me gâcher un bon film en lui filant des attentes démesurées, super bon plan.

BONNE NOUVELLE, j’adore autant le film que je l’espérais et là, à chaud, trente minutes après la fin du générique, je peux dire que c’est déjà un de mes films favoris de ces dernières années, et l’échelle était haute placée.

Que raconte Liz and the Blue Bird, donc ? Et bien le film se déroule au sein du club de fanfare du lycée Kitauji et va s’attarder en particulier sur deux personnages: d’un côté Mizore, joueuse de hautbois extrêmement timide et réservée, de l’autre côté Nozomi, joueuse de flûte traversière socialement ultra à l’aise et senpai appréciée de tout ce très grand club, composé d’une cinquantaine d’élèves. Malgré ces caractères très différents, Mizore et Nozomi sont de très bonnes amies mais deux très bonnes amies qui ne savent pas forcément très bien quoi faire de leur futur: en effet, elles sont en troisième années de lycée, l’année prochaine c’est l’université et ni l’une ni l’autre ne sait quoi faire de leur avenir. Pour Mizore, la situation est même stressante car elle ignore tout simplement si Nozomi sera encore prêt d’elle dans le futur. Alors quand pour la compétition nationale le club choisit la chanson Liz and the Blue Bird, chanson qui parle de séparation mais aussi chanson qui contient un solo de hautbois ET de flûte traversière que devront interpréter, ensemble, Mizore et Nozomi, alors ces peurs d’avenir vont se manifester, et la relation entre les deux jeunes filles va en être profondément chamboulé. 

En 1h30, donc, Liz and the Blue Bird reste avant tout une histoire sur l’amitié, sur les relations humaines, sur l’admiration mutuelle (comme Euphonium, tiens donc) mais aussi, oui, sur la séparation, comme on est désormais habitué quand on nous raconte l’histoire de lycéens de troisième année. Je rigolais dans le podcast Batoru du fait que « au Japon la fin du lycée, c’est la fin de la vie, on doit sans doute emmener les lycéens dans une forêt pour les abattre une fois qu’ils ont leurs diplômes » mais entre temps j’ai réfléchi deux secondes, j’ai compté combien de camarades de lycée j’avais encore des contacts avec en première année d’université, j’ai vu que j’étais passé de vingt potes de lycée à deux potes que j’avais encore en université, un an plus tard j’avais plus aucun contact, ouais euh en fait je commence à comprendre c’est quoi le deal avec la séparation post-lycée, j’ai juste été un peu lent à comprendre. 

Enfin bref je divague, le truc c’est que Liz and the Blue Bird veut parler de séparation… mais va y amener un petit twist. Je ne vous le spoilerais pas mais sachez juste qu’il est très logique. Et que si le thème est central au film, il est traité assez différemment de ce qu’on voit d’habitude. 

Mais ce qui m’a épaté avec Liz and the Blue Bird est à quel point c’est un film qui est sublime… quand il ne parle pas. Le film commence ainsi par une longue introduction de presque dix minutes qui nous introduit à la dynamique qui existe entre Mizore et Nozomi… avec un nombre de lignes de dialogues exceptionnellement bas, genre un « bonjour » et basta, tout le reste, tout ce qu’on doit savoir, on nous l’explique intégralement par le visuel et, surtout, par le son. Pendant dix minutes le film nous offre ainsi un concert de bruit de pas, sans autres meilleures expressions. On entend Nozomi marcher plus vite que Mizore, ces bruits calés à une bande originale qui, je l’ai appris juste après en faisant mes recherches, était composée en quasi-direct, en se basant sur les storyboards afin de caler à la perfection à ce qu’il se déroule à l’écran. Ca donne un résultat ahurissant, un chef d’oeuvre d’introduction et d’exposition.

Et tout le reste du film sera, du coup, un peu du même tonneau: bon quand les personnages parlent, exceptionnel quand ils s’expriment autrement que par la parole. Une scène en particulier me hantera longtemps, celle où les héroïnes communiquent à travers deux fenêtres via la lumière du soleil, vous allez voir, elle est merveilleuse. 

Dans Liz and the Blue Bird, même la plus petite scène de dialogue fourmille de détails: les corps et les visages sont sans cesse en mouvement, les personnages ne s’expriment pas qu’avec leurs mots, et toutes les personnages qui apparaissent en fond bougent, font quelque chose de leur espace. (Source du sakuga: Sakugabooru.)

 

Certaines remarqueront qu’on est là totalement dans la continuité de A Silent Voice qui lui aussi savait faire du silence une arme artistique de destruction massive mais on remarquera également que ça contribue pas mal au récit puisque c’est parfaitement adapté au point de vue du personnage de Mizore que, tout le long du film, on voit fuir les discussions entre lycéennes, discussions souvent bruyantes et seuls moments du film où des sons semblent nous paraître « agressifs. » Mizore elle n’aime pas parler, elle n’aime pas beaucoup écouter, et ce n’est que quand les voix se font plus douce qu’elle commence à s’ouvrir. 

Oh et puis musicalement, évidemment, on est dans Euphonium donc vous aurez un long passage de concert. Dans un contexte autrement différent que dans la série mais tellement bien intégré au récit que l’émotion est sans égale. 

Je parle de Euphonium mais je tiens à apprécier le fait que le film souhaite jamais exclure ceux qui n’ont jamais vu la série: la relation entre Mizore et Nozomi est clairement établie, quelques détails liés à leur passé (qui était raconté dans le premier arc de la saison 2) sont réexpliqués de manière naturelle, sans séquence d’exposition destructrice de rythme, et les personnages principaux de la série sont tous remarquablement en retrait: il aurait été facile de mettre Kumiko et Reina de nouveau en haut de l’affiche pour faire plaisir aux fans, mais notre charmant couple d’héroïnes se font très discrètes, n’intervenant que très peu dans le récit, à l’exception d’une scène clé dans laquelle seul le personnage de Reina aurait pu faire ce qui est fait, donc utilisation parfaite. 

