Shin Sekai Yori 19 – Never get out of the boat

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Es-tu sûr de vouloir monter?

 

Minorin-Avatar-MianIl y a bien longtemps, au début de la saison d’automne 2012, Shin Sekai Yori perdait un quart de son public au cours des quatre premiers épisodes, pendant lesquels le spectateur devait intégrer en urgence les repères d’un monde -de fait- complètement nouveau; un autre quart pendant l’épisode 5 pour flagrant délit d’animation sous cannabis; enfin un troisième quart à l’occasion du troll de l’épisode 8, qui faisait un écho amusant au problème de société numéro un des Français. Je dis ça, je n’ai en fait aucune idée de l’audience réelle de SSY. Si ça se trouve, c’est un hit, hein, mais alors potentiellement peut-être.
Depuis, bien de l’eau a coulé sous les pilotis de Kamisu 66 et le dénouement se rapproche. Cela valait t-il la peine de tenir jusque-là? Eléments de réponse dans cette critique de l’épisode 19.

Shin Sekai Yori (From the New World) // A-1 Pictures // Saison d’automne 2012 – Hiver 2013 // 19e épisode sur 25 prévus // Réalisateur: Masashi Ishihama

Première chose qui choque dans cet épisode: ça cause. BEAUCOUP. Alors déjà, erreur de transposition, ce qui passe peut-être bien dans le roman original a le don de tuer le rythme pendant les 10 premières minutes de l’épisode. Toutefois, pas de méprise, on blablate plus à la manière de Fate Zero que d’un Monogatari, parce qu’avant tout, SSY est un animé sérieux. Classer les animés selon si leur argument de vente est le scénario ou les jolies filles est pour le moins réducteur. Néanmoins, d’après ce catalogage, SSY rentrerait dans les marges extrêmes de la catégorie scénario, au point même qu’il lui sacrifie l’attachement aux personnages.

Qu’on se le dise, Saki a bien des qualités d’héroïne. Bien que ses pouvoirs semblent réduits au b-a-ba, elle fait librement marcher sa cervelle, fourre son nez là où ça gène et encaisse froidement les vérités qui lui tombent dessus. Malheureusement, j’ai l’impression que c’est aussi au nom de cette proximité avec le spectateur que l’héroïne est condamnée parfois à ne servir à rien et se faire balloter dans les événements. Rappelez-vous, cet animé populaire de magical girls, dont l’héroïne avait tout de même la particularité de ne pas être une magical girl. De même, Saki s’efface beaucoup trop derrière le leadership de son meilleur ami, qui pour le coup n’a jamais réussi à m’intéresser plus que ça, faute d’être dans sa tête.

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Un rôle inconfortable, si il en est.

 

La première partie de l’épisode prolonge directement le précédent, et se passe donc dans un climat de guerre civile entre espèces. J’avais vraiment apprécié avec quelle profondeur l’histoire s’intéressait aux humanoïdes qui cohabitent avec les humains dans SSY. Flatteusement appelés « rats-monstres » par ces derniers, qui exercent sur eux une contrôle politique de droit divin grâce à leur magie, ils contredisent peu à peu leur image de bêtes sauvage à travers les personnages de Squealer et Kiromaru, vassaux zélés mais  n’en pensant pas moins.

On a là un vrai potentiel pour rendre la guerre civile intéressante. Sauf que voilà, nan. La guérilla dans les rizières me fait un peu remake cheap du Vietnam. Les personnages carbonisent un bon régiment de rats sans être vraiment inquiétés, et guère plus émus, tant il faut dire que les créatures braillardes qui leurs font face inspirent peu de sympathie. Dans un sens, ce n’est pas pour rien que les humains se font appeler « dieux », mais du coup on se désintéresse très vite du conflit au profit de l’autre menace, autrement plus sérieuse, contenue dans cet hôpital.
Certes, la pagaille vient à peine de commencer, mais j’ai assez peur que les enjeux développés jusque-là vis-à-vis des rats-monstres n’accouchent finalement que d’une souris. Espérons que j’ai tort.

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L’odeur du napalm.

 

Il n’y a encore pas si longtemps pour le spectateur, la plus grande question était de savoir si nos personnages allaient faire de vieux os au milieu d’une communauté révélant un visage de moins en moins avenant à chaque épisode. Je vous rassure tout de suite, leurs vies sont toujours menacées. Après la contre-utopie, les complots diplomatiques et depuis peu la révolution, il y avait encore une situation anxiogène que SSY n’avait pas exploré: l’hôpital hanté. La jonction entre celle-ci et la guerre civile est un peu laborieuse et je vous ai déjà fait part de ma crainte que les deux se fassent concurrence. Toujours est-il qu’à force de déblatérer, Saki, Satoru et deux candidats pour le suicide entrent dans la gueule du loup, et c’est vraiment là que l’épisode commence.

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Shit just got real.

L’ambiance oppressante est une réussite quasi complète. Les phases de calme et de silence pesant alternent magnifiquement avec la précipitation. Les mouvements sont fluides et détaillés, les regards expressifs et la musique colle très bien. En regardant plus minutieusement, je réalise encore plus de détails qui échappent malheureusement au premier visionnage à cause de l’obscurité et la vitesse des plans. Mon seul vrai reproche est cette volonté de forcer le mystère par des dialogues dispensables. Après avoir joué sur l’effet de surprise jusque-là, il est dommage de planter ainsi de grosses balises pour le spectateur.

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« Tu sais très bien ce que c’était… »

 

La première fois que le nouveau générique de fin a été utilisé, j’ai fait un peu la tronche en trouvant qu’il ne soutenait pas la comparaison avec le précédent. On dit qu’il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis, eh bien j’avais tort. On sort de l’esthétique minimaliste et onirique qui correspondait bien à l’état d’esprit des premiers épisodes. La chanson est plus classique mais dans la bonne moyenne. Surtout, c’est visuellement sublime. Le générique pose une vraie ambiance, qui sort en douceur de l’épisode sans jurer du tout avec le suspens.

A l’image de la série, l’épisode 19 est inégal, mais gardons-nous d’en tirer des conclusions hâtives: ses défauts sont d’autant plus frustrants que ses qualités sont indéniables. Le rythme haché par de trop nombreux dialogues parvient néanmoins à retrouver une bonne intensité vers la fin. Du reste, SSY est une série qui prend son temps et m’a déjà surpris par le passé. Six épisodes ont encore tous les moyens de faire la différence.

Note: 14/20

 

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