Donc la bonne nouvelle, si vous vous en inquiétiez, c’est que vous pouvez mater Liz and the Blue Bird directement, sans mater la série et sans soucis. NÉANMOINS, je pense quand même que voir la série avant est mieux car vous aurez du coup plus d’attaches émotionnelles à ce club, à Nozomi et Mizoreà Natsuki et Yuuko les deux présidentes et, puis, bon, Sound! Euphonium c’est une série excellente donc faites vous plaisir, vous allez pas perdre votre temps. Mais c’est un conseil de ma part, pas une obligation.

Puis, voilà, personnellement, Liz and the Blue Bird est encore un film que j’ai pris comme un claque, avec un message que je ressens d’autant mieux qu’il me fait pas mal réfléchir en ce moment. Il y’a dans l’admiration mutuelle que se voue Nozomi et Mizore une histoire d’amour qui me parle, qui me rappelle des souvenirs. Nozomi se sent indigne de Mizore car elle n’a pas son talent pour la musique, Mizore se sent indigne de Nozomi car elle n’a pas ses facilités sociales, pourtant elles ne peuvent vivre l’une sans l’autre. Une amitié, un amour, qui devrait les combler, mais qui au final développe chez elles un sentiment d’imposture, une culpabilité qui les peine. C’est un sentiment qui n’est que trop vrai, que j’ai vécu, que je vis encore. Jamais aucun autre film, aucune autre musique, aucun autre manga n’avait aussi bien retranscrit ce sentiment paradoxal qui est celui de ne pas se sentir « méritant » de ses amitiés, de ses amours. Mais le film tape juste, il tape bien, et il incite les personnages, les spectateurs, à aller de l’avant, à communiquer avec l’autre, à lui dire ses qualités, à entendre les siennes. 

C’est d’une beauté et d’une justesse rare.

Si vous veniez dans cet article dans l’espoir d’entendre des reproches sur le film, c’est presque raté mais allez je vais vous émettre une réserve, pour vous faire plaisir: je suis pas très fan des sections liées au récit du livre Liz and The Blue Bird, un récit-dans-le-récit. Si je trouve ces passages visuellement magnifiques, je ne les trouve pas si bien imbriquées que ça au récit. Je ne saurais dire exactement en quoi, mais elles m’ont plus souvent sorties du film qu’aidé à y rentrer. Mais voilà, c’est la seule critique que j’ai à formuler et elle est, au final, plutôt mineure et très personnelle. 

Car pour le reste, les images parlent d’elles-même: le film est évidemment visuellement somptueux. Il n’est pas aussi « tape à l’oeil » que les œuvres habituelles de Kyoto Animation, vous n’aurez pas dans Liz and the Blue Bird de super scène d’un personnage en train de courir avec une animation qui défonce et une bande originale énervée, non le film est plutôt humble, plutôt paisible, se contentant de réussir techniquement chaque scène à la perfection. Y’a, comme toujours avec Yamada, un travail très poussé sur la composition des plans, tout est magnifiquement animé, y’a rarement un personnage en fond qui soit pas en train de bouger un minimum, les lumières sont superbes, les décors réussis, bref le changement de chara-design ne pose aucun problème, on reste devant un film qui en met plein les yeux. 

Je ne peux donc que vous recommander passionnément Liz and the Blue Bird qui s’est déjà imposé, comme vous l’aurez compris, comme tout simplement un de mes films d’animation favori. La bonne nouvelle c’est qu’il est certain que Eurozoom en détient la licence donc une bonne distribution dans les salles françaises devrait être bientôt possible, ce qui est un petit miracle que je prends avec joie ! Bref, si vous êtes pas aussi impatient que moi, franchement, attendez qu’il sorte en salles, un film aussi beau à voir et surtout à entendre mérite grand écran et enceintes sonores de malade mental. Moi en tout cas, si il sort en salles, croyez bien que je me contenterais pas d’aller le revoir qu’une seule fois !

En tout cas, Naoko Yamada est désormais la reine quand il s’agit de sublimer le quotidien, de le rendre beau et superbe tout en sachant le garder crédible, vivant, juste. Après K-On, après Tamako, après Silent Voice, après Euphonium, voilà encore un chef d’oeuvre, et celui-ci est comme d’habitude encore meilleur que les précédents. Jusqu’où s’arrêtera t-elle, je vous le demande. 

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3 commentaires

  • Esteban82

    Très bel article, je m’y retrouve presque totalement ! Juste une légère divergence sur l’histoire dans l’histoire qui pour moi fonctionne bien. Sur le fait de voir le film avant Hibike! Euphonium, j’ai vu le film une première fois en Corée au cinéma en japonais sous titrée coréen, deux langues que je ne maîtrise pas et clairement on ne se rend pas compte qu’on « passe à côté » de certains éléments propres à la série, preuve que le film fonctionne bien sans la série et que le film est en effet visuel et sonore tellement l’histoire parle quand elle ne parle pas et qu’on la ressent même sans comprendre les parties avec dialogue. Puis je l’ai revu par la suite après la série et là évidemment tu peux encore mieux relire le film… Donc le voir avant et après la série permet d’avoir deux visionnages complémentaires 🙂

    Merci pour cette analyse.

    Et la bonne nouvelle c’est qu’Eurozoom vient d’annoncer que la sortie en France au cinéma de « Liz & l’oiseau bleu »,c’est pour le 17 avril 🙂

